11 octobre 2020

Retour de marée au Goéland masqué, avec Joëlle Losfeld et Richard Morgiève

Joëlle Losfeld et Richard Morgiève répondent aux questions de l'animatrice du Goéland masqué

Le Goéland masqué, la mort dans l'âme, a dû se résoudre à renoncer à l'édition 2020 de son festival, pour cause de crise sanitaire. Mais l'oiseau a de la ressource, et les membres de l'association de Penmarc'h aussi : cet automne, c'est sous la forme de quatre journées baptisées"Retours de marée" que le Goéland a décidé de fêter ses 20 ans. Hier, le deuxième "Retour de marée" réunissait un public nombreux, dans le respect strict des gestes barrières, autour de Marie Lenne-Fouquet, auteur jeunesse, puis de Caryl Ferey et Morgan Audic, et enfin de Richard Morgiève et Joëlle Losfeld, venus parler de l'étrange couple auteur-éditeur. Les deux invités ont répondu aux questions de l'animatrice et échangé avec humour et passion autour d'un sujet éternel... Après un rappel biographique sur les deux protagonistes, la conversation s'est lancée sur le cœur du sujet. Morceaux choisis. 
 

9 octobre 2020

François Médéline, l’interview en roue libre épisode 4, autour de "L’Ange rouge"

François Médéline - (c) X. Hacquard et V. Loison

J’ai attrapé François Médéline au vol le jour même de la publication de L’Ange rouge, quelques jours avant son départ en résidence d’écriture dans le Vercors. 

 Si vous avez lu la chronique de L’Ange rouge, ou bien mieux encore, le roman lui-même, vous aurez compris très vite que les questions ne manquent pas. Merci à lui d’avoir pris le temps d’y répondre.


 

Comment te sens-tu aujourd’hui, jour de la sortie de L’Ange rouge ?

En fait, j’ai plein de projets donc je me sens bien, même pas stressé…  En plus, je pars dans quelques jours en résidence d’écriture dans le Royans-Vercors, je me prépare. Là-bas, je vais travailler, bien sûr. Et on a aussi monté quelques belles soirées : une soirée James Ellroy, une soirée sur l’adaptation cinématographique avec une projection de Série noire d’Alain Corneau, des ateliers d’écriture… J’ai quelques présentations en librairie ou festival en prévision, notamment à Lyon ce soir, dans un petit café librairie sur les pentes de la Croix Rousse, Un  petit noir, avec un libraire qui me soutient depuis le premier jour. Mon éditeur est à fond, je peux compter sur une belle équipe, avec l’agence Trames pour la presse. Tout le monde se donne du mal pour que L’Ange rouge rencontre son public. J’ai mes enfants, le rugby, tout va bien. Je suis apaisé.

6 octobre 2020

François Médéline, L'Ange rouge, roman lyonnais détonnant

Ce qu'il y a de bien avec François Médéline, c'est qu'il est capable de tout, y compris de nous surprendre à chaque nouveau roman. Avec L'Ange rouge, il fait bien plus encore, puisqu'il insuffle à la littérature française un vent de liberté qui balaie les frontières de genres et de sous-genres, et rassemble derrière lui, tel le joueur de flûte de Hamelin, amateurs de polars, de thrillers et de romans noirs, rejoints par les amoureux de littérature, tout simplement. L'Ange rouge est profondément ancré dans sa localisation : la ville de Lyon y joue un rôle essentiel, et pas seulement celui du cadre géographique. D'emblée, François Médéline nous y transporte sans ménagement : nous sommes à la confluence du Rhône et de la Saône. Le hors-bord de la brigade fluviale, avec à son bord la capitaine Nicole Piroli, dite Mamy, et à ses côtés le narrateur de L'Ange rouge, le commandant Alain Dubak, passe sous le pont Pasteur et s'approche du port Rambaud. Une équipe d'enquêteurs lyonnais : François Médéline nous a concocté un polar. De là, on embrasse une vue unique sur Lyon. Là-bas, sur la rive, un corps d'homme mutilé, martyrisé et décoré d'une orchidée tatouée, le visage littéralement lacéré. François Médéline nous prépare un thriller. Mais la suite va nous révéler un enquêteur à la personnalité obsessionnelle, rongée par la culpabilité et le manque de celle qu'il aime toujours et qui l'a quitté. Un vrai personnage de roman noir.

5 septembre 2020

Franck Bouysse, Buveurs de vent : un western kafkaïen


C'est toujours avec une appréhension mêlée d'impatience qu'on retrouve pour un nouveau roman un auteur qu'on suit et qu'on aime depuis longtemps... Avec Buveurs de vent, Franck Bouysse confirme que son inspiration est bien loin d'être tarie, et que sa capacité de renouvellement est à son zénith. Les lecteurs évoquent souvent le western en parlant de ce roman : pour ma part, c'est plutôt Kafka, voire Philip K. Dick que m'a évoqués ce livre-là. Création d'un monde isolé, de personnages enfermés, d'un lieu cadenassé, paradoxe d'une petite ville enchâssée en pleine nature, cadre au beau milieu duquel se meuvent des humains très humains, où se développe un drame qui oscille entre aventure et tragédie: Franck Bouysse, une fois de plus, montre sa capacité à mettre en scène des êtres torturés, révoltés, maltraités et à leur ciseler des destins inimaginables.

31 août 2020

Laurent Petitmangin, "Ce qu'il faut de nuit" : de la pudeur à l'émotion pure

La rentrée littéraire est d'ores et déjà marquée par ce premier roman bouleversant signé Laurent Petitmangin. Quel est le plaisir le plus grand dans la vie d'une lectrice ou d'un lecteur ? Découvrir un nouvel auteur remarquable ou retrouver le nouveau roman d'un auteur qu'on aime depuis longtemps ? Je suis bien incapable de répondre à cette question tant ces deux plaisirs sont complémentaires. Avec Ce qu'il faut de nuit, nous sommes dans la première situation : la maîtrise dont l'auteur fait preuve est remarquable, et l'émotion du lecteur authentique et profonde.

Le sujet du livre - comment un jeune homme se retrouve embarqué dans un groupuscule d'extrême-droite - a certes déjà été abordé en littérature. Ici, on est précisément confronté au cas très contemporain d'un garçon issu d'un milieu ouvrier, doté d'un père militant de gauche. Le père de Fus - c'est le surnom du héros - est cheminot, syndicaliste militant dans un mouvement en perdition, témoin impuissant de la désindustrialisation de la Lorraine, sa région. Il élève seul Fus et son jeune frère, Gillou : la mère a été emportée par un cancer... Comment être un bon père quand il faut découcher pour le travail et demander au voisin de jeter un œil sur les gamins ? Comment se remettre de la mort de celle - la "moman" - qui, elle, savait s'occuper des deux garçons ?  Comment lever le nez du guidon pour voir plus loin, pour regarder autour de soi ? Impossible... Le père, le narrateur, fait ce qu'il peut. Mais il sait bien que Fus, contrairement à ce qu'aurait voulu sa mère, n'étudiera pas le latin, ne sera pas ingénieur à la SNCF. Le truc de Fus, c'est le football. 

5 juillet 2020

Nicolas Jaillet, Mauvaise graine : la surprise du chef

Nicolas Jaillet n'en rate pas une. Dans son dernier roman, Ravissantes (Bragelonne 2017) il faisait un clin d’œil appuyé, assorti d'un pied de nez insolent, aux "feelgood / chick-lit books". Après La Maison, un roman très noir, c'était déjà une sacrée pirouette. Avec Mauvaise graine, il nous joue à nouveau un tour à sa façon - entre contorsionniste et comédien - et envoie joyeusement balader les limites et les codes des genres. Le problème des farces, c'est qu'il faut qu'elles tiennent la route sur la longueur. A savoir, ici, 340 pages. Pari gagné, Mauvaise graine est une réussite.

Julie est institutrice, célibataire, elle vit dans une charmante petite maison. Parfois, elle s'ennuie. Parfois aussi, elle picole un peu trop pendant les soirées qu'elle passe avec ses amis. Ils sont gentils, ses amis : ils n'ont qu'une envie, lui trouver un copain, l'aider à oublier la mort de son compagnon deux ans auparavant, et la perte de l'enfant qu'elle portait. Le soir d'avant, elle a tellement picolé  que le matin venu, elle s'est réveillée non pas dans sa maison, mais... dans sa salle de classe. Nausées, vertiges, maux de tête : Julie le jure, c'est la dernière cuite... Elle se souvient à peine de la soirée. Les événements lui reviennent petit à petit. Ses amis lui ont réservé une surprise : inviter un célibataire. L'enfer est pavé de bonnes intentions. La rencontre ne s'est pas très bien passée. Julie a fait la preuve de son excellent coup de fourchette en lui en plantant un dans la main, histoire de le calmer, le Kevin. Car en plus, l'inconnu s'appelait Kevin.

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