19 août 2018

Graeme Macrae Burnet, "L'accusé du Ross-Shire" : un coup de maître

Double actualité pour l'auteur écossais Graeme Macrae Burnet : sortie en poche en octobre de son deuxième roman, L'accusé du Ross-Shire et publication fin août chez Sonatine de son premier roman, La disparition d'Adèle Bedeau, dont on reparlera très vite. En 2016, Macrae Burnet publie dans une petite maison d'édition écossaise, Saraband, L'accusé du Ross-Shire,  qui se retrouve, fait extraordinaire pour un roman étiqueté "thriller psychologique", sur la liste des finalistes du Man Booker Prize (l'équivalent du Goncourt au Royaume-Uni) et remporte un succès inattendu assorti d'une critique dithyrambique et méritée. 

L'accusé du Ross-Shire est un étrange objet littéraire : l'auteur commence par nous raconter que c'est en faisant des recherches dans l'histoire de sa famille qu'il est tombé sur ce dossier... L'essentiel du roman est constitué par le récit par son auteur lui-même, Roderick Macrae, 17 ans, d'un triple meurtre commis en 1869 à Culduie, hameau écossais situé dans le Ross-Shire, région pauvre partagée entre l'agriculture et la pêche, face à l'archipel de Skye. On s'étonne un peu qu'un gamin de 17 ans, issu d'une famille miséreuse d'une contrée reculée d'Ecosse, soit l'auteur d'un tel texte... Qu'on patiente un peu, on va comprendre. Il explique l'avoir écrit pour faire plaisir à son avocat Andrew Sinclair. Et surtout pas pour se disculper, car il ne conteste pas être coupable des trois meurtres dont on l'accuse, et se soucie peu du sort qui lui est réservé...

16 août 2018

Stav Sherez, "The Intrusions" : le grand méchant loup est-il électronique ?

Dans un récent article écrit pour le site Dead Good Books, Stav Sherez s'interrogeait sur l'influence de la technologie sur la littérature en général, et le polar en particulier. Son article commence ainsi : "Les années 1990 ont apporté un nouveau défi aux auteurs de polars. L'utilisation généralisée des téléphones portables nous a privés de la liberté qui était la nôtre de mettre nos personnages en situation de danger, sans la moindre possibilité de contacter qui que ce soit, isolés, forcés de recourir à leur seule force intérieure pour se sortir de la situation. Aujourd'hui, de plus en plus en plus souvent, les auteurs sont obligés de placer leurs personnages dans des zones non couvertes par les réseaux, ou bien de provoquer la perte, la chute ou la destruction du téléphone."

1 août 2018

René Belletto, "Être", les retrouvailles

Il est rare qu'on tombe sur le nom de René Belletto en se promenant sur les pages récentes des blogs consacrés au polar ou au roman noir. C'est l'été, on ne va certes pas dire que l'actualité littéraire tourne au ralenti... Néanmoins, une petite respiration ne peut pas faire de mal, et il ne paraît pas superflu de rappeler que Belletto figure quand même parmi les grands auteurs français de romans noirs, notamment avec L'Enfer, sorti en 1986 chez POL et récompensé par le Femina et le Prix du Livre Inter, et Sur la terre comme au ciel, sorti en 1982, adapté au cinéma par Michel Deville avec Anémone dans un rôle comme elle n'en retrouverait sans doute plus, sous le titre Péril en la demeure. Depuis, René Belletto n'a jamais cessé de publier, toujours chez POL. Romans, essais, poésie : une bibliographie de plus d'une vingtaine de titres dont le dernier en date, Être, est sorti début 2018 chez POL. René Belletto a résolument franchi la barrière fuyante qui sépare la littérature dite "de genre" de la littérature tout court: ce n'est pas une raison pour oublier qu'il n'a rien perdu de son savoir-faire...

17 juillet 2018

Peter Loughran, "Londres Express" et "Jacqui" : un ou deux psychopathes...



Quand je découvre un auteur, j'aime bien savoir à qui j'ai à faire. Car oui, j'avoue que je ne découvre qu'aujourd'hui ce Peter Loughran, auteur culte, "dingue", disait Jean-Patrick Manchette. Là, j'en suis pour mes frais. Son dernier éditeur français, Tusitala, le confirme dans sa préface à Jacqui : "De Loughran, on ne sait presque rien. Pas même s'il est encore en vie. Ni vraiment comment prononcer son nom." Aujourd'hui, Loughran aurait 80 ans. Si d'aventure il était encore vivant...
 

11 juillet 2018

Deux Écossais dans le noir, Irvine Welsh et John Herdman

 

Voilà deux auteurs dont a priori on range rarement les oeuvres dans la catégorie des romans noirs. Et pourtant... Dans L'artiste au couteau, l'ineffable Irvine Welsh nous donne des nouvelles de ce psychopathe sadique de Begbie (Trainspotting). Dans La Confession, John Herdman met en scène une aventure cauchemardesque de "ghost writing", et on en a des frissons dans le dos...

8 juillet 2018

Richard Krawiec, "Vulnérables" : le retour du fils prodigue

Billy Pike aurait pu être un bon garçon... Travailleur, respectueux et aimant envers ses parents, bon époux, bon père. Il est tout le contraire. C'est à la fin des années 80 que Richard Krawiec a écrit ce roman fulgurant. Il le dit dans sa préface de 2016  : "Le personnage principal de Vulnérables, Billy Pike, est de ceux qui sont tombés avant de découvrir qu'il n'y avait personne pour les relever." Vulnérables n'a jamais trouvé d'éditeur aux Etats-Unis... Les uns après les autres, les éditeurs ont déclaré qu'un tel livre ne trouverait pas de public : "Ils avaient peut-être raison. Il faut tout un village pour élever un enfant, et aussi pour le détruire. Il faut tout un village pour engendrer des familles qui dévorent leurs membres. Peut-être que le pays n'avait pas envie de lire une chose pareille", écrit Richard Krawiec...

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