22 juin 2021

Jakub Zulczyk, Éblouis par la nuit : dans la peau d'un dealer polonais

Décidément, le roman noir n'a pas fini de nous en apprendre : vue de loin, la Pologne a tout l'air d'un pays puritain, homophobe, traditionaliste en diable. Grâce à (ou à cause de) Jakub Zulczyk, nous voilà un peu plus informés. Même si on se doutait un peu que partout où il y a de la came, il y a du noir...Vendredi 19 décembre, Varsovie, - 10°. Jacek, au volant de son Audi RS4, vient de prendre en charge l'Oncle et son acolyte. Dans la voiture, l'ambiance musicale est signée Bach, les Variations Goldberg. Et le téléphone de Jacek n'arrête pas de sonner : des clients dans le besoin, sans doute. Car contrairement aux apparences, Jacek n'est pas chauffeur. D'ailleurs, une fois arrivés à destination, l'Oncle lui demande de les accompagner à l'appartement du dernier étage. Il a de l'argent à récupérer, et son débiteur va vite comprendre, convaincu par quelques coups de pied bien placés, qu'il n'est pas utile de résister. Trop tard, il aura mérité une bonne leçon... 

7 juin 2021

Louis Grall, Le Nageur d'Aral : l'abbaye et ses secrets


Quand un roman se déroule dans un lieu qu'on chérit particulièrement, forcément, l'a priori est favorable. Un auteur qui choisit l'abbaye de Landévennec pour cadre de son histoire est forcément un homme de goût et d'esprit. Le Nageur d'Aral est le premier roman de Louis Grall, auteur brestois qui publie habituellement des textes poétiques et des contes ancrés dans la culture bretonne. Il était presque naturel qu'il choisisse un lieu que tous ceux qui l'ont visité n'ont pas oublié : l'abbaye de Landévennec, nichée sur les côtes du Finistère, à l'embouchure de l'Aulne. Un site divisé en deux parties : le monastère reconstruit dans les années 50, où se déroule la vie des moines bénédictins, et l'ancienne abbaye, dont l'histoire remonte, si l'on en croit la tradition, au Ve siècle avec sa fondation par Saint-Guénolé. C'est là qu'on trouvera le musée qui retrace l'histoire des lieux. C'est aussi là que s'accroche la mémoire car les ruines de l'ancienne abbaye se dressent encore de façon troublante en un lieu proche de la côte, offrant ainsi des paysages saisissants et des échappées sur l'océan entrevu au-delà des ruines et du jardin médiéval. 

28 mai 2021

Valerio Varesi, La Maison du commandant : le rendez-vous italien


Cinquième enquête du commissaire Soneri parue en français, La Maison du commandant célèbre aussi avec brio le cinquième anniversaire des éditions Agullo. Et ce roman-là marque une évolution marquante dans la personnalité de Soneri, et du même coup dans sa perception de la société italienne. Soneri le mélancolique, le nostalgique, le désabusé est désormais en proie à une colère et à une révolte presque permanentes : une surprise, car en général, les héros récurrents suivent le trajet inverse. Plus ils vieillisssent, plus ils ont tendance à se résigner et à se protéger pour n'être pas trop abîmés par les enquêtes qu'ils mènent. Chez Soneri, c'est donc l'inverse qui se produit, et sa colère se répercute aussi sur sa drôle de relation avec Angela. 

29 avril 2021

Adrian McKinty, Ne me cherche pas demain : Sean Duffy et le MI5


Quelle joie de retrouver Sean Duffy, flic à Carrickfergus, non loin de Belfast ! Il y a quelques semaines encore, Belfast s'embrasait, révélant le déchirement de l'Irlande du Nord face au Brexit : le retour d'Adrian McKinty est une bonne façon de se rappeler que la question irlandaise n'est pas une affaire classée. Après Une Terre si froide et Dans la rue j'entends les sirènes, l'inspecteur, catholique au milieu d'une police majoritairement protestante, n'a plus le cul entre deux chaises, mais il est carrément tombé entre les deux. Sa dernière affaire ne lui a pas valu que des amis, et le voilà prié de se mettre au vert ou, pour le dire clairement, radié de la police. Le motif officiel ne tient pas, les accusations qu'on lui oppose pas davantage : en réalité, Duffy dérange tout le monde et on est bien content, en haut lieu, d'en être débarrassé... Que fait un inspecteur irlandais radié de la police ? Pas grand-chose : boire, fumer, écouter de la musique, vérifier que sa voiture n'est pas piégée... La déprime menace. 

13 avril 2021

Jurica Pavicic, L'Eau rouge : une fille disparaît.


L'Eau rouge est le premier roman traduit en français de Jurica Pavicic, écrivain, scénariste et journaliste croate. Et c'est un coup de maître, puisqu'il balaye d'emblée l'éternelle question : un roman policier doit-il privilégier l'intrigue ou ce qu'il dit sur le monde? Pavicic n'a pas choisi : L'Eau rouge est à la fois un roman policier parfaitement construit et passionnant de bout en bout et un voyage dans le temps, dans ce pays blessé aux multiples mutations qu'on appelle aujourd'hui la Croatie, et qui est beaucoup plus complexe que le paradis pour touristes que son nom évoque trop souvent.

Nous sommes en septembre 1989, à la veille de la chute du mur de Berlin. Misto, village côtier proche de la ville de Split, est pour quelque temps encore une bourgade yougoslave, avec ses petites maisons perchées, son port de pêche, son cap de la Croix avec vue imprenable sur une mer magnifique. 

17 mars 2021

Gilles Verdet, "Les Ardomphes" : roman-labyrinthe, roman-jeu, roman noir


On connaît l'attachement de Gilles Verdet pour Arthur Rimbaud. Dans son roman Voici le temps des assassins (voir chronique ici  et interview là), déjà Verlaine et Rimbaud tenaient une place de choix. Cette fois, il a choisi pour titre le surnom affectueux (ou pas!) que Rimbaud donnait à sa région des Ardennes. Dans Les Ardomphes, Gilles Verdet joue avec son lecteur et lui offre un puzzle littéraire aussi savoureux qu'addictif. 

Richard est SDF, il dort sur les bancs, mange quand il peut, chope ce qu'il peut lors de ses tournées quotidiennes, et fait de temps en temps les poubelles avec son pote antillais Jean-Jean, éboueur de son état. "Et tous deux, en douce, ramassaient. Ramassaient tant qu'ils pouvaient. Et ce qu'ils pouvaient." Ce jour-là est faste : Richard a réussi à récupérer à une station de taxi un sac oublié par un homme pressé et étourdi. Dedans, une luxueuse écharpe en soie et cachemire, des livres, une bouteille d'un grand château bordelais. Pittoresque, Richard... C'est bien l'avis de Claire, photographe, qui se prend d'une passion éphémère pour le clodo odorant et son écharpe de luxe, le photographie tant et plus, et finit par vendre son image pour une campagne publicitaire. Vu que l'art, c'est bien, mais c'est encore mieux quand ça paye.

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