3 janvier 2021

Philip Kerr, Metropolis : un adieu en beauté


C'est la dernière fois que l'on commence l'année avec le nouveau roman de Philip Kerr... Dans Metropolis, Kerr a choisi de replacer son héros Bernie Gunther en 1928, en pleine montée du nazisme. Metropolis devient du coup le premier volume de la série dans son ordre chronologique, un événement qui prend valeur de symbole et de funèbre retour aux sources si l'on considère qu'au moment de l'écriture, Philip Kerr se battait contre la maladie qui allait l'emporter en mars 2018, à l'âge de 62 ans. 

Le jeune Gunther - il est né en 1896 - travaille alors à la préfecture de police de Berlin, au service des Mœurs. Drôle d'époque, drôle d'ambiance : l'esprit festif et décadent de l'après-guerre commence à vaciller face à l'avancée de la propagande nazie et la progression des partisans de Hitler qui, petit à petit, prennent leur place au sein de la police berlinoise. La République de Weimar n'en a plus pour longtemps. 


1 décembre 2020

Dominique Forma, Manaus : au service des Services


Décidément, le format court sied bien à Dominique Forma. Après Albuquerque, sorti en 2017 (voir chronique ici), notre homme nous entraîne à... Manaus, vous l'aurez deviné. Mais le chemin qui y mène est aussi tortueux que semé d'embûches. Nous sommes en 1964, le héros est chargé d'accompagner, de loin et en toute discrétion, la visite du général de Gaulle en Argentine. Son parcours commence à El Espinillo : c'est donc là qu'on fait la connaissance d'un homme droit dans ses bottes, du moins en apparence : "Obéir rassure sur les raisons improbables justifiant notre existence", dit-il. Ce qui ne nous rassure pas forcément, en fait. 

Caracas, la Guyane, Buenos Aires, El Espinillo : avion, voiture, bus...On comprend assez vite que sa mission est un peu plus complexe que ce qu'on a pu nous en dire : récupérer un dossier délicat et le rapporter aux autorités françaises. Pourquoi ces sauts de puces, ces détours improbables ? "Ma mission est de trouver ces Français du bout du monde." Des Français installés dans cette région reculée, réfugiés là parce qu'ils n'ont pas la conscience tranquille et surtout qu'il leur est interdit de rentrer au pays... Des traîtres, des factieux, des réprouvés. 

21 novembre 2020

Chris Brookmyre, Les ombres de la toile : Parlabane et le monde moderne

C'est toujours un plaisir de retrouver Jack Parlabane... Ne serait-ce que parce que vu ses aventures précédentes, on s'étonne qu'il soit encore en liberté, voire en vie. Car Parlabane a du journalisme une conception quelque peu dépassée. Pensez donc : prendre des risques, mettre les pieds dans le plat, défier l'immédiateté, suivre les pistes jusqu'au bout, même quand ça fait mal : il se sent un peu seul à faire ce travail-là. Dans Les ombres de la toile, Chris Brookmyre prend un malin plaisir à plonger son héros dans un univers au sein duquel il ne se sent pas vraiment chez lui : le monde numérique, ses ombres, ses apparences, ses modernités réelles ou illlusoires. Non pas qu'il soit passéiste, mais il a tendance à voir le mal partout, Jack Parlabane, et il a souvent raison, hélas ! Dans cette enquête-là surtout, où il va payer cher son opiniâtreté et sa clairvoyance.

Le début du roman nous plonge dans l'atmosphère particulière d'un Royaume-Uni obsédé par la sécurité, la peur de l'autre et les menaces qui pèsent sur le pays. On vous surveille, on ne vous ratera pas si vous fraudez, tel est le message que les pouvoirs publics veulent faire passer : le remède serait-il pire que le mal ? Samantha Morpeth en est là de ses réflexions lorsqu'on l'appelle : c'est son tour. Et l'homme qui va la recevoir va lui asséner le coup de massue qu'elle redoutait : elle n'a plus droit à son allocation d'aidant familial. Pourtant, elle est lycéenne, sans ressources, et c'est elle qui s'occupe de sa petite sœur Lilly, une fillette trisomique. Leur mère est aux abonnés absents, plus précisément en prison. Samantha est seule pour assumer l'éducation de la petite, mais comme elle est étudiante à plein temps, elle n'a plus droit à rien. La situation est aussi absurde que désespérée. 

20 novembre 2020

Abir Mukherjee, Les Princes de Sambalpur : les secrets du harem


Voilà le deuxième roman signé par l'ex-financier d'origine indienne formé à la London School of Economics  Abir Mukherjee, Écossais d'adoption. Le premier, L'attaque du Calcutta-Darjeeling, lauréat du prix Polar européen - Le Point 2020 - nous a permis de faire la connaissance du capitaine Wyndham, ancien de Scotland Yard et tout juste débarqué à Calcutta, et de son adjoint indien, le sergent Banerjee. Ensemble, ils avaient élucidé, après moultes péripéties,  le meurtre d'un haut fonctionnaire. Déjà, l'auteur faisait preuve d'un humour redoutable et d'une connaissance parfaite de l'Inde des années 20... Déjà, le roman nous plongeait directement dans l'atmosphère dépaysante de l'Inde coloniale, se moquait des manières des Anglais et dépeignait un monde complexe et fascinant, mélange de traditions ancestrales, de corruption et de danger. 

11 octobre 2020

Retour de marée au Goéland masqué, avec Joëlle Losfeld et Richard Morgiève

Joëlle Losfeld et Richard Morgiève répondent aux questions de l'animatrice du Goéland masqué

Le Goéland masqué, la mort dans l'âme, a dû se résoudre à renoncer à l'édition 2020 de son festival, pour cause de crise sanitaire. Mais l'oiseau a de la ressource, et les membres de l'association de Penmarc'h aussi : cet automne, c'est sous la forme de quatre journées baptisées"Retours de marée" que le Goéland a décidé de fêter ses 20 ans. Hier, le deuxième "Retour de marée" réunissait un public nombreux, dans le respect strict des gestes barrières, autour de Marie Lenne-Fouquet, auteur jeunesse, puis de Caryl Ferey et Morgan Audic, et enfin de Richard Morgiève et Joëlle Losfeld, venus parler de l'étrange couple auteur-éditeur. Les deux invités ont répondu aux questions de l'animatrice et échangé avec humour et passion autour d'un sujet éternel... Après un rappel biographique sur les deux protagonistes, la conversation s'est lancée sur le cœur du sujet. Morceaux choisis. 
 

9 octobre 2020

François Médéline, l’interview en roue libre épisode 4, autour de "L’Ange rouge"

François Médéline - (c) X. Hacquard et V. Loison

J’ai attrapé François Médéline au vol le jour même de la publication de L’Ange rouge, quelques jours avant son départ en résidence d’écriture dans le Vercors. 

 Si vous avez lu la chronique de L’Ange rouge, ou bien mieux encore, le roman lui-même, vous aurez compris très vite que les questions ne manquent pas. Merci à lui d’avoir pris le temps d’y répondre.


 

Comment te sens-tu aujourd’hui, jour de la sortie de L’Ange rouge ?

En fait, j’ai plein de projets donc je me sens bien, même pas stressé…  En plus, je pars dans quelques jours en résidence d’écriture dans le Royans-Vercors, je me prépare. Là-bas, je vais travailler, bien sûr. Et on a aussi monté quelques belles soirées : une soirée James Ellroy, une soirée sur l’adaptation cinématographique avec une projection de Série noire d’Alain Corneau, des ateliers d’écriture… J’ai quelques présentations en librairie ou festival en prévision, notamment à Lyon ce soir, dans un petit café librairie sur les pentes de la Croix Rousse, Un  petit noir, avec un libraire qui me soutient depuis le premier jour. Mon éditeur est à fond, je peux compter sur une belle équipe, avec l’agence Trames pour la presse. Tout le monde se donne du mal pour que L’Ange rouge rencontre son public. J’ai mes enfants, le rugby, tout va bien. Je suis apaisé.

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