17 mars 2019

Eva Dolan, "Haine pour haine" : intrigue détonnante, portrait au vitriol de l'Angleterre contemporaine

On a découvert Eva Dolan fin 2017 avec Les chemins de la haine (voir chronique ici) qui a obtenu le Grand Prix des lectrices de Elle dans la catégorie roman policier. On se doutait bien qu'avec cette auteure-là, ce ne serait pas un feu de paille. Gagné : Haine pour haine tient toutes ses promesses, et bien au-delà.

Nous sommes toujours à Peterborough, cette ville du Cambridgeshire où la vie ne ressemble guère aux ambiances feutrées de Cambridge et de la campagne environnante. L'inspecteur Zigic et le sergent Ferreira sont toujours à leur poste, prêts à en découdre avec la délinquance qui croît de façon exponentielle dans leur ville, avec le racisme et la xénophobie qui se développent à un rythme alarmant, avec la pauvreté qui ne fait que s'aggraver dans les quartiers les plus défavorisés.

25 février 2019

Megan Abbott, "Prends ma main" : le sang des femmes

Megan Abbott n'a pas son pareil pour raconter des histoires qui se situent dans des milieux fermés où la compétition fait rage. Quand en plus, ces milieux sont féminins, les enjeux sont plus complexes encore. Dans Avant que tout se brise (voir chronique ici), elle avait choisi le monde des gymnastes, nœud de vipères notoire... Avec Prends ma main, changement de registre : c'est la recherche scientifique qui va servir de cadre à ce thriller psychologique sans pitié.

Kit est en post-doctorat. Elle travaille depuis plus d'un an au Labo du Dr Severin. Tous les matins, elle arrive la première. Ce matin-là compte encore plus que les autres : le Labo vient d'obtenir une subvention des National Institutes of Health pour un nouveau projet de recherche, et les places dans l'équipe vont être chères, très chères. Le sujet : le trouble dysphorique prémenstruel. Un syndrome bien pire que le simple syndrome prémenstruel, un état de désordre indescriptible : sautes d'humeur, crises d'agressivité et de violence incontrôlables, ce trouble mal connu et mal décrit, s'il touche peu de femmes, est d'une gravité extrême et peut déboucher sur de véritables drames. C'est dire que l'enjeu, réel comme symbolique, est fort et déchaîne les ambitions, y compris des hommes qui forment la majorité de l'équipe de recherche. Pour Kit, le défi est double : scientifique et personnel... 

20 février 2019

Magdalena Parys, Le Magicien : les lieux et la mémoire

Voici le deuxième roman de l'auteure polonaise-allemande Magdalena Parys, dont le premier livre, 188 mètres sous Berlin, avait déjà séduit les lecteurs français (voir chronique ici). Le titre de ce billet s'explique simplement. Magdalena Parys n'a pas son pareil pour nous entraîner dans sa machine à remonter le temps : l'histoire, les lieux de l'histoire et ceux d'aujourd'hui, des personnages dont la vie présente est hantée par un passé tragique... Cet incessant aller-retour, animé par une intrigue complexe et des caractères vigoureusement et subtilement campés : tous les ingrédients sont là pour réussir un roman fort en goût, passionnant de bout en bout.

20 janvier 2019

Franck Bouysse, "Né d'aucune femme" : touchée en plein coeur

Commencer l'année avec le nouveau roman de Franck Bouysse, que rêver de mieux ? Né d'aucune femme marque à coup sûr une nouvelle étape dans l'itinéraire d'un auteur exigeant, qui n'hésite pas à prendre des risques et qui, cette fois, franchit allègrement les barrières des genres et prend la place qui lui revient du côté de la littérature, tout simplement.

C'est par la voix du prêtre Gabriel que va nous parvenir la triste histoire de Rose. Ce jour-là, une femme vient se confesser. Elle a un message pour lui: une des sœurs du monastère voisin vient de mourir, il faut venir bénir son corps. Il faut trouver, sous sa robe, ses cahiers, son journal intime. Le journal de Rose.  

10 décembre 2018

Hugues Pagan, "Mauvaises nouvelles du front" : camaïeu de noir et nuances de gris

C'est toujours un plaisir de retrouver Hugues Pagan. Après son retour au roman en 2017 avec Profil perdu, voici onze nouvelles, dont une inédite qui donne son titre au recueil,  écrites entre 1982 et 2010. Elles nous permettent, en quelque sorte, de garder la trace de Hugues Pagan l'écrivain, puisqu'il a consacré une grande partie de sa carrière d'auteur à travailler pour la télévision, notamment depuis 1997. On prend la mesure de ce que le téléspectateur a gagné (M. Pagan a été scénariste de séries, en particulier Nicolas Le Floch et Mafiosa), et de ce que le lecteur a perdu dans l'affaire...

2 décembre 2018

Patrick Delperdange, "L'éternité n'est pas pour nous" : au-dessus de l'abîme

Depuis la sortie il y a deux ans déjà de Si tous les dieux nous abandonnent (voir chronique ici et interview ici), on attendait avec beaucoup d'impatience le nouveau roman de Patrick Delperdange. L'univers de L'éternité n'est pas pour nous est proche de celui de son prédécesseur, et la noirceur y est peut-être encore plus absolue.

Les lieux : les abords de la Meuse, en pays wallon, peut-être en Ardenne. La forêt, la rivière et ses berges, les grands arbres noirs, l'humidité, la brume, la pluie, le vent,  ou bien la chaleur lourde. Une nature peu accueillante tout juste ponctuée par une carrière où travaillent des ouvriers, un village de rien du tout et son camping, un manoir réservé à la famille des grands bourgeois du coin. 

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