29 avril 2021

Adrian McKinty, Ne me cherche pas demain : Sean Duffy et le MI5


Quelle joie de retrouver Sean Duffy, flic à Carrickfergus, non loin de Belfast ! Il y a quelques semaines encore, Belfast s'embrasait, révélant le déchirement de l'Irlande du Nord face au Brexit : le retour d'Adrian McKinty est une bonne façon de se rappeler que la question irlandaise n'est pas une affaire classée. Après Une Terre si froide et Dans la rue j'entends les sirènes, l'inspecteur, catholique au milieu d'une police majoritairement protestante, n'a plus le cul entre deux chaises, mais il est carrément tombé entre les deux. Sa dernière affaire ne lui a pas valu que des amis, et le voilà prié de se mettre au vert ou, pour le dire clairement, radié de la police. Le motif officiel ne tient pas, les accusations qu'on lui oppose pas davantage : en réalité, Duffy dérange tout le monde et on est bien content, en haut lieu, d'en être débarrassé... Que fait un inspecteur irlandais radié de la police ? Pas grand-chose : boire, fumer, écouter de la musique, vérifier que sa voiture n'est pas piégée... La déprime menace. 

13 avril 2021

Jurica Pavicic, L'Eau rouge : une fille disparaît.


L'Eau rouge est le premier roman traduit en français de Jurica Pavicic, écrivain, scénariste et journaliste croate. Et c'est un coup de maître, puisqu'il balaye d'emblée l'éternelle question : un roman policier doit-il privilégier l'intrigue ou ce qu'il dit sur le monde? Pavicic n'a pas choisi : L'Eau rouge est à la fois un roman policier parfaitement construit et passionnant de bout en bout et un voyage dans le temps, dans ce pays blessé aux multiples mutations qu'on appelle aujourd'hui la Croatie, et qui est beaucoup plus complexe que le paradis pour touristes que son nom évoque trop souvent.

Nous sommes en septembre 1989, à la veille de la chute du mur de Berlin. Misto, village côtier proche de la ville de Split, est pour quelque temps encore une bourgade yougoslave, avec ses petites maisons perchées, son port de pêche, son cap de la Croix avec vue imprenable sur une mer magnifique. 

17 mars 2021

Gilles Verdet, "Les Ardomphes" : roman-labyrinthe, roman-jeu, roman noir


On connaît l'attachement de Gilles Verdet pour Arthur Rimbaud. Dans son roman Voici le temps des assassins (voir chronique ici  et interview là), déjà Verlaine et Rimbaud tenaient une place de choix. Cette fois, il a choisi pour titre le surnom affectueux (ou pas!) que Rimbaud donnait à sa région des Ardennes. Dans Les Ardomphes, Gilles Verdet joue avec son lecteur et lui offre un puzzle littéraire aussi savoureux qu'addictif. 

Richard est SDF, il dort sur les bancs, mange quand il peut, chope ce qu'il peut lors de ses tournées quotidiennes, et fait de temps en temps les poubelles avec son pote antillais Jean-Jean, éboueur de son état. "Et tous deux, en douce, ramassaient. Ramassaient tant qu'ils pouvaient. Et ce qu'ils pouvaient." Ce jour-là est faste : Richard a réussi à récupérer à une station de taxi un sac oublié par un homme pressé et étourdi. Dedans, une luxueuse écharpe en soie et cachemire, des livres, une bouteille d'un grand château bordelais. Pittoresque, Richard... C'est bien l'avis de Claire, photographe, qui se prend d'une passion éphémère pour le clodo odorant et son écharpe de luxe, le photographie tant et plus, et finit par vendre son image pour une campagne publicitaire. Vu que l'art, c'est bien, mais c'est encore mieux quand ça paye.

4 mars 2021

François Médéline, "La Sacrifiée du Vercors" : hommes et femmes dans la tourmente


Après son formidable Ange rouge sorti à la Manufacture de livres il y a quelques mois (voir chronique et interview ici), François Médéline nous fait la surprise de revenir avec ce roman publié directement en format de poche. D'emblée, l'auteur nous avertit : ce roman-là occupe une place à part. Dès la dédicace à ses grands-pères, on comprend que l'histoire qui va suivre touche au cœur de sa mémoire personnelle et familiale. Le Vercors, berceau familial, lieu dont le seul nom évoque chez chacun d'entre nous l'histoire de la Résistance, lieu de mémoire personnelle et collective. 

Nous sommes en septembre 1944, il fait chaud. Georges Duroy, commissaire de police près le délégué général à l'épuration venu de Lyon, arrive dans le Vercors à bord de sa Peugeot 402 légère. D'emblée, il est confronté aux maquisards qui lui demandent son laissez-passer. Entre le fonctionnaire de police et les maquisards, l'ambiance est électrique, l'hostilité prégnante... Cet homme de la ville est chargé de transférer la prisonnière Sarah Ehrlich, dite "la baronne".

3 mars 2021

Tana French, "L'arbre du mal" : traumatisme et révélations


Dans L'Arbre du mal, Tana French abandonne son habituelle brigade criminelle de Dublin, dont nous connaissons chaque membre puisque, tour à tour, ils ont tenu le premier rôle dans ses romans les plus récents. En revanche, nous restons à Dublin, où le jeune Toby, bien né, beau gosse, se fait les dents en prenant en charge la communication d'une petite galerie d'art. Tout va bien pour lui: il aime bien son métier, ses amis, les fêtes auxquelles il participe, les soirées au pub. Et son adorable petite amie Melissa, qui tient une boutique de déco dans  le quartier deTemple Bar et qui lui est également très attachée. Toby présente bien, il a de bonnes idées pour développer la renommée de son employeur. Un jour, il va un peu trop loin : entre cynisme et inconscience, il monte un coup de com pas très propre, et au moment de rendre des comptes, il s'arrange pour faire porter le chapeau à un de ses collègues. Ça n'est pas bien.

1 février 2021

John Harvey, "Le corps et l'âme" : Adieu aux armes pour Frank Elder


En 2015, avec Ténèbres, ténèbres (voir chronique ici), John Harvey mettait un point final à la carrière d'un de ses deux principaux héros récurrents, Charlie Resnick. Il annonçait du même coup qu'il mettait un terme à sa carrière d'auteur de romans policiers, préférant se consacrer à d'autres projets (théâtre, poésie, musique...). La parution de Le corps et l'âme est donc à la fois une divine surprise et le résultat d'une démarche logique, puisqu'il raconte la fin de la carrière de Frank Elder, le deuxième héros créé par John Harvey, qu'il aura mis en scène dans quatre romans aux titres symboliques : De chair et de sang, De cendre et d'os, D'ombre et de lumière et enfin Le corps et l'âme. On trouvera d'ailleurs dans son interview de 2014 des réponses aux questions qu'on se pose inévitablement face aux héros récurrents et à leurs auteurs.


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