La nouvelle est tombée hier : l'auteur japonais
Keigo Higashino a tiré sa révérence à l'âge de 68 ans des suites d'un cancer. C'est une drôle d'histoire que j'entretiens avec ce romancier très prolifique. Découvert un peu par hasard en furetant dans une librairie, il est, au fil des ans, entré dans mon panthéon des auteurs qui ne déçoivent jamais. Ses personnages, récurrents ou pas, ont toujours une singularité qui fait d'eux des êtres solitaires, en marge. Avec une finesse remarquable, Higashino explore la psychologie humaine en se jouant des clichés, tisse des intrigues aussi complexes que passionnantes, raconte des destins singuliers marqués par des secrets bien cachés - nous sommes au Japon, il ne fait pas bon être marginal. Secrets de famille, histoires du passé, lieux empreints d'histoire et de noirceur : Higashino est (à son insu?) pour le lecteur occidental un passeur habile et lucide pour accéder à l'esprit et à la culture du Japon.
Ainsi, dans ces romans où, faisant fi des injonctions du roman noir à l'occidentale, il décrit avec précision des lieux, des paysages, des ruelles et des maisons, il nous transporte mieux que n'importe quel guide de voyage. Bien au-delà de l'exotisme, Higashino a une manière bien à lui de mener ses enquêtes... et ses romans. Si bien que l'étonnement superficiel laisse vite la place à une admiration sincère de son savoir-faire et de ses questionnements universels face aux côtés sombres des humains, d'où qu'ils soient. Souvent poétiques, non dénués d'un humour sec, les romans de Higashino mettent en scène des hommes et des femmes qu'il dépouille progressivement de leurs oripeaux sociaux pour les exposer, à nu, au lecteur sensible. Auteur de plus de 15 romans traduits en français, Higashino va nous manquer...
Quelques chroniques
Tous les romans de Higashino traduits sont publiés par Actes Sud