4 décembre 2016

Theodor Kallifatides, "Juste un crime" : en lenteur et profondeur

Theodor Kallifatides, écrivain suédois d'origine grecque, est l'auteur, entre autres nombreux romans, d'une trilogie policière autour de l'enquêtrice Kristina Vendel. Juste un crime est le premier épisode de cette trilogie, et on y fait la connaissance d'une femme de 33 ans, responsable de la brigade des crimes violents de la police de Huddinge, tout près de Stockholm. Les premières pages racontent un concert auquel elle assiste dans une église. Un octet de Mendelssohn, un premier violon fascinant, une première violoncelliste talentueuse. Nous n'oublierons pas de sitôt ces deux personnages-là, car ils joueront un rôle capital dans le drame qui va suivre.
On vient de retrouver un cadavre non loin de là, près d'un pont. Kristina Vendel est attendue sur place par Thomas Roth, son second. Le cadavre a été découvert par Ismail et son neveu Kemal, surpris en pleine partie de pêche par l'apparition d'un sac en plastique noir flottant dans l'eau. Maria Valetieri, l'inspectrice de service, est déjà sur place en compagnie de son collègue Östen Nilsson. Comme pressenti, le cadavre est celui d'une femme... 

29 novembre 2016

Vladimir Kozlov, l'interview en roue libre

Guerre, de Vladimir Kozlov, vient de paraître à la Manufacture de livres, dans la nouvelle collection Zapoï. Je vous ai déjà confié ici tout le bien que j’en pensais. La tentation était grande d’en savoir davantage sur l’auteur d’une œuvre aussi originale et révélatrice. Pas de déception : à travers ces quelques questions, et surtout leurs réponses, on comprend vite que l'homme est fidèle à l'auteur: direct, concis, précis et déterminé.  

Thierry Marignac, le traducteur de Vladimir Kozlov, a bien voulu continuer à jouer les passeurs pour cette interview. Merci à lui pour sa traduction et ses conseils, merci à Vladimir Kozlov pour ses réponses et sa réactivité.

27 novembre 2016

Dominique Sylvain, Kabukicho : vénéneux voyage à Tokyo

Dominique Sylvain a longtemps vécu au Japon, et elle nous offre aujourd'hui un voyage à Tokyo à sa manière, plus précisément dans le quartier des plaisirs de Kabukicho, où l'on vient oublier l'ennui et les soucis quotidiens auprès de compagnes et de compagnons aussi éphémères que discrets.
Au Café Château, l'ambiance est à la morosité. A son ouverture, l'établissement est vite devenu le lieu branché, jeune, où il fallait aller. Mais depuis quelques années, les temps sont durs... Moins d'argent, moins de plaisir, moins de consommation, on connaît bien la boucle infernale. Le très beau Yudai préside aux destinées du Café Château et c'est à son corps défendant que, ce soir-là, il joue la comédie de l'amour auprès d'Akiko, prostituée de luxe qui s'assure ses services au prix fort. Eh oui, les prostituées aussi ont besoin de leur dose d'illusion... Yudai est las, il se sent prisonnier du Café Château et de ses clientes... En plus, Kate a disparu. La délicieuse Anglaise qui joue les hôtesses est devenue son amie véritable. Ensemble, ils partagent des promenades, des pique-niques et des confidences. Bref, ils ont une vie d'humains. Mais là, elle ne répond plus au téléphone, ignore ses messages, n'est pas au rendez-vous. Où est Kate ?

23 novembre 2016

"Noir sur la ville" à Lamballe soufflait ses vingt bougies

Ce week-end, le festival Noir sur la ville de Lamballe (22) soufflait ses 20 bougies. L'an passé, la manifestation avait été annulée suite aux attentats de Paris, et même si beaucoup d'auteurs étaient restés à Lamballe par amitié, la tristesse avait gagné la partie... Cette année, Noir sur la ville fêtait donc son vingtième anniversaire et accueillait l'assemblée générale de l'association 813, ainsi que la remise des Trophées 813. C'est dire si l'association Fureur du noir, organisatrice de la manifestation, avait tout mis en œuvre pour que le festival soit un succès. En arrivant à la salle municipale samedi après-midi, c'est peu dire qu'on était rassuré... Une foule de visiteurs était au rendez-vous, se bousculant devant les tables où les auteurs dédicaçaient tout en prenant le temps d'échanger avec leurs lecteurs. Sans oublier l'ambiance particulièrement festive, avec des auteurs heureux de se retrouver, des organisateurs aux anges malgré la pression et l'affluence, et une équipe de bénévoles absolument formidable. Quelques souvenirs en images et en mots.


6 novembre 2016

Philippe Garnier, Retour vers David Goodis : quand la biographie prend le large

Commençons cette chronique par un aveu, presque une déclaration d'amour : Philippe Garnier, Havrais né en 1949, m'a servi de guide, de mentor, que sais-je encore à l'époque où dans les tristes banlieues parisiennes, le roman et le film noir n'étaient pas les bienvenus dans les conversations de lycéens et d'étudiants... Garnier, grâce à ses papiers et interviews musicaux, littéraires et cinématographiques parus dans Rock & Folk et dans Libération, puis à ses livres et à ses participations à la mythique émission Cinémas, cinémas, à ses traductions, a en quelque sorte déniaisé la timide étudiante en anglais que j'étais pour lui révéler les vénéneux délices de la littérature noire américaine... Philippe Garnier fait donc partie des rares journalistes dont la seule signature suffit à me faire acheter les yeux fermés, et lire les yeux grand ouverts, tant qu'à faire.

28 octobre 2016

Vladimir Kozlov, "Guerre" : un roman-film magistral

2012, dans une ville de province russe. Des personnages. Ou plutôt des groupes de personnes. Des lieux, cliniquement décrits. Des faits, racontés par plusieurs biais narratifs : des articles de la presse locale, des extraits d'un mémoire d'étudiante en politologie, des conversations, voire des interrogatoires. Le style Kozlov, immédiatement identifiable à sa sobriété redoutable, sa distance glaçante, sa précision et son approche cinématographique du récit. Ce roman s'appelle Guerre, et il est aussi âpre que le laisse redouter son titre.

Dans ses deux précédents romans traduits en français par Thierry Marignac, Racailles et Retour à la case départ, Vladimir Kozlov nous avait préparés au choc littéraire que constitue la lecture de Guerre. Dans Retour à la case départ, déjà, il avait pris le parti de démarrer chaque moment du roman, comme dans un scénario, par quelques lignes précisant le lieu, la date, l'heure et ... la musique. Histoire de ne pas perdre de temps et d'énergie à fournir des descriptions qui détournent le lecteur de ce qui compte vraiment... Chez Kozlov, punk authentique s'il en est, la musique a une importance prépondérante.  Dans Guerre, si la musique est là, elle l'est moins explicitement: elle fait partie de l'atmosphère, de la vie tout court.
  

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