23 mars 2017

Stuart Neville, "Le silence court toujours": un serial killer bien tranquille

Un nouveau roman de Stuart Neville, c'est toujours une bonne nouvelle. Le silence pour toujours ne fait pas exception à la règle, qui nous permet de retrouver l'inspecteur  Jack Lennon, personnage désormais fétiche de l'auteur de Belfast. Quatrième de la série consacrée à l'enquêteur, après Les Fantômes de Belfast, Collusion et Les Ames volées, Le Silence court toujours nous transporte à Belfast, bien sûr. Les premières pages nous attachent aux pas d'un certain Raymond Drew : "Raymond Drew voulait mourir sur le chemin de hâlage". Nous y sommes, là, derrière lui. Il vient de sortir de chez lui, la petite maison de briques rouges qu'il habite depuis trente ans. 

Méticuleusement, Neville décrit les mouvements de cet homme : il descend Sunnyside street à pied, s'engage sur le quai, tête baissée, le corps en proie à une oppression affolante. Une halte au pub sur le quai, un whisky tourbé, le dernier. Et Raymond Drew repart sur le chemin de halage. Il a mal, étouffe, ressent la douleur violente dans son bras, continue à marcher, jette ses clés dans l'eau. Et tombe à leur suite, "englouti dans le silence de la fin".

Sunnyside Street, Belfast

8 mars 2017

Martina Cole, la blonde de l'Essex

Martina Cole à Harrogate en 2016
Depuis le temps que je cherchais l'occasion de reparler de Martina Cole... Aujourd'hui, il y en a deux : c'est la journée du droit des femmes, et c'est le 25e anniversaire de la publication du 1er roman de Martina Cole, Dangerous Lady (Une femme dangereuse en français, traduit par Stéphane Carn et republié par Fayard en 2013). Nous l'avions chroniqué ici et en avions profité pour brosser un rapide portrait de ce phénomène qu'est Martina Cole.

6 mars 2017

Peter Robinson, "Moissons sanglantes" : quand l'inspecteur Banks s'en mêle...

Peter Robinson fait partie de ces auteurs anglais qui savent renouveler leur personnage récurrent. Son Inspecteur Banks a beau vieillir, dans son commissariat du Yorkshire, on a toujours plaisir à le retrouver, à prendre de ses nouvelles - où en est-il de sa vie sentimentale, comment va l'équipe, et la santé, ça va ? Et Robinson a le chic pour répondre à toutes ces questions-là en ne cédant pas à la facilité, en mettant en scène son héros dans des contextes très contemporains, tout en l'ancrant dans les paysages du Yorkshire qu'on finit par voir à travers ses yeux, et par connaître même si on ne les a jamais vus "en vrai". L'inspecteur Chef Alan Banks a d'ailleurs fait l'objet d'une série télévisée tout à fait regardable, DCI Banks,  dont Arte nous a distillé quelques épisodes, avec Stephen Tomkinpson dans le rôle titre.

Stephen Tomkinpson dans le rôle de DCI Banks dans la série du même nom

5 mars 2017

Hannelore Cayre, "La daronne" : une femme est une femme

On a tellement pris l'habitude des polars "procéduraux", laborieux lorsqu'ils sont signés par des magistrats que lorsqu'on n'a encore jamais lu cette auteure, on éprouve quelque méfiance en apprenant qu'elle est avocate pénaliste. La force des préjugés... Mais on comprend très vite que là, on est dans la cour des grands. La daronne est écrit à la première personne, et ce choix nous plonge d'emblée, tête la première, dans l'autobiographie d'une femme pas comme les autres.
C'est l'histoire de Patience. "J'ai cinquante-trois ans. Mes cheveux sont longs et entièrement blancs." Patience est issue d'une drôle d'histoire : un père  dirigeant d'une entreprise de transports prospère, une mère du genre femme-enfant gâtée, des vacances au Winter Palace de Louxor, au Danieli de Venise, dans les grands hôtels suisses. Et le reste du temps, une vie terrée dans une maison sinistre plantée au bord d'une nationale saturée. Des parents juif et pied-noir, des "rastaquouères", comme on disait quand Patience était enfant.

19 février 2017

Vladimir Lortchenkov, un Moldave à Paris

Il y a quelques jours, l'écrivain moldave Vladimir Lortchenkov était à Paris, dans le cadre de la séduisante librairie Petite Égypte (35 rue des Petits Carreaux 75002 Paris), pour présenter, autour d'un verre de vodka, son roman Le dernier amour du lieutenant Petrescu, paru chez Agullo éditions. 

Cocasse, absurde, plein de rebondissements et de coups de théâtre aussi improbables que spectaculaires, ce livre animé par des personnages hauts en couleurs, des dialogues au cordeau et des descriptions particulièrement savoureuses, se lit le sourire aux lèvres et l'air incrédule... Morceaux choisis, extraits des réponses (en français) d'un auteur partisan de l'humour à la moldave et du énième degré.

12 février 2017

Jeremy Gavron, "Je vous aimais, terriblement" : une performance d'équilibriste émotionnel

Le livre de Jeremy Gavron surprend et trouble. Le joli titre est trompeur : il pourrait laisser croire à un roman sentimental des années trente... Nous en sommes très loin. Ces mots, "Dites aux garçons que je les aimais, terriblement, je vous en prie" constituent le message que Hannah Gavron laisse à ses fils Jeremy, quatre ans, et son frère aîné Simon. Nous sommes en 1965, à Londres. Hannah Gavron a 29 ans et elle vient de se donner la mort...  Dans les années qui suivront, la famille Gavron jettera un voile pudique sur le suicide de cette jeune et jolie universitaire prometteuse, rieuse, pétillante et anticonformiste. Il faudra attendre 40 ans pour que Jeremy Gavron retrouve le message d'adieu de sa mère et décide d'en savoir plus sur cette mère dont il ne garde qu'un souvenir flou et fugace. Jeremy est journaliste. Rechercher l'information, enquêter, il sait faire. Et il va nous le démontrer tout au long des pages de ce livre étrange, roman souvenir, roman hommage construit comme une fiction.

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