20 septembre 2018

François Médéline : l'interview en roue libre épisode 3, autour de "Tuer Jupiter"


Le 4 septembre dernier, François Médéline présentait Tuer Jupiter à la Librairie de Paris

Il y a trois semaines sortait en librairie un roman qui tranche nettement sur le ton de la rentrée littéraire, dans la forme comme dans le fond. Tuer Jupiter (voir chronique ici) fait parler de lui et de son auteur, suscite la réflexion, l’étonnement, il engendre même chez certains des réactions épidermiques. Voici donc notre interview « en roue libre », en face à face et en toute liberté, interview fleuve et spontanée, avec ses rebonds, ses chemins de traverse. Au final, comme toujours, de la lumière et, heureusement, quelques zones d’ombre… Un grand merci à François Médéline.

Cela fait quatre ans que tu n'avais pas sorti de roman. Est-ce que ton travail pour le cinéma a influé sur ton écriture ?
Dans mes deux précédents romans, je n'avais pas travaillé sur mon époque. Donc ce roman est différent car il est ultra-contemporain. Le travail pour le cinéma était lui aussi contemporain. Mais c'est plus dans la méthode de travail que j'ai pu évoluer. Elle est plus structurée, parce qu’adapter un roman au cinéma nécessite de travailler par étape, pour les producteurs, le réalisateur, c’est un travail collaboratif dès le départ. 

18 septembre 2018

Mick Kitson, "Manuel de survie à l'usage des jeunes filles" : une cavale au féminin pluriel

Manuel de survie à l'usage des jeunes filles est le premier roman de Mick Kitson, Gallois d'origine, ex-musicien de rock avec les Senators, puis journaliste et prof d'anglais. Mick Kitson vit aujourd'hui  en Ecosse, et c'est tout naturellement là qu'il a choisi de situer son roman. Certes, son récit n'est ni un polar, ni un thriller. Et pourtant, en le lisant, on éprouve la même hâte à tourner les pages que celle qui nous saisit face une intrigue à suspense. Une hâte doublée d'un plaisir de lecture et d'une émotion rares.

Quand le roman commence, Peppa et Sal, respectivement dix et treize ans, vivent depuis quatre jours dans la forêt du Ayrshire, à des kilomètres de toute habitation, en pleine nature. Toutes seules. Pendant un an, Sal a préparé leur fuite, a lu et assimilé le Guide de survie des forces spéciales, a acheté avec la carte de crédit de sa mère ou de son compagnon tout ce qui était nécessaire à leur expédition. Il fallait partir. 

16 septembre 2018

Frédéric Paulin, l'interview en roue libre

Le nouveau roman de Frédéric Paulin, La guerre est une ruse (voir la chronique ici), fait partie des événements de cette rentrée. Frédéric Paulin le dit lui-même, il est un raconteur d'histoire(s). Mais aussi un éveilleur de consciences et de mémoire. Son roman est emblématique de cette double vocation du romancier : j'ai voulu en savoir un peu plus. Voici donc l'interview en roue libre, merci à Frédéric Paulin pour cette rencontre.

Si on commençait par le titre, La guerre est une ruse, qui fait couler beaucoup d'encre?
Le titre de travail était en arabe. "Al Harb Khoudaa" : cela fait partie d'un verset du Coran qui peut avoir deux interprétations : la guerre est une ruse ou la guerre est un mensonge. En fait, cela signifie en gros que le mensonge n'est acceptable qu'en situation de guerre, sinon on n'a pas le droit de mentir et d'employer la ruse. Cette phrase, je l'ai découverte dans la bouche de Mohammed Merah en 2012 : après ses massacres de Toulouse, il est acculé dans son appartement, il essaie de négocier. Il déclare qu'il va se rendre le lendemain matin, et utilise cette phrase, mais en lui donnant un sens "basique", pour expliquer ses actions et ses manœuvres pour échapper aux autorités.  C'est cela qui m'a poussé à essayer d'en savoir plus.

9 septembre 2018

Graeme Macrae Burnet, "La disparition d'Adèle Bedeau" : un roman hanté par Simenon et Chabrol

Ce roman est étonnant à plus d'un titre. Graeme Macrae Burnet est écossais, et son premier roman publié en français, L'accusé du Ross-Shire (voir la chronique ici) se déroulait dans une région reculée d’Écosse à la fin du XIXe siècle. Avec La disparition d'Adèle Bedeau, il nous emmène dans des lieux moins exotiques pour les lecteurs français (quoique...) puisque le roman se déroule dans la ville de Saint-Louis, en Alsace. Comme dans L'accusé du Ross-Shire, l'auteur a choisi un mode narratif particulier : il commence son récit en racontant que ce même roman signé Raymond Brunet (sic), publié pour la première fois en 1982, ne connut qu'un modeste succès, et qu'il ne dut son statut de roman culte pour initiés qu'à l'adaptation qu'en fit Claude Chabrol en 1989. Graeme Macrae Burnet pousse le raffinement jusqu'à nous proposer une préface qui détaille la carrière de Raymond Brunet... Bien sûr, rien de tout cela n'est vrai, et Graeme Macrae Burnet est bel et bien le seul et unique auteur de ce qui est son premier roman publié. Quand on cherche du côté de sa biographie, on s'aperçoit qu'il a enseigné à Prague, Porto, Bordeaux et Londres, et surtout qu'il nourrit une passion pour Georges Simenon, si l'on en croit les posts particulièrement pointus qu'il consacre à l'auteur belge sur son blog.

6 septembre 2018

Frédéric Paulin, "La guerre est une ruse" : quand la littérature éclaire le monde

Premier auteur français publié par Agullo, Frédéric Paulin n'en est pas moins un romancier aguerri : connu par les amateurs de polars et de romans noirs, il a publié chez l'éditeur rennais Goater, chez Alphée, et, plus récemment, à la Manufacture de livres, un roman choc "engagé et écologique", La peste soit des mangeurs de viande. Nouvel éditeur, nouvelle dimension : La guerre est une ruse est le premier volet d'une ambitieuse trilogie, et s'il est un polar historique bien documenté, il est beaucoup plus que cela. 

De l'Algérie, on se demande souvent naïvement pourquoi ce pays souffre depuis des décennies des pires calamités, sans jamais aboutir au relatif développement économico-touristique de ses voisins du Maghreb. De la colonisation à la violence de la guerre d'indépendance, de la guerre civile à la corruption généralisée puis à l'intégrisme religieux et à ses avatars terroristes, plusieurs générations ont ainsi payé un lourd tribut en termes de misère économique, d'injustice sociale, de privation de libertés et de démocratie bafouée. 

22 août 2018

François Médéline, "Tuer Jupiter" : le roller coaster politique de la rentrée

Quand on referme Tuer Jupiter, on a l'impression d'avoir passé quelques heures dans une essoreuse à grande vitesse. Tuer Jupiter a ce pouvoir : mettre en mouvement ultra-rapide nos petites cellules grises, provoquant des accidents, des chocs, des ruptures et des changements de connexions capables de bouleverser notre façon de voir la politique, les politiques, bref les hommes qui sont supposés nous gouverner. Évidemment, après les événements qui ont agité le bocal français cet été, le livre peut prendre l'allure d'une provocation opportuniste : ce serait mal connaître François Médéline, qui prépare son coup depuis des mois et qui avait terminé son texte bien avant que M. Benalla fasse parler de lui. Si on a lu ses deux précédents romans, on s'autorise même à penser que Tuer Jupiter est un aboutissement certes en forme de chemin de traverse, mais somme toute assez logique, à sa démarche d'auteur. Le titre même de son premier roman, La politique du tumulte, contient déjà le ferment de Tuer Jupiter.

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