21 juin 2017

Chuck Palahniuk, "Le Purgatoire": Madison au pays des horreurs

Revoilà Mademoiselle Madison Spencer, jeune morte assassinée de son état. Et elle va faire tout ce qu'il faut pour mettre un bazar sans nom dans le monde des vivants... Les fans de Chuck Palahniuk reconnaîtront tout de suite Madison, puisqu'on a fait sa connaissance dans Damnés, sorti en 2014 chez Sonatine. A l'époque, Madison était en enfer, où elle côtoyait toutes sortes de personnages plus célèbres les uns que les autres, rock stars, stars de cinéma et du show bizz échouées là suite à une vie de dépravation et d'excès. Que diable faisait une fillette de 13 ans dans ce lupanar des damnés ? Qu'à cela ne tienne, dans Le Purgatoire, Palahniuk en extrait Madison pour la parachuter dans le monde des non-morts, où elle va poursuivre sa quête. Elle ne va pas être déçue du voyage, et nous non plus.

5 juin 2017

Hervé Prudon, "La langue chienne" : remuée

Il n'est pas si fréquent de tomber sur un roman qui vous remue. C'est ce qui vient de m'arriver avec La langue chienne de Hervé Prudon. Publié une première fois à la Série noire en 2008, le roman n'avait sans doute pas rencontré le public qu'il méritait. On ne remerciera donc jamais assez les éditions de la Table ronde et Jérôme Leroy, qui a voulu le republier cette année dans la collection "La petite vermillon". Hervé Prudon est un auteur dont on ne parle pas assez. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir écrit : depuis la fin des années 70, il a publié une trentaine de titres, travaillé comme scénariste et comme auteur de théâtre, comme journaliste aussi. Peut-être est-ce le lot des auteurs qui ne se laissent pas enfermer dans un genre (et les codes qui vont avec) que d'être connus et reconnus par peu de lecteurs, suffisamment curieux et amoureux de la langue pour apprécier une littérature libre, tortueuse, audacieuse, qui ose franchir les barrières, défier les règles narratives auxquelles sont habitués les lecteurs, s'exprimer sur le mode poétique au sein même d'un roman noir.

30 mai 2017

Jérôme Leroy face aux libraires de Millepages: morceaux choisis

Jérôme Leroy était la semaine dernière à la librairie Millepages de Vincennes, où les trois libraires, Jérôme Dejean, Julien Morel et Pascal Thuot,  l'ont successivement interrogé sur les multiples facettes de son activité d'auteur de romans, de poète et d'éditeur. Ils ont, en particulier, évoqué son dernier roman paru à la Table ronde, Un peu tard dans la saison. Morceaux choisis.

La fin du monde
"C'est un thème qui me hante, c'est vrai, mais c'est aussi un thème de génération, et qui a été très présent dans les littératures de genre. Aujourd'hui, il a envahi la littérature générale. Nous avons intégré le fait que le monde peut finir. Quand on parle avec des adolescents, on s'aperçoit que pour eux, cela fait partie des possibles... Ma vision a évolué : elle a été très violente, alors que dans Un peu tard dans la saison, c'est une fin en douceur. Peut-être la maturité... J'ai donc inventé ce monde de la douceur, un peu en référence aussi à Gébé et à L'An 01 : on fait un pas de côté...
Dans Un peu tard dans la saison, l'éclipse dont il est question ne se situe pas dans le futur, mais maintenant, tout de suite. Parce que le monde est devenu insupportable. Réinventer un monde plus heureux et plus apaisé. Je pense profondément qu'on peut aller vers quelque chose de plus doux."

28 mai 2017

Pyromane, de Wojciech Chmielarz, un polar prometteur, un auteur à surveiller

La scène d'ouverture de Pyromane a deux mérites : elle explicite parfaitement le titre du roman, et, menée à un rythme soutenu, malgré un souci du détail qui réussit à ne pas ralentir la cadence, elle rend compte d'une action à la fois violente et minutieusement préparée. Nous sommes à Varsovie, il fait moins vingt. Malgré cela, un homme marche dans une rue d'un quartier familial. Il met à exécution un plan bien mûri et parfaitement répréhensible : se hisser sur le toit d'une des maisons et balancer par la cheminée un cocktail molotov qui va transformer la villa en brasier... A l'intérieur de la maison, un homme, ivre, cuve sur un canapé. Sa femme, enfermée dans une penderie, se débat avec la serrure, parvient à l'ouvrir, et se retrouve en enfer. Elle parviendra malgré tout à sauter par la fenêtre et à échapper à la fournaise. Elle s'en sortira, malgré de multiples blessures et brûlures gravissimes. Son mari n'aura pas cette chance et y laissera la vie. Qui pouvait en vouloir à ce couple au point de leur réserver un sort aussi abominable ? Telle est la question à laquelle va devoir répondre l'inspecteur Jakub Mortka, surnommé le Kub.

21 mai 2017

John Burnside, L'été des noyés: nuits blanches au septentrion

John Burnside, romancier et poète écossais, nous emmène au nord de la Norvège, sur une île du comté de Troms, Kvaloya. Nous sommes bien loin de la Norvège de Jo Nesbo... Le premier tour de magie de Burnside consiste à nous extraire du temps : sur l'île, le monde moderne importe peu. Il se rappelle au bon souvenir de ses habitants lorsqu'un homme de la ville, épris de solitude, décide de s'y installer pour quelque temps. Ou lorsqu'on voit passer une voiture le long de l'unique route carrossable qui longe la mer. 

Dans la jolie maison grise vit Angelika Rossdal, peintre de renom, avec sa fille de 18 ans. Et ce n'est pas leur mode de vie qui va changer quoi que ce soit à cette impression d'intemporalité... Parfois, l'atmosphère qui règne dans la maison grise et le jardin qui l'entoure fait penser à Tchekhov, c'est dire. Le roman est raconté par la fille d'Angelika, Liv, et c'est un récit au passé puisque Liv prend la parole près de 10 ans après ce fameux été des noyés. Là encore, cela n'a pas grande importance: le temps qui passe semble n'avoir pas de prise sur les personnages. 

10 mai 2017

Pierre-François Moreau, "La soif" : Los Angeles, Andalousie


A Los Angeles, Andalousie, on est loin de Hollywood. Mais tout près de Marbella, horreur absolue, rendez-vous des parvenus honnêtes ou moins honnêtes. Tout près aussi d'Algesiras et de Gibraltar, point de fuite de la perspective andalouse. A Los Angeles, il n'y a pas la mer, il fait chaud. Et soif. il y a des hangars, une ligne de chemin de fer, des parkings, des camions qui viennent de partout... et une pharmacie. Dans la pharmacie, Victor vend une bouteille d'eau Velvar à un malheureux en blazer, égaré là avec sa voiture de location. Un malheureux en sueur, épuisé, desséché. Mais porteur d'une carte officielle du service de lutte contre les contrefaçons. La bouteille de Velvar est une contrefaçon, elle contient une immonde flotte pleine de nitrates... De la contrefaçon d'eau minérale ? Vraiment ? Les premières pages de La soif plantent parfaitement le décor - chaleur accablante, déshydratation menaçante - car leur auteur a du savoir-faire. Comment va-t-on s'en sortir ? Que se passe-t-il vraiment à Los Angeles, où "il suffisait de taper dans un palmier nain pour voir dégringoler les mafieux russes, géorgiens, ukrainiens, les maquereaux bulgares, les blanchisseurs finlandais les parrains marocains, siciliens et leurs  cousins napolitains, la pègre espagnole, les cachochymes nazis, les caudataires franquistes, la racaille colombienne, albanaise ou roumaine, les marchands d'esclaves, les putes de l'Est..."? 

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