15 septembre 2021

Anna de Sandre, "Villebasse" : des hommes, des femmes, un chien et un parapluie rouge


Villebasse est une petite ville tapie au fond d'une vallée du Sud-Ouest. "Elle semblait avoir été construite pour fixer les instables." Cette ville est au cœur des histoires que va nous raconter Anna de Sandre, puis qu'il s'agit bien de cela : des histoires d'humains, d'animaux, de rues sous une étrange lune bleue. Le Chien, le bien nommé, servira de fil rouge à ces intrigues irriguées par la topographie d'une ville indéfinissable, porteuse de secrets indicibles, et pourtant bien ordinaire. On y trouve des commerces, des entreprises plus ou moins florissantes - plutôt moins que plus, d'ailleurs, une école, des places, des rues, des carrefours. Et des humains. 

1 septembre 2021

William McIlvanney et Ian Rankin, « prequel » à quatre mains

Dans quelques jours sortira au Royaume-Uni The Dark Remains, « prequel » de la légendaire trilogie des Laidlaw du grand William McIlvanney (Laidlaw, Les Papiers de Tony Veitch  et Étranges loyautés, tous publiés chez Rivages). William McIlvanney nous a pourtant quittés, deux ans après la réédition de ses romans, épuisés en langue anglaise depuis de nombreuses années. The Dark Remains est donc le fruit du travail de l’illustre Ian Rankin, qui admirait et connaissait McIlvanney et qui a accepté de se plonger dans les notes de l’auteur. Ce mois d’août, il répondait aux questions de Karen Campbell, ancienne policière de Glasgow devenue auteure de romans policiers, dans le cadre du Festival international de littérature d’Edinburgh. Morceaux choisis.

31 août 2021

Thierry Marignac, "Terminal croisière" : le retour de Thomas Dessaignes, interprète et traducteur

On ne s'étonnera guère que Thierry Marignac ait choisi un bateau comme cadre de son nouveau roman : depuis A quai jusqu'à Cargo Sobre, où l'auteur traversait l'Atlantique à bord d'un porte-conteneur, l'homme nous a démontré que l'univers flottant est propice à des décalages et à des dérives tout à fait romanesques. Le lecteur assidu retrouvera avec plaisir une vieille connaissance, Thomas Dessaignes, interprète et traducteur, dont on suit la vie aventureuse depuis Renegade Boxing Club et Milieu hostile. Chassez le naturel, il revient au galop : Dessaignes ne peut pas s'empêcher de fourrer son nez là où il ne faut pas. C'est ainsi qu'il est devenu informateur pour l'Opérateur, et qu'il met à profit sa présence à Bruxelles pour tendre l'oreille et débusquer des informations susceptibles de satisfaire son exigeant client, contre rémunération bien entendu. En cette fin de mois d'août, c'est à Anvers qu'il est accueilli, au débarquement d'un bateau de ligne transformé en navire de croisière. On l'attend, ou plutôt "ils ne m'attendaient pas spécialement moi, avec ma culture encyclopédique, mes bonnes manières terriblement régence et mon découvert endémique à la banque. Ils attendaient ma fonction professionnelle." Il pleut, il fait chaud, Dessaignes est accueilli par un jeune flic athlétique. Il s'agit de servir d'interprète pour l'interrogatoire d'un ressortissant parlant tchétchène et russe. Et qui n'est pas totalement inconnu de notre héros, puisqu'il l'a déjà croisé au bureau d'Etat-Civil de la mairie de Bruxelles. Pour l'heure, on a trouvé sur lui 500 grammes d'opium brut... Et on ne tarde pas à découvrir que son voyage est commandité par Omega 8, une société d'ingéniérie financière. Étrange... L'interrogatoire commence, et sent le vécu : l'auteur a une certaine expérience de la fonction d'interprète dans un cadre comparable. 

11 août 2021

Albert Likhanov, Naître personne : comment devenir un gangster russe en 15 chapitres


Drôle de texte que ce roman, résultat des confidences anonymes d'un gangster russe recueillies par Albert Likhanov, journaliste, scénariste et écrivain prolifique, auteur de plusieurs romans traduits en français. L'homme est également engagé dans la cause des orphelins et la défense des droits de l'enfant, ce qui explique sans doute son intérêt pour l'histoire qu'il nous raconte : celle d'un orphelin de père et de mère devenu gangster grâce à une rencontre de hasard. Le jeune héros du roman s'appelle Koliek, mais tout le monde l'appelle Koltcha, vu qu'à l'internat, "il y avait trente Koliek sur les deux cent cinquante âmes vivant sur place." On l'appelle aussi La Hache, à cause de son nom de famille : Hachorov. On l'a compris: Koltcha est orphelin et vit avec ses pareils dans un internat d'état, dans une ville de taille moyenne. En ce début des années 90, la pauvreté fait des ravages, et de nombreux gamins sont abandonnés par une mère seule, accablée par la misère, l'alcool et les expédients qui permettent à une femme seule de survivre. De temps en temps, les  "p'tites mères" viennent rendre visite à leur progéniture, et se donnent du courage en s'envoyant un petit verre. Souvent aussi, elles s'en abstiennent. Koltcha, lui, n'a jamais aucune visite, ignore tout de ses origines et, en apparence, s'en fiche royalement. Il vit à l'internat depuis l'âge de trois ans... 

7 août 2021

Keigo Higashino, "Le nouveau" : un drôle de flic à Tokyo



Le nouveau est le deuxième roman du célèbre et prolifique auteur japonais Keigo Higashino à mettre en scène l'enquêteur Kaga Kyoichiro, drôle de flic tokyoïte. Kaga vient d'arriver dans un quartier du centre de Tokyo, Nihonbashi. Il ne se distingue pas seulement de ses collègues par sa façon de s'habiller - il porte volontiers tee-shirt et chemise, ce qui fait jaser - mais aussi par sa façon d'enquêter. Quand le roman commence, il fait une chaleur étouffante à Tokyo, et Kaga s'apprête à entrer, en compagnie de deux collègues en costume, dans le magasin de biscuits de riz Amakara, situé dans une rue qui rappelle l'ancien Tokyo, avec ses échoppes, ses magasins de confection et d'artisanat. Ce n'est pas pour y faire son marché... Kaga n'en a pas l'air, mais il enquête. Il est sur les traces d'un dénommé Takura, qui est passé au magasin la veille au soir. Lui non plus n'est pas venu faire ses courses : Takura est un agent d'assurance, il est venu régler une affaire en cours avec Satoko, la vieille dame propriétaire des lieux. 

4 août 2021

Nicolas Jaillet, "Fatal Baby" : deux super-héroïnes en cavale

Celles et ceux qui ont lu Mauvaise graine, paru l’an passé chez le même éditeur (voir la chronique ici), se rappellent à coup sûr l’aventure peu commune de Julie l’institutrice, qui se retrouvait enceinte sans savoir comment, et dont la grossesse avait pris une tournure pour le moins surprenante. Celles et ceux qui n’ont pas lu Mauvaise graine ne se réjouiront pas moins à la lecture de Fatal Baby, où l’auteur décide qu’une super-héroïne, ça ne suffit pas. Nous nous retrouvons donc d’emblée entraînés dans la cavale effrénée de deux super-héroïnes, Julie et sa fille Léa, âgée de deux mois quand le roman commence. Et autant vous dire que l’aventure ne va pas être de tout repos… 

Julie fait défiler dans sa tête les noms des villes qu’elles viennent de traverser toutes les deux. La dernière en date, Swan River, elle s’en rappelle à cause de … Marcel Proust. Swan River se trouve au Canada, plus précisément dans le Manitoba. Julie est épuisée, il faut s’arrêter si elle ne veut pas se retrouver dans le fossé… En plus elle n’a presque plus d’essence. 

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