5 février 2020

Patrick Delperdange, "C'est pour ton bien" : retour en ville

Un des courts romans de Patrick Delperdange s'intitule Patrick Delperdange est un sale type. Nous n'irons certes pas jusque-là, et nous nous contenterons d'écrire que Patrick Delperdange est un drôle d'écrivain. En France, le grand public le connaît surtout pour ses deux romans un peu vite catalogués "polars ruraux" sortis à la Série noire (Si tous les dieux nous abandonnent, voir chronique ici) et chez Equinox Les Arènes (L'Éternité n'est pas pour nous, voir chronique ici). Il faut dire que nous autres, lecteurs français, n'avons pas facilement accès aux nombreuses autres publications de notre auteur belge : romans, nouvelles, romans jeunesse, BD, théâtre, pratiquement aucune forme d'écriture n'est étrangère à la plume fantasque et affûtée de Patrick Delperdange.

Eva Dolan, "Les oubliés de Londres" : la gentrification assassine

On connaît Eva Dolan depuis Les chemins de la haine (voir chronique ici), lauréat du Prix des lectrices de Elle, et Haine pour haine (voir chronique ici), deux romans situés dans la ville de Peterborough, non loin de Cambridge, centrés autour du thème des migrants et d'un couple d'enquêteurs. Avec Les oubliés de Londres, comme le titre l'indique, direction la capitale. Une capitale que ceux qui la connaissent depuis longtemps ont vu se métamorphoser ces trente dernières années sous les coups de boutoir conjugués de la finance toute-puissante et de la gentifrication galopante. Nous sommes donc à Londres, au bord de la Tamise, près du pont de Vauxhall.

4 février 2020

Benoît Vitkine, "Donbass": de chaos en abandon

A l'est de l'Ukraine, le Donbass est un territoire en perdition, qui pleure son industrie et sa prospérité perdues, une région déchirée entre les séparatistes partisans du ralliement à la Russie et ceux qui veulent rester fidèles à l'Ukraine. Déjà, avec l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, l'Ukraine avait fait l'expérience d'une guerre éclair. Dans le Donbass, la situation est bien différente : appauvrissement, abandon, misère, la guerre - qui, en 6 ans, fera quand même 13 000 morts - assène le coup de grâce à des habitants qui survivent, tant bien que mal.  Benoît Vitkine, journaliste au Monde, est un des meilleurs connaisseurs des pays de l'ex-URSS - il a d'ailleurs reçu le Prix Albert Londres 2019. C'est dans l'est de l'Ukraine qu'il a tout naturellement choisi de situer son premier roman. Il remporte haut la main le défi qui consiste à concilier une narration prenante et une maîtrise brillante de son sujet.

9 janvier 2020

Benjamin Myers, "Noir comme le jour" : qu'elle était sombre, ma vallée

Benjamin Myers revient, et avec lui le tandem d'enquêteurs dont on a fait la connaissance dans le premier épisode, Dégradation, paru en 2018. L'inspecteur James Brindle et le journaliste Roddy Mace évoluent, cette fois encore, dans le décor riche en paysages pittoresques et en atmosphères troublantes des Yorkshire Dales et des Pennines, cette région du nord-est de l'Angleterre nichée entre Leeds, York et Teesdale. On remarquera au passage que le Yorkshire est une généreuse source d'inspiration pour bien des auteurs de romans noirs, allez savoir pourquoi... D'ailleurs David Peace a écrit tout le bien qu'il pensait de Benjamin Myers, et ce n'est pas surprenant car la parenté entre les deux auteurs ne se limite pas à la localisation. Pour autant, n'allez pas vous imaginer une promenade touristique. Ceux d'entre vous qui ont lu Dégradation savent que ça n'est pas le genre de la maison... Les autres vont vite le comprendre.

James Brindle, grand, efflanqué, élégant, froid, le visage défiguré par un angiome, membre de l'unité d'élite spécialisée dans les crimes majeurs surnommée la Chambre froide, est en congés prolongés. Ses supérieurs lui ont fortement conseillé de prendre un repos bien mérité après l'affaire traumatisante que Benjamin Myers racontait dans Dégradation, et qui impliquait la mort violente - c'est un euphémisme - des multiples victimes d'un psychopathe à la personnalité particulièrement complexe. 

Roddy Mace, de son côté, rumine ses ambitions passées, repense à sa carrière londonienne avortée, songe à son projet de livre et, en attendant mieux, travaille pour le Valley Echo, une feuille de chou locale sans moyens ni ambition. Brindle vit seul dans son appartement tiré au cordeau, s'adonne à ses légendaires TOC et à ses exercices physiques dûment comptés, se coupe volontiers du monde extérieur. Mace, lui, habite une sorte de péniche certes originale, mais inconfortable, froide et humide. Seul, lui aussi, avec son manque d'alcool. C'est un flash d'actualités de la chaîne locale de la BBC qui va faire basculer les deux hommes de l'autre côté du miroir... 

19 décembre 2019

Cyril Torrès, "Les Hiérarchies invisibles" : trouble aventure

Les Hiérarchies invisibles est un objet littéraire singulier : roman noir, roman politique, roman d'anticipation, roman pré-apocalyptique? Son auteur, Cyril Torrès, est romancier, documentariste et vidéaste.  Le lecteur friand de classements en est pour ses frais, et c'est très bien ainsi. Févril est un documentariste en perdition : séparé de sa femme  lasse de vivre avec un fantôme, il se raccroche à ce qu'il peut, et lâche prise tout aussi souvent, s'abandonnant volontiers aux vapeurs de l'alcool, jusqu'à tomber d'ivresse dans son siège d'avion. 

Pour l'heure, Févril est à Bruxelles, à la Commission européenne, dans les pas de Poussin qui, tout en pérorant sur le Caravage et la psychologie des hommes d'ambition, lui fait part de ce qu'on attend de lui. On a apprécié son documentaire sur Lou Reed, on aimerait qu'il traque "des éléments de vie privée", qu'il "renforce des impressions". L'objet de cet intérêt singulier s'appelle Berg, personnage politique remarquable réfugié en Chine après avoir fait l'objet d'un scandale parisien pas très classe... 

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