7 septembre 2019

Seth Greenland, "Mécanique de la chute" : où le pire n'est jamais sûr

Seth Greenland a grandi dans le milieu de la publicité, et a écrit pour la télévision et la presse avant de se consacrer à la littérature. Il est l’auteur de cinq romans, tous traduits chez Liana Levi. S’il vit en Californie, c’est New York qui est au centre de ses livres, et Mécanique de la chute ne fait pas exception à la règle. Satire, humour, vision cruelle sur la vie de ses contemporains dans l’Amérique d’aujourd’hui, Seth Greenland est tout à la fois un témoin et un acteur distancié de la « modernité » qui nous entoure. Il n’a pas son pareil pour démonter les mécanismes tapis derrière les apparences, pour révéler les médiocrités, les faiblesses et la monstruosité du monde où il habite.

6 septembre 2019

Thierry Marignac, l'interview en roue libre autour de "L'icône"


Photo DR

L’icône vient de paraître chez Equinox / Les Arènes, et Thierry Marignac s’est prêté de bonne grâce à l’interview en roue libre, qui est aussi une interview fleuve, certes, mais comment faire autrement avec un romancier aussi amoureux de l'écriture, et passionné par la marche du monde ? Merci à lui, vraiment.

Voyage permanent, passé-présent, est-ouest, c’est la première impression qu’on ressent quand on vient de refermer L’icône. Comment ce roman a-t-il été conçu ?

De façon assez inhabituelle pour moi. D’habitude, je travaille de façon plutôt soviétique : je fais un plan, puis je colle au plan. Et quand je suis dans une impasse, je relis le plan et j’essaie d’y trouver quelque chose de nouveau. Si je ne trouve rien, je réécris le plan. C’est ma méthode habituelle pour ne pas avoir affaire à ce qu’on appelle l’inspiration – je n’y crois pas. Là, je n’ai pas procédé comme ça. J’aime bien les structures éclatées – dans A quai, je naviguais entre l’histoire de l’interprète et celle de l’immigré. Ce qui m’évite de me confronter à ces affaires d’inspiration : quand je suis fatigué d’une histoire, je me tourne vers l’autre. Et le temps de revenir, le travail inconscient s’est fait.

5 septembre 2019

Thierry Marignac, "L'icône": l'amour, les vainqueurs et les vaincus

Trois ans déjà depuis la sortie de Morphine Monojet et de Cargo Sobre. On ne peut pas dire que Thierry Marignac accable ses lecteurs sous le rythme effréné de ses publications ! Aujourd'hui, c'es Equinox / les Arènes qui publie son nouveau roman, L'icône, lui offrant le luxe d'une couverture signée Liberatore. 

Brighton Beach, le quartier russe de New York. Le Conseiller regarde la mer : "Par la fenêtre de cette femme, on voyait les bassins d'eaux calmes, puis, au-delà des grues et des portiques, les tankers et les cheminées de la raffinerie. Quand un navire mouillait à l'ancre au terminal Croisière, on ne voyait rien." Romantique, nostalgique, déprimé ? Aucun de ces adjectifs ne convient à cet homme-là, car chez Thierry Marignac, les vies sont bien trop riches et complexes pour se dissoudre dans la banalité... Le Conseiller tient son nom - le seul qu'on lui connaîtra - à son histoire et à ses fonctions d'autrefois. Si ce Français d'un certain âge vit là, à Brighton Beach, ça n'est évidemment pas un hasard. Cet homme-là vit, avec "cette femme" une drôle d'histoire. Une histoire d'amour ? Peut-être. "Elle s'abstenait de lui donner la chasse jusque dans ses hauts-fonds dont elle affectait de ne rien soupçonner (...) La plupart du temps, le Conseiller s'en contentait."

31 août 2019

Ian Rankin, "La maison des mensonges" : le roi du polar d'enquête garde son trône

Juste avant la rentrée et son avalanche de nouveautés, pas question d’oublier Ian Rankin et La maison des mensonges, le nouvel épisode des enquêtes de l’inspecteur Rebus. John Rebus est à la retraite. Mais le concept même de retraite n’est pas compatible avec le personnage, on le sait bien. Il sort par la porte et rentre par la fenêtre, tel est son destin. Toujours installé dans son appartement d’Arden Street, à Edimbourg, en compagnie de son chien Brillo, qui l’oblige, chaque jour, à accomplir son devoir de promeneur dans les Meadows, toujours plus ou moins engagé dans une relation amoureuse avec Deborah Quant, la légiste, toujours atteint du syndrôme respiratoire qu’il doit à son passé de fumeur, Rebus mâche des chewing gum à la nicotine et tâche de passer le temps… Jusqu’à ce que ressurgisse une vieille histoire…

23 juin 2019

Luc Chomarat, "Le dernier thriller norvégien" : le délice glacé de votre été

On annonce une canicule à 40°, on se précipite sur les climatiseurs et les ventilateurs. Voilà une idée toute fraîche pour résister à la chaleur : le nouveau roman de Luc Chomarat qui, après Le Polar de l'été (voir chronique ici), nous offre cette année un de ces bijoux dont il a le secret. Le genre de texte qui donne au lecteur l'impression qu'il est intelligent, ce qui est plutôt malin. Le genre de texte qui vous redonne goût à la littérature, pour peu que vous l'ayez perdu - ça peut arriver... Le genre de texte qui vous arrache un sourire qui ne quittera pas votre visage tant que vous n'aurez pas tourné la dernière page.

7 juin 2019

Cathi Unsworth," London Nocturne" : Londres sous les bombes, des femmes massacrées

Quel plaisir de retrouver Cathi Unsworth ! Avec London Nocturne, son dernier roman habillé d'une couverture magnifique, elle reprend son bâton de pèlerin, celui qui la guide à rebours de l'histoire de l'Angleterre. Avec Bad Penny Blues (voir chronique ici), elle nous attirait à la fin des années 50, jusqu'à la veille des années pop. Dans London Nocturne, c'est le Londres de la Seconde Guerre mondiale qui sert de toile de fond à un roman très noir, où les femmes sont une fois de plus les victimes de terribles violences, de meurtres barbares... En 1942, les rues de Londres sont dévastées, les bombardements ont chassé de la capitale bon nombre de familles parties se mettre en sécurité à la campagne. Celles et ceux qui sont restés en ville doivent se battre pour survivre. Surtout les femmes... Pour celles qui gagnent leur vie en donnant du plaisir aux hommes, c'est double peine. Non seulement il faut survivre aux bombardements, aux privations, continuer à gagner sa vie, mais en plus il faut échapper aux violences et aux agressions. Depuis quelques semaines, un meurtrier particulièrement violent sévit, laissant derrière lui les cadavres mutilés de femmes de tous horizons, seules, abandonnées à leur sinistre destin...

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