21 octobre 2018

Alain Claret, "Un pays obscur" : l'homme dont la vie est un roman

Alain Claret publie pour la première fois à la Manufacture de livres, mais depuis 1991, il consacre sa vie à l'écriture - romans, scénarios, théâtre, etc. Avec Un pays obscur, il va sans aucun doute conquérir un lectorat qui ne le connaît pas encore, tout en séduisant ceux qui le connaissent bien et qui attendent de lui une littérature noire, ciselée et en prise avec le monde contemporain. En 2012, avec Eden, il imaginait ainsi le débarquement à Paris des narco-trafiquants mexicains. En 2015, c'est le monde de la politique et de la grande muette qu'il étrillait avec Une étude en noir

Un pays obscur ne fait pas exception : le héros du roman, Thomas, est un journaliste de guerre tout juste revenu de Libye où il a été retenu prisonnier dans des conditions particulièrement dures. Le retour à Paris est difficile, Thomas décide d'aller habiter la maison que son père, décédé, avait achetée, tout près de Vinteuil - ville imaginaire dont le nom évoque Proust et la fameuse Sonate de Vinteuil. La maison du musicien Vinteuil, dans l’œuvre proustienne, était située non loin d'Illiers-Combray, près de Chartres. De là à imaginer la demeure du père de Thomas dans cette même région, il n'y a pas loin, mais résistons à la tentation, laissons donc Vinteuil à son mystère. 

14 octobre 2018

Arni Thorarinsson, "Treize jours" : l'adolescence blessée

Le crime, histoire d'amour, paru début 2016, constituait un pas de côté dans l’œuvre de Arni Thorarinsson (voir la chronique ici). Dans cette histoire tragique, on avait délaissé le héros récurrent de Thorarinsson, le journaliste  Einar. Le revoici au premier plan dans Treize jours

Einar se débat entre deux histoires d'amour : sa liaison dangereuse avec l'ex-banquière Margret Karlsdottir, recherchée par la police pour malversations, et son histoire avec sa collègue du Journal du Soir, Sigurbjörg. La situation du quotidien est délicate : son directeur de la rédaction, Hannes, vient de mourir prématurément, les prédateurs se précipitent, il faut nommer un nouveau directeur, vite... Essayer de constituer un ensemble de petits actionnaires pour faire face au financier qui menace l'intégrité du journal. Bref, symboliquement, sauver la liberté de la presse, rien de moins... Einar est, à première vue, le mieux placé pour prendre la place de direction, puisqu'il en assume les fonctions depuis un certain temps déjà. Mais Einar et le pouvoir, ça ne fait pas bon ménage... 

20 septembre 2018

François Médéline : l'interview en roue libre épisode 3, autour de "Tuer Jupiter"


Le 4 septembre dernier, François Médéline présentait Tuer Jupiter à la Librairie de Paris

Il y a trois semaines sortait en librairie un roman qui tranche nettement sur le ton de la rentrée littéraire, dans la forme comme dans le fond. Tuer Jupiter (voir chronique ici) fait parler de lui et de son auteur, suscite la réflexion, l’étonnement, il engendre même chez certains des réactions épidermiques. Voici donc notre interview « en roue libre », en face à face et en toute liberté, interview fleuve et spontanée, avec ses rebonds, ses chemins de traverse. Au final, comme toujours, de la lumière et, heureusement, quelques zones d’ombre… Un grand merci à François Médéline.

Cela fait quatre ans que tu n'avais pas sorti de roman. Est-ce que ton travail pour le cinéma a influé sur ton écriture ?
Dans mes deux précédents romans, je n'avais pas travaillé sur mon époque. Donc ce roman est différent car il est ultra-contemporain. Le travail pour le cinéma était lui aussi contemporain. Mais c'est plus dans la méthode de travail que j'ai pu évoluer. Elle est plus structurée, parce qu’adapter un roman au cinéma nécessite de travailler par étape, pour les producteurs, le réalisateur, c’est un travail collaboratif dès le départ. 

18 septembre 2018

Mick Kitson, "Manuel de survie à l'usage des jeunes filles" : une cavale au féminin pluriel

Manuel de survie à l'usage des jeunes filles est le premier roman de Mick Kitson, Gallois d'origine, ex-musicien de rock avec les Senators, puis journaliste et prof d'anglais. Mick Kitson vit aujourd'hui  en Ecosse, et c'est tout naturellement là qu'il a choisi de situer son roman. Certes, son récit n'est ni un polar, ni un thriller. Et pourtant, en le lisant, on éprouve la même hâte à tourner les pages que celle qui nous saisit face une intrigue à suspense. Une hâte doublée d'un plaisir de lecture et d'une émotion rares.

Quand le roman commence, Peppa et Sal, respectivement dix et treize ans, vivent depuis quatre jours dans la forêt du Ayrshire, à des kilomètres de toute habitation, en pleine nature. Toutes seules. Pendant un an, Sal a préparé leur fuite, a lu et assimilé le Guide de survie des forces spéciales, a acheté avec la carte de crédit de sa mère ou de son compagnon tout ce qui était nécessaire à leur expédition. Il fallait partir. 

16 septembre 2018

Frédéric Paulin, l'interview en roue libre

Le nouveau roman de Frédéric Paulin, La guerre est une ruse (voir la chronique ici), fait partie des événements de cette rentrée. Frédéric Paulin le dit lui-même, il est un raconteur d'histoire(s). Mais aussi un éveilleur de consciences et de mémoire. Son roman est emblématique de cette double vocation du romancier : j'ai voulu en savoir un peu plus. Voici donc l'interview en roue libre, merci à Frédéric Paulin pour cette rencontre.

Si on commençait par le titre, La guerre est une ruse, qui fait couler beaucoup d'encre?
Le titre de travail était en arabe. "Al Harb Khoudaa" : cela fait partie d'un verset du Coran qui peut avoir deux interprétations : la guerre est une ruse ou la guerre est un mensonge. En fait, cela signifie en gros que le mensonge n'est acceptable qu'en situation de guerre, sinon on n'a pas le droit de mentir et d'employer la ruse. Cette phrase, je l'ai découverte dans la bouche de Mohammed Merah en 2012 : après ses massacres de Toulouse, il est acculé dans son appartement, il essaie de négocier. Il déclare qu'il va se rendre le lendemain matin, et utilise cette phrase, mais en lui donnant un sens "basique", pour expliquer ses actions et ses manœuvres pour échapper aux autorités.  C'est cela qui m'a poussé à essayer d'en savoir plus.

9 septembre 2018

Graeme Macrae Burnet, "La disparition d'Adèle Bedeau" : un roman hanté par Simenon et Chabrol

Ce roman est étonnant à plus d'un titre. Graeme Macrae Burnet est écossais, et son premier roman publié en français, L'accusé du Ross-Shire (voir la chronique ici) se déroulait dans une région reculée d’Écosse à la fin du XIXe siècle. Avec La disparition d'Adèle Bedeau, il nous emmène dans des lieux moins exotiques pour les lecteurs français (quoique...) puisque le roman se déroule dans la ville de Saint-Louis, en Alsace. Comme dans L'accusé du Ross-Shire, l'auteur a choisi un mode narratif particulier : il commence son récit en racontant que ce même roman signé Raymond Brunet (sic), publié pour la première fois en 1982, ne connut qu'un modeste succès, et qu'il ne dut son statut de roman culte pour initiés qu'à l'adaptation qu'en fit Claude Chabrol en 1989. Graeme Macrae Burnet pousse le raffinement jusqu'à nous proposer une préface qui détaille la carrière de Raymond Brunet... Bien sûr, rien de tout cela n'est vrai, et Graeme Macrae Burnet est bel et bien le seul et unique auteur de ce qui est son premier roman publié. Quand on cherche du côté de sa biographie, on s'aperçoit qu'il a enseigné à Prague, Porto, Bordeaux et Londres, et surtout qu'il nourrit une passion pour Georges Simenon, si l'on en croit les posts particulièrement pointus qu'il consacre à l'auteur belge sur son blog.

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