19 avril 2017

Andreï Doronine, "Transsiberian Back to Black" : drôle comme la mort

Qui est donc Andreï Doronine ? La quatrième de couverture du livre nous donne peu d'indices : né en 1980, ex-toxico, époux d'Olga Marquez, chanteuse d'un groupe de musique populaire en Russie et en Ukraine. Voilà. Rien qui laisse vraiment soupçonner la nature des textes qui s'offrent à nous dans ce Transsiberian Back to Black, recueil de nouvelles noires qui vient rejoindre ses prédécesseurs signés  Kozlov et Constantinov dans la collection Zapoï, qui n'a probablement pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs.

Transsiberian Back to Black, c'est un peu comme une parade de cirque. Les histoires qui y sont racontées nous font peur, nous glacent le sang, et finalement, à notre grande honte, nous font sourire. Tout comme au cirque, on a beau craindre pour l'acrobate ou le dompteur, c'est un plaisir coupable qui gagne. Tout comme au cirque, les odeurs sont fétides, on respire les effluves du sang et des sueurs froides, et pourtant on reste là, fasciné, conscient d'avoir devant nous, sous les mots, un objet singulier, dérangeant, touchant, et dénué de toute pose littéraire. 

18 avril 2017

Valerio Varesi, l'interview en roue libre

Les romans de Valerio Varesi sont arrivés en France l’année dernière grâce au flair des éditions Agullo. Le Fleuve des brumes (voir chronique ici) plantait le décor : Parme, le nord de l’Italie, un commissaire Soneri attachant bien qu’un brin taciturne, une intrigue qui débouchait sur une évocation de la mémoire de l’Italie avec la période fasciste. Dans La Pension de la via Saffi (voir chronique ici), Valerio Varesi parachevait son opération de conquête du public français, avec un héros plus fouillé, plus complexe et plus attachant, un rythme lent qui laisse la place à la réflexion, un sens de l’atmosphère rare et une intrigue qui réussissait à nous rapprocher à la fois de l’histoire personnelle de Soneri, et toujours du passé de l’Italie, avec cette fois-ci un retour aux années de plomb. En avril, Valerio Varesi bouclait une véritable tournée française. J’ai profité de son passage à Paris pour lui poser les questions qui me taraudaient. Un grand merci à lui pour ses réponses généreuses et patientes. Merci également à sa traductrice Florence Rigollet, ainsi qu’à l’équipe des éditions Agullo qui a permis cette rencontre.

17 avril 2017

Anne Bourrel : l'interview en roue libre épisode 2

Anne Bourrel en lecture musicale à la Maison de Julien Gracq (photo Michel Durigneux)
Le Festival Mauves en noir a été non seulement une réussite festive et fertile en belles rencontres, mais aussi l’occasion de retrouver Anne Bourrel, que je n’avais pas pu croiser depuis la publication de L’Invention de la neige (voir la chronique ici).  Anne, passionnée de tango, rentrait juste de Buenos Aires. Vous allez voir que le jet lag ne nuit ni à sa bonne humeur ni à son intelligence pétillante.  L’occasion était trop belle, nous nous sommes installées au soleil, j’ai ouvert le micro et … voilà, prenez un siège.

11 avril 2017

Mauves en noir : un festival bien rodé, chaleureux et riche en belles rencontres

Qu'attend-on d'un festival de polar ? Partager, découvrir, rencontrer, écouter, échanger... Quand tout est au rendez-vous et qu'en plus les festivités se déroulent dans un cadre à taille humaine, dans la verdure et sous le soleil, que dire de plus ? Ah oui ! On y retournera. Retour en images sur un week-end vraiment réussi, et un clin d’œil de reconnaissance aux organisateurs, aux bénévoles et à l'association Fondu au noir, qui ne manquent ni d'imagination, ni d'énergie ni d'efficacité.

Anne Bourrel, solaire et souriante
Max Obione et Sébastien Gendron

7 avril 2017

Laurence Biberfeld, "Sous la neige, nos pas" : de la sève et du sang

Laurence Biberfeld a plus de quinze ouvrages à son actif en tant qu'auteur et illustratrice (romans, essais, pièces de théâtre) et c'est la première fois qu'on en parle ici. Disons-le et battons notre coulpe, c'est une honte. D'un autre côté, je ne suis pas mécontente qu'elle fasse son entrée avec ce roman-là, vu qu'il est absolument formidable. Sous la neige, nos pas est raconté tour à tour par Esther, jeune institutrice venue de la ville avec sa fille Juliette s'installer dans un village du plateau de la Margeride, en Lozère, et par un narrateur qui donne une perspective et une distance, et nous permet du même coup de respirer un peu face à une histoire à la fois bouleversante et débordante de sève, bouillonnante d'amour et de vie. Sous la neige, nos pas est raconté sur deux temps : le passé, de 1983 à 2005, où se déroule l'essentiel de l'histoire, et le présent, 2015, où se dénoue le destin d'Esther.

30 mars 2017

Valerio Varesi, "La pension de la via Saffi" : Soneri vise au cœur, et fait mouche

Le deuxième roman d'une série est souvent décisif pour un lecteur. Avec son premier ouvrage publié en français, Le fleuve des brumes, Valerio Varesi avait réussi à titiller sérieusement la curiosité des amateurs d'enquêteurs en série. Là, inutile de lanterner, il enfonce le clou, et ça ne fait pas mal, bien au contraire... 

Nous voilà donc de retour à Parme. L'une des spécificités des romans de Varesi, c'est qu'ils se passent dans le nord de l'Italie : on est donc loin des clichés solaires, oliviers, ciel bleu brûlant, embouteillages romains, mystères florentins, mafia, camorra... La pension de la via Saffi, en plus, a le bon goût de se dérouler pendant la période de Noël : brume, gel, froid, vent rivalisent pour concocter une atmosphère propice aux mystères qui vont plonger le commissaire Soneri dans d'insondables tourments.

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