Vendredi 13 novembre 2015. Avant de devenir la date tristement mémorable que l'on sait, ce jour était le premier du festival de Lamballe, Noir sur la ville. Et John Harvey inaugurait les manifestations de ce beau salon, qui allait prendre fin le lendemain matin. Aujourd'hui, il postait un texte qui exprimait son désarroi face aux attaques de vendredi soir ; lui laisser la parole me semble le meilleur moyen de raconter la tristesse et l'amitié qui ont marqué ces deux jours à Lamballe, loin de Paris et pourtant si près. Un grand merci aux organisateurs, aux bénévoles et aux auteurs qui ont fait face, sans rancœur, à cette annulation. Et un grand bravo à eux, qui ont su, comme le dit John Harvey, faire de ces journées un moment exemplaire de chaleur et d'humanité.
« Là où la veille au soir je dînais, près de la République, des tirs, une prise d'otage, des victimes dont le nombre grandissait avec les minutes. Une fois rentré à mon hôtel, je n'ai pas pu m'arracher à cette chaîne d'information de la BBC où les images tournaient en boucle. Ce n'est qu'à deux heures et demie du matin que je réussis à me forcer à dormir. Le lendemain, le festival était annulé, comme bien d'autres manifestations ; certains auteurs étaient déjà rentrés à Paris, d'autres qui auraient dû arriver le matin étaient restés chez eux. Mon éditrice - qui heureusement m'accompagnait - et moi sommes tombés d'accord sur le fait que le plus sage serait que je regagne l'Angleterre en embarquant à Saint-Malo le lendemain matin. Restait donc le samedi. Grâce aux nombreux bénévoles sur lesquels repose le festival, ce qui aurait dû être une journée de désolation et d'amertume se transforma en une journée triste certes, mais étrangement agréable. Nous avons déjeuné ensemble, quatre-vingt personnes assises à de longues tables dans la salle municipale, bu trop d'expressos, discuté dans les cafés l'après-midi, avant de nous regrouper de nouveau le soir pour parler, manger et boire du vin. Puis les adieux.
Le lendemain matin, un peu après neuf heures je me retrouvai sur le pont supérieur du ferry Saint-Malo - Portsmouth, mon regard fixé, par-delà les eaux, sur la ville qui, lentement, disparaissait. Même si je laissais des amis derrière moi, inutile de nier que j'étais content de rentrer à la maison, vers une sécurité relative – pour l'instant.
Et ce pays que je venais de quitter ? »
| Lamballe 2015, Marie Vindy, Hervé Delouche, Marin Ledun |
| Lamballe 2015. Au premier plan, Pascal Dessaint |
| Lamballe 2015, Hervé Le Corre et Dominique Manotti |
| Lamballe 2015 - Gianni Pirozzi |
| Lamballe 2015 - Laurence Biberfeld et, au fond, George Arion |
| Lamballe 2015 - Sébastien Gendron, Pascal Dessaint, Jean-Bernard Pouy. Derrière, Philippe Georget, Marc Villard et John Harvey |
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| Lamballe 2015 - John Harvey avec Olivier Truc |
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| Lamballe 2015 - George Arion et Claude Mesplède |

