21 novembre 2020

Chris Brookmyre, Les ombres de la toile : Parlabane et le monde moderne

C'est toujours un plaisir de retrouver Jack Parlabane... Ne serait-ce que parce que vu ses aventures précédentes, on s'étonne qu'il soit encore en liberté, voire en vie. Car Parlabane a du journalisme une conception quelque peu dépassée. Pensez donc : prendre des risques, mettre les pieds dans le plat, défier l'immédiateté, suivre les pistes jusqu'au bout, même quand ça fait mal : il se sent un peu seul à faire ce travail-là. Dans Les ombres de la toile, Chris Brookmyre prend un malin plaisir à plonger son héros dans un univers au sein duquel il ne se sent pas vraiment chez lui : le monde numérique, ses ombres, ses apparences, ses modernités réelles ou illlusoires. Non pas qu'il soit passéiste, mais il a tendance à voir le mal partout, Jack Parlabane, et il a souvent raison, hélas ! Dans cette enquête-là surtout, où il va payer cher son opiniâtreté et sa clairvoyance.

Le début du roman nous plonge dans l'atmosphère particulière d'un Royaume-Uni obsédé par la sécurité, la peur de l'autre et les menaces qui pèsent sur le pays. On vous surveille, on ne vous ratera pas si vous fraudez, tel est le message que les pouvoirs publics veulent faire passer : le remède serait-il pire que le mal ? Samantha Morpeth en est là de ses réflexions lorsqu'on l'appelle : c'est son tour. Et l'homme qui va la recevoir va lui asséner le coup de massue qu'elle redoutait : elle n'a plus droit à son allocation d'aidant familial. Pourtant, elle est lycéenne, sans ressources, et c'est elle qui s'occupe de sa petite sœur Lilly, une fillette trisomique. Leur mère est aux abonnés absents, plus précisément en prison. Samantha est seule pour assumer l'éducation de la petite, mais comme elle est étudiante à plein temps, elle n'a plus droit à rien. La situation est aussi absurde que désespérée. 

20 novembre 2020

Abir Mukherjee, Les Princes de Sambalpur : les secrets du harem


Voilà le deuxième roman signé par l'ex-financier d'origine indienne formé à la London School of Economics  Abir Mukherjee, Écossais d'adoption. Le premier, L'attaque du Calcutta-Darjeeling, lauréat du prix Polar européen - Le Point 2020 - nous a permis de faire la connaissance du capitaine Wyndham, ancien de Scotland Yard et tout juste débarqué à Calcutta, et de son adjoint indien, le sergent Banerjee. Ensemble, ils avaient élucidé, après moultes péripéties,  le meurtre d'un haut fonctionnaire. Déjà, l'auteur faisait preuve d'un humour redoutable et d'une connaissance parfaite de l'Inde des années 20... Déjà, le roman nous plongeait directement dans l'atmosphère dépaysante de l'Inde coloniale, se moquait des manières des Anglais et dépeignait un monde complexe et fascinant, mélange de traditions ancestrales, de corruption et de danger. 

11 octobre 2020

Retour de marée au Goéland masqué, avec Joëlle Losfeld et Richard Morgiève

Joëlle Losfeld et Richard Morgiève répondent aux questions de l'animatrice du Goéland masqué

Le Goéland masqué, la mort dans l'âme, a dû se résoudre à renoncer à l'édition 2020 de son festival, pour cause de crise sanitaire. Mais l'oiseau a de la ressource, et les membres de l'association de Penmarc'h aussi : cet automne, c'est sous la forme de quatre journées baptisées"Retours de marée" que le Goéland a décidé de fêter ses 20 ans. Hier, le deuxième "Retour de marée" réunissait un public nombreux, dans le respect strict des gestes barrières, autour de Marie Lenne-Fouquet, auteur jeunesse, puis de Caryl Ferey et Morgan Audic, et enfin de Richard Morgiève et Joëlle Losfeld, venus parler de l'étrange couple auteur-éditeur. Les deux invités ont répondu aux questions de l'animatrice et échangé avec humour et passion autour d'un sujet éternel... Après un rappel biographique sur les deux protagonistes, la conversation s'est lancée sur le cœur du sujet. Morceaux choisis. 
 

9 octobre 2020

François Médéline, l’interview en roue libre épisode 4, autour de "L’Ange rouge"

François Médéline - (c) X. Hacquard et V. Loison

J’ai attrapé François Médéline au vol le jour même de la publication de L’Ange rouge, quelques jours avant son départ en résidence d’écriture dans le Vercors. 

 Si vous avez lu la chronique de L’Ange rouge, ou bien mieux encore, le roman lui-même, vous aurez compris très vite que les questions ne manquent pas. Merci à lui d’avoir pris le temps d’y répondre.


 

Comment te sens-tu aujourd’hui, jour de la sortie de L’Ange rouge ?

En fait, j’ai plein de projets donc je me sens bien, même pas stressé…  En plus, je pars dans quelques jours en résidence d’écriture dans le Royans-Vercors, je me prépare. Là-bas, je vais travailler, bien sûr. Et on a aussi monté quelques belles soirées : une soirée James Ellroy, une soirée sur l’adaptation cinématographique avec une projection de Série noire d’Alain Corneau, des ateliers d’écriture… J’ai quelques présentations en librairie ou festival en prévision, notamment à Lyon ce soir, dans un petit café librairie sur les pentes de la Croix Rousse, Un  petit noir, avec un libraire qui me soutient depuis le premier jour. Mon éditeur est à fond, je peux compter sur une belle équipe, avec l’agence Trames pour la presse. Tout le monde se donne du mal pour que L’Ange rouge rencontre son public. J’ai mes enfants, le rugby, tout va bien. Je suis apaisé.

6 octobre 2020

François Médéline, L'Ange rouge, roman lyonnais détonnant

Ce qu'il y a de bien avec François Médéline, c'est qu'il est capable de tout, y compris de nous surprendre à chaque nouveau roman. Avec L'Ange rouge, il fait bien plus encore, puisqu'il insuffle à la littérature française un vent de liberté qui balaie les frontières de genres et de sous-genres, et rassemble derrière lui, tel le joueur de flûte de Hamelin, amateurs de polars, de thrillers et de romans noirs, rejoints par les amoureux de littérature, tout simplement. L'Ange rouge est profondément ancré dans sa localisation : la ville de Lyon y joue un rôle essentiel, et pas seulement celui du cadre géographique. D'emblée, François Médéline nous y transporte sans ménagement : nous sommes à la confluence du Rhône et de la Saône. Le hors-bord de la brigade fluviale, avec à son bord la capitaine Nicole Piroli, dite Mamy, et à ses côtés le narrateur de L'Ange rouge, le commandant Alain Dubak, passe sous le pont Pasteur et s'approche du port Rambaud. Une équipe d'enquêteurs lyonnais : François Médéline nous a concocté un polar. De là, on embrasse une vue unique sur Lyon. Là-bas, sur la rive, un corps d'homme mutilé, martyrisé et décoré d'une orchidée tatouée, le visage littéralement lacéré. François Médéline nous prépare un thriller. Mais la suite va nous révéler un enquêteur à la personnalité obsessionnelle, rongée par la culpabilité et le manque de celle qu'il aime toujours et qui l'a quitté. Un vrai personnage de roman noir.

5 septembre 2020

Franck Bouysse, Buveurs de vent : un western kafkaïen


C'est toujours avec une appréhension mêlée d'impatience qu'on retrouve pour un nouveau roman un auteur qu'on suit et qu'on aime depuis longtemps... Avec Buveurs de vent, Franck Bouysse confirme que son inspiration est bien loin d'être tarie, et que sa capacité de renouvellement est à son zénith. Les lecteurs évoquent souvent le western en parlant de ce roman : pour ma part, c'est plutôt Kafka, voire Philip K. Dick que m'a évoqués ce livre-là. Création d'un monde isolé, de personnages enfermés, d'un lieu cadenassé, paradoxe d'une petite ville enchâssée en pleine nature, cadre au beau milieu duquel se meuvent des humains très humains, où se développe un drame qui oscille entre aventure et tragédie: Franck Bouysse, une fois de plus, montre sa capacité à mettre en scène des êtres torturés, révoltés, maltraités et à leur ciseler des destins inimaginables.

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