15 juin 2020

Ambrose Parry, "L'art de mourir" : l'ange de la mort



Ambrose Parry est le pseudonyme en forme d'hommage du couple que forment Chris Brookmyre, auteur de polars écossais, et son épouse anesthésiste Marisa Haetzman. Tous deux ont donné naissance à une série de polars médico-historiques dont le premier volume a paru au printemps 2019 (voir chronique ici). Bonne nouvelle pour les auteurs et les lecteurs : les droits de la série ont été achetés par la société de production de Benedict Cumberbatch, on peut donc espérer une série télé...

Dans L'Art de mourir, nous retrouvons Will Raven, l'ancien assistant du Dr Simpson, aujourd'hui jeune médecin diplômé. Il vient de terminer une année de voyages à travers l'Europe : ce soir-là, il prend congé de ses amis à Berlin. Ils sont agressés par une bande de malfrats, et Will ne se laisse pas faire... Le lendemain matin, c'est avec une conscience pas très nette qu'il fait son retour à Edimbourg, plus précisément au 52 Queen Street, cabinet et domicile du célèbre Dr Simpson. En effet, Will va reprendre sa place auprès du célèbre médecin, cette fois-ci muni d'un diplôme en bonne et due forme. La maison n'a pas beaucoup changé : il y règne un joyeux désordre et le Dr Simpson est toujours aussi débordé. Une nouveauté cependant : l'arrivée dans les lieux d'un certain Quinton, embauché pour mettre un semblant d'ordre dans le capharnaüm de la maison Simpson.

3 juin 2020

Kate Atkinson, Trois petits tours et puis reviennent : Jackson Brodie fait son cirque

J'ai beau vérifier, il faut se rendre à l'évidence : je n'ai jamais parlé de Kate Atkinson dans le Blog du polar. Et pourtant la dame du Yorkshire, édimbourgeoise d'adoption, est probablement une des autrices anglaises les plus originales, les plus fantasques et les plus délicieuses à lire... Mais il faut dire que le polar n'est qu'une des facettes de son savoir faire. Dès son premier roman, Dans les coulisses du musée, publié en 1995 et qui lui vaudra plusieurs prix littéraires, elle faisait preuve d'une créativité hors du commun en adoptant une structure audacieuse, un discours à plusieurs voix, un humour ravageur et un fabuleux sens de l'observation et de la critique sociale. Le reste de sa bibliographie est tout autant digne d'intérêt...

Ces Trois petits tours et puis reviennent sont le 5e volume de la série Jackson Brodie, démarrée en 2005. Neuf ans que nous n'avions pas eu de nouvelles de Jackson... dont le nom dira peut-être quelque chose aux amateurs de séries télé ; les premiers volumes ont fait l'objet d'une adaptation certes agréable à regarder, mais qui ne rendait pas forcément justice à l’œuvre originale, avec le comédien Jason Isaacs dans le rôle de Jackson. La première saison a été diffusée en France en 2013. Jackson Brodie, ex-militaire, ex-flic, et actuel détective privé, a exercé à Cambridge, Leeds, et Edimbourg avant de revenir dans une petite ville côtière du Yorkshire, non loin de Whitby. Mélancolique, tendance blasé, philosophe à ses heures, pas très heureux en amour, Jackson traîne derrière lui une sorte de scoumoune à l'anglaise qui le rend attachant mais qui donne envie de le secouer de temps en temps, tant on voit venir avant lui les galères dans lesquelles il va immanquablement s'engouffrer. Il faut dire que sa vie n'a pas commencé sous une bonne étoile : "A l'âge de treize ans, sa mère était déjà morte d'un cancer, sa sœur avait été assassinée et son frère s'était suicidé, en laissant obligeamment son corps - pendu au luminaire du plafond - au milieu de la pièce pour que Jackson le découvre en rentrant de l'école." Comment en vouloir à Jackson Brodie ?

1 juin 2020

Valerio Varesi, Or, encens et poussière : Soneri et le blues de Parme

Le Varesi de l'année - le cinquième - est arrivé, et il ne déçoit pas. A vrai dire, la mélancolie, voire la déprime qui touche Soneri dans ce nouveau roman sont parfaitement adaptées à l'ambiance contemporaine, même si le roman a été publié pour la première fois en 2007. Nous sommes, bien sûr, à Parme. Ce soir-là, la brume a rendu les alentours de la ville difficilement praticables, et il faut au moins un Soneri, qui connaît comme nul autre la cité et sa région, pour parvenir sur les lieux d'un carambolage géant, où il va, dans un premier temps tomber nez à nez avec un taureau massif échappé d'on ne sait où, puis découvrir le corps calciné d'une jeune femme. Non loin de l'embranchement d'autoroute, tout près d'un camp de nomades. La brume est lourde, poisseuse, humide, trompeuse. Comme complice de la mort qui rôde, empressée à aider le coupable à se dissimuler et à fuir. Malgré son état, on ne tarde pas à identifier la victime, une jeune Roumaine qui, bientôt, va commencer à obséder Soneri. Qui est-elle, comment est-elle arrivée là, qu'est-ce qui lui a valu ce sort terrible ? Autant de questions que ne va pas apaiser la découverte dans un bus spécialisé dans les trajets Roumanie - Italie du cadavre d'un vieux Roumain... 

Parme, le Dôme et le Baptistère - Carlo Ferrari. / CC BY-SA

27 mai 2020

Lectures confinées

Le confinement a exercé sur tout le monde des effets aussi délétères qu'inattendus. Chez moi, il s'est manifesté par une véritable incapacité à aligner trois lignes sur mon ordinateur. Ce qui, heureusement, ne m'a pas empêchée de lire... Voici donc une tentative d'auto-rééducation, avec un tour d'horizon, par ordre chronologique de lecture, de certains titres qui m'ont accompagnée et enthousiasmée ces dernières semaines.


 Wojciech Chmierlarz, La Cité des rêves
La sortie d'un nouveau roman de Wojciech Chmielarz est non seulement un plaisir attendu, mais est devenue un des événements réguliers qui rythment la vie de l'amateur de polars : c'est qu'il a réussi là où tant d'autres ont échoué. Son héros l'inspecteur Mortka, dit le Kub, a acquis une épaisseur, une présence physique qui lui valent la fidélité des lecteurs des premiers jours mais aussi l'enthousiasme des nouveaux venus.  Avec La Cité des rêves, voici donc le quatrième volume des enquêtes de Jakub Mortka. Mortka et sa partenaire d'enquête l'aspirante Suchocka, dite La Sèche vont, pour la deuxième fois, faire la preuve du fonctionnement chaotique mais terriblement efficace de l'étrange couple qu'ils forment. Ce couple on ne peut plus mal assorti est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles la série "accroche" si bien : un peu comme Siobhan avec John Rebus à leurs débuts, le Kub et la Sèche se provoquent, se font concurrence, se complètent et se sauvent la mise mutuellement, créant ainsi un ressort narratif de plus pour une série déjà bien ancrée dans notre imaginaire.

12 mars 2020

Adrian McKinty, "La chaîne" : un thriller imparable

Adrian McKinty est une vieille connaissance, et mérite qu'on raconte un peu son histoire. Sa formidable série Sean Duffy, qui met en scène un flic catholique en Irlande du nord, a remporté de nombreux prix, lui a valu une presse dithyrambique, mais ne lui a pas rapporté un kopek... En France, les derniers volumes de la série n'ont même pas été traduits - on espère que cette injustice sera réparée d'ici peu. En bref, Adrian McKinty, fauché comme les blés, réduit à devenir chauffeur Uber et barman, avait carrément perdu sa maison... Dans une interview accordée au Guardian, il confie : "Quand nous avons été expulsés de la maison, j'étais là, devant chez moi avec les enfants, toutes leurs petites affaires étaient sur le trottoir et je me disais : 'Adrian, qu'as-tu fait de ta vie?'" 

Un soir, il reçoit un coup de fil de l'agent littéraire Shane Salerno, qui travaille en particulier pour Don Winslow. Ce dernier lui avait dit que McKinty était au bout du rouleau et qu'il envisageait d'arrêter l'écriture. L'agent demande à McKinty s'il aurait, par hasard, un manuscrit dont l'histoire se déroulerait aux Etats-Unis. Coup de chance, McKinty avait dans ses tiroirs un vieux projet dont il raconte l'intrigue à l'agent : une histoire de chaîne, d'échanges de kidnappings. Salerno lui demande d'écrire cette histoire et lui envoie 10 000 $. McKinty lui envoie les 30 premières pages et là... Salerno lui interdit d'arrêter d'écrire et le somme de terminer ce projet. Résultat : un contrat d'édition à 6 chiffres, et, juste avant la sortie du livre, un deal à 7 chiffres avec Paramount.

11 mars 2020

Hannelore Cayre, "Richesse oblige" : la fin et les moyens

Qui n'a pas lu La Daronne ? Personne ne lève le doigt ? C'est normal, le roman d'Hannelore Cayre a été un des best-sellers récents dans le domaine du polar. Succès largement justifié (voir la chronique ici et l'interview là). D'ailleurs, l'adaptation cinématographique sort à la fin du mois, avec Isabelle Huppert dans le rôle titre. Autant dire que le nouveau roman d'Hannelore Cayre était attendu. Le voici, et voilà ce qu'il en est.

Le roman, comme La comtesse aux pieds nus,  commence dans un cimetière : nous sommes au Trocadéro, et la tante de la narratrice, 98 ans au compteur, a rendu l'âme quatre jours auparavant. A son enterrement sont rassemblés des gens que la narratrice n'a jamais vus de sa vie, bien qu'elle ait passé les huit derniers mois à veiller sur sa tata. Le Bottin mondain, sans doute ? Une de Rigny, vous pensez ! Blanche de Rigny, la narratrice, accompagnée par son amie Hildegarde, sa fille Juliette et leurs deux chiens, sont là toutes les trois, et personne ne les salue... C'est que Blanche est l'héritière, et que l'héritage est ... considérable. D'ailleurs, le trio se prépare à partir pour les îles Vierges britanniques, où la famille de Rigny possède une somptueuse villa bien à l'abri du fisc...

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