6 novembre 2019

Nina Allan, "La Fracture" : une disparition


Voici le troisième roman de Nina Allan publié par Tristram, qui est également l’éditeur de ses recueils de nouvelles. Nina Allan, romancière et nouvelliste anglaise, nous offre là un texte qui envoûtera aussi bien les amateurs de fantastique et de SF que ceux qui préfèrent les thrillers psychologiques intelligents, rapprochant ainsi deux publics pas nécessairement voisins pour les réunir sous la bannière de l’amour de la littérature !

Selena et Julie vivent avec leurs parents à Manchester. Julie a tout juste quinze ans, Selena treize. Elles sortent toutes deux de leur phase « aliens » et X-Files, Julie prend son envol, elle passe du temps toute seule ou avec ses copains, et Selena se sent un peu délaissée. D’autant que leurs parents sont au bord de la séparation… Selena se prend d’amitié avec Stephen Dent, un drôle de type solitaire, prof de maths, qui habite un drôle d’appartement bourré de livres et flanqué d’un petit jardin orné d’un bassin à carpes japonaises. Stephen a vécu au Japon, d’où il a rapporté un amour inextinguible pour la jolie Hiromi. Hélas, les parents de la jeune fille se sont opposés à leur relation. Depuis trente ans, Stephen Dent vit donc seul avec le fantôme de son amour pour Hiromi. Jusqu’à son suicide, trois mois avant la disparition de Julie.

26 octobre 2019

Luc Baranger, L'Extravagant Monsieur Parker : un drôle de pistolet

Luc Baranger se présente lui-même sur la page d'accueil de son site comme "Écrivain - Traducteur - Parolier - Nègre" . Né dans le Maine-et-Loire, il a posé ses valises au Québec après avoir parcouru le monde au gré de son inspiration, des vents du moment et avoir exercé les métiers les plus inattendus. Romancier et traducteur prolifique, il avoue une dévotion particulière pour JJ Cale. Un homme qui aime JJ Cale ne peut pas être mauvais...

La narratrice du roman s'appelle Abigail McLaughlin. Au moment où elle écrit, elle a réussi une belle carrière d'historienne, et, écrit-elle, "la mort a pour moi toute la délicatesse du gandin qui sait y faire avec les femmes". En écrivant cette histoire, elle tient la promesse faite à LeRoy Parker : ne la révéler qu'à la veille de sa propre mort. Son récit commence en 1949. Elle à 13 ans et vit avec sa mère Maureen, son père Sean, rendu invalide par un terrible accident du travail, et son frère aîné Shane à Albuquerque. Sean ne peut plus travailler, aussi est-ce Maureen qui fait bouillir la marmite en s'occupant de personnes âgées. Un emploi qu'elle a obtenu de haute lutte, n'hésitant pas à tricher un peu sur ses compétences en espagnol et à faire pression sur le maire. On l'a compris, Maureen n'est pas femme à se laisser marcher sur les pieds.

15 octobre 2019

Stuart Neville, « Ceux que nous avons abandonnés » : un très grand roman noir

J’aime beaucoup Stuart Neville, mais ses derniers romans m’avaient un brin désorientée. Un peu l’impression que l’homme se cherchait, et le lecteur aussi, du coup ! Avec Ceux que nous avons abandonnés, aucun doute n’est permis : tout est là. Le style, l’intrigue, le contexte, l’émotion, les personnages, le suspense. Et ce quelque chose en plus qui confère à Stuart Neville toute sa singularité.

Belfast. Ciaran Devine, 19 ans, vient de passer sept ans dans un centre de détention pour mineurs. Son frère aîné Thomas, lui, est sorti deux ans auparavant. Ciaran, à l’âge de 12 ans, a été condamné pour le meurtre de M. Rolston,  le père de la famille d’accueil où il avait été placé.   Un meurtre d’une violence inouïe, à peine croyable venant d’un enfant de 12 ans. 

13 octobre 2019

Dominique Forma, « Coups de vieux » : une sale histoire…

Ah l’âge, le temps qui passe, les rides, les muscles qui ne sont plus qu’ils étaient, les idéaux en berne, et tout ce qui va avec… Comment supporter ça, cet insupportable déclin, ce naufrage, comme disent certains ? Dominique Forma a trouvé sa parade personnelle avec ce roman à la fois noir et drôle, mélancolique et culotté (ou pas), où il associe son goût pour l’intrigue et son penchant pour une certaine forme de sensualité.

Le Cap d’Agde, qu’est-ce que ça évoque pour le lecteur lambda ? Le soleil, la plage, le naturisme, et puis, le soir, pour certains, la fameuse Baie des Cochons où se retrouvent celles et ceux pour lesquels « le plaisir, c’est maintenant. Dans la vie, il faut pro-fi-ter. Trois syllabes pour que la jouissance virevolte entre tango et mambo. » Tel est le credo d’André Milke, venu passer quelques jours au château de Garens, propriété viticole appartenant à son vieil ami Luc Dallier. Ces deux-là se sont connus quarante ans auparavant : tous les deux ont fait le coup de poing sous l’étendard de la Gauche prolétarienne, combattu l’extrême-droite et la flicaille. 

7 octobre 2019

Joseph Knox, "Chambre 413" : quand un auteur tient ses promesses


Le premier roman de Joseph Knox, Sirènes (voir chronique ici ) révélait un auteur inspiré, tourmenté, surdoué. Dans l’interview qu’il m’accordait lors de Quais du polar à Lyon (à lire ici), où il présentait son premier roman, il m’avait prévenue : « Je pense que le deuxième est bien meilleur ! Le premier, j'ai la sensation que c'était du pur instinct. Je l'adore parce qu'il a changé ma vie, mais je pense que pour le deuxième, je contrôle mieux les choses. » J’ai pris cela pour une promesse, et elle est tenue haut la main… 

Chambre 413 commence par une scène de cauchemar, première d’une série de « flashes » qui vont émailler tout le roman. Tout de suite après, nous sommes replongés dans la vie de la patrouille de nuit : Aidan Waits et son coéquipier Sutcliffe  - qu’on appelle plus volontiers Sutty, vu sa fâcheuse homonymie avec le célèbre éventreur du Yorkshire – répondent à un appel venant d’une résidence étudiante de Manchester. Une jeune fille est victime de harcèlement : un homme avec qui elle a couché une fois menace de rendre publique une vidéo de leurs ébats si elle ne veut pas "remettre le couvert".    

23 septembre 2019

Graeme Macrae Burnet, « L’Accident de l’A35 » : un roman kaléidoscope

Dans La disparition d’Adèle Bedeau (paru chez Sonatine en 2018, voir chronique ici), nous avions fait la connaissance, grâce à Graeme Macrae Burnet, porte-parole d’un certain Raymond Brunet, auteur imaginaire qui ne sortit de l’anonymat que lorsque son premier roman fut adapté par Claude Chabrol, de l’inspecteur Gorski. Ce dernier avait bien voulu nous raconter sa rencontre avec sa femme Céline, qu’il avait épousée très jeune en sachant qu’ils n’étaient vraiment pas faits l’un pour l’autre. La preuve : dès le début de L’Accident de l’A35, on apprend que ces deux-là viennent de se séparer, ou plutôt que Céline vient de faire sa valise. Quant à Clémence, la fille du couple,  elle vit sa vie d’étudiante et ne s’occupe guère de son père solitaire… Qui de son côté passe beaucoup de temps auprès de sa vieille mère qui perd un peu la tête.  L’ambiance est plombante : nous sommes au cœur de la ville de Saint-Louis, qui n’a pas changé, toujours aussi triste et ennuyeuse… 

Articles récents