20 juillet 2016

Patrick Delperdange, "Si tous les dieux nous abandonnent": formidable roman "rural noir"... et belge

Patrick Delperdange n'en est pas à son coup d'essai puisqu'il a publié romans, recueils de poésie, scénarios et pièces de théâtre, romans jeunesse, traductions de l'anglais/américain, obtenu le prix Rossel - l'équivalent belge de notre Goncourt - pour son Chants des gorges (publié chez Sabine Wespieser puis réédité chez Espace nord),  et même écrit, sans doute pour couper l'herbe sous le pied d'éventuels rivaux, un Patrick Delperdange est un sale type, novella cocasse, auto-dérisoire et, allons-y puisque nous parlons d'un auteur belge, quasi surréaliste, en forme de clin d’œil à ce bon Charles Dickens. J'ai eu l'occasion de l'entendre à plusieurs reprises intervenir lors de tables rondes, en particulier à Quais du polar, de lire certaines de ces interviews : l'homme pratique un humour à froid, un brin de cynisme mâtiné de bonhommie, bref c'est le genre d'auteur qu'on a vraiment envie de découvrir. La parution en Série noire de Si tous les dieux nous abandonnent était l'occasion rêvée.

16 juillet 2016

Goodbye, Maurice G. Dantec

Dans les années 90, on faisait encore une distinction très nette entre littérature et littérature de genre. Dans les années 90, encore marquée par une culture universitaire où l'éclectisme s'aventurait jusqu'à Faulkner et Amis (père), mais certainement pas du côté de Chandler et Robin Cook, c'est avec Maurice G. Dantec que je suis revenue, totalement décomplexée, à la littérature de genre ignorée, voire méprisée par mes ex-profs et co-étudiants.  

Source Wikimedia ; http://www.panoramio.com/photo/7738899 - Auteur FrenchCobber

C'était un bel été, chaud, brûlant, étouffant. C'était au bord de l'Atlantique, et ceux qui me connaissent savent bien que lézarder au soleil et brûler sous ses rayons, ça n'est pas vraiment mon truc. Dans la petite ville balnéaire, il y avait une librairie tout aussi petite, un peu vieillotte, avec un rayon d'occasion poussiéreux et quelques livres en anglais. Pratiquement chaque jour, j'y puisais la pitance qui allait m'aider à tenir jusqu'au soir, tard, à ce moment où la fraîcheur, enfin, parvenait à gagner la bataille contre la chaleur moite, un peu dégoûtante, qui avait écrasé les longues heures du jour, et m'avait anéantie. Cet été-là, le premier volume de l'autobiographie de Andrew Loog Oldham venait de sortir en anglais. Comment ce livre tout juste sorti des presses s'était-il échoué là ? Sans doute un touriste britannique l'y avait-il revendu à la va-vite. Toujours est-il qu'il était flambant neuf, visiblement pas lu au-delà des 15 premières pages, et que je l'ai coupablement dévoré, ce bouquin avec de la musique dedans, mais aussi des drogues et du sexe, comme il se doit.

Quentin Mouron, "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" : Des Esseintes à Boston

Quentin Mouron est un jeune auteur helvético-canadien, et ce roman a été son premier à paraître en France. Il est aujourd'hui disponible en poche, chez 10/18. C'est toujours un peu excitant de découvrir un nouvel auteur, et on peut dire que là, tous les espoirs sont permis ! Nous sommes près de Boston, la ville chère à Henry James et à Edgar Allan Poe, un vieil homme vient d'être sauvagement assassiné dans sa voiture. Pourquoi? Un homme apparemment sans histoires, un retraité sorti s'acheter une pizza qu'il mangeait dans sa voiture jonchée de détritus... et d'un Winchester à pompe, voilà qui pue la solitude à plein nez... Dans une ville où les églises sont à vendre, ça n'a rien d'étonnant, pas vrai? 

3 juillet 2016

Valerio Varesi, "Le fleuve des brumes" : e la nave va...

Vous l'avez compris rien qu'au nom de l'auteur, nous sommes en Italie, et le fleuve des brumes, c'est le Pô. Loin de Rome, de Naples ou de la Sicile qui accueillent les polars italiens les plus populaires, nous sommes là dans le nord du pays, à l'écart des flux touristiques. Nous sommes en hiver, il fait froid, et il pleut. Sans relâche. Là, pas très loin de Mantoue, coule le Pô, que la pluie incessante menace de faire déborder. Dans une petite ville qui borde le fleuve, au cercle nautique, on discute ferme, on commence à s'inquiéter un peu. C'est qu'on a beau avoir l'habitude des crues, l'évacuation forcée n'est pas une partie de plaisir. Et pourtant, il va bien falloir y penser car l'eau monte, inexorablement. Et là bas, sur le fleuve, la péniche de Tonna, avec sa lumière allumée. Que fabrique-t-il, le vieux Tonna, 80 ans passés, sur sa péniche par un temps pareil? La lumière s'éteint, se rallume. Les feux de signalisation sont éteints. L'énorme péniche flotte, tangue puis sort du port tant bien que mal. C'est étrange et les braves gens qui discutent au cercle nautique, Vernizzi, Torelli et l'hôtesse du lieu, Gianna, se perdent en conjectures : un tel comportement ne ressemble pas à Tonna. 

26 juin 2016

Anne Bourrel, L'invention de la neige : le drame et l'absence

Anne Bourrel, vous vous rappelez, l'année dernière, le choc de Gran Madam's (qui vient d'ailleurs de sortir en poche chez Pocket)? Si vous ne vous en souvenez pas, vous pouvez toujours aller voir là. Anne Bourrel revient, avec un roman un peu plus touffu cette fois, un titre aussi poétique qu'énigmatique, une couverture au design aussi intrigant que fascinant. L'invention de la neige commence avec un enterrement, celui d'Antoine, grand-père de Laure et père de la narratrice. Cette dernière va nous raconter l'histoire de sa fille, et c'est déjà étrange : elle n'est pas sur les lieux, et pourtant elle sait tout de ce qui se passe pendant ces quelques jours durant lesquels on va l'attendre, cette fameuse neige...
Laure est inconsolable. Antoine, son Gp, comme elle dit, vient de mourir. Antoine, l'Espagnol, l'ex-combattant de la guerre d'Espagne, l'homme qui lui a donné tout l'amour du monde, l'a quittée à jamais. Laure et Ferrans, son riche mari, ne resteront pas avec la famille, à Bram, ce soir-là. Ils rentreront chez eux dans le rutilant Cayenne de Ferrans.

11 juin 2016

Pierric Guittaut, "D'ombres et de flammes" : Orphée en Sologne

Surtout, ne pas se retourner. C'est ce qu'on a envie de souffler à l'oreille du major Fabrice Remangeon, qu'on rencontre dans les premières pages de ce roman touchant, violent et empreint d'une dramaturgie singulière.  Fabrice Remangeon, la cinquantaine, est donc gendarme, et il vient de commettre, comme on dit, une bavure. Plus exactement, il a failli faire passer de vie à trépas un type complètement défoncé qui venait de provoquer un accident de la route, et par la même occasion le décès d'une famille entière, père, mère et fillette qui circulaient à vélo. La scène est terrible, Remangeon est bouleversé, puis révolté, puis enragé. Quand il rattrape le coupable, on ne donne pas cher de sa peau, et si on n'y prenait garde, on se prendrait presque à donner raison au gendarme vengeur...

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