22 octobre 2021

Sam Millar, Un tueur sur mesure : hold up raté à Belfast


L'Irlandais du nord Sam Millar, après une série de quatre romans qui mettaient en scène l'enquêteur Karl Kane, nous revient avec un roman de hold up. Un hold up raté, et pire encore... Les trois gaillards, avec à leur tête Jim McBride, qui ont décidé de s'attaquer à la Bank of New Republic de Donegal Place, au cœur de Belfast, le soir de Halloween, n'ont pas bien fait leurs devoirs. Ils ont décidé de passer à l'action juste avant l'heure de fermeture : manque de chance, les espèces sont quotidiennement relevées par un fourgon de la Brinks (clin d’œil !) une heure avant. Résultat : les caisses sont vides. Mais il y a des clients dans la banque. Tentant le tout pour le tout, les braqueurs s'en prennent à l'un d'entre eux et repartent avec sa valise. Décidément, la chance ne leur sourit pas : ils ont choisi la mauvaise victime. Le lendemain, bizarrement, les flashes d'actualité racontent l'attaque, mais omettent de mentionner l'agression du client et le vol de sa valise. Seamus Nolan, le client, n'est pas n'importe qui. Il fait partie de la Fraternité pour la liberté irlandaise, pas précisément des enfants de chœur. C'est sa fête ce jour-là : il s'est fait voler un pactole et ses amis n'entendent pas en rester là... 

21 octobre 2021

Shirley Jackson, Hangsaman : le vertige, de l'autre côté du miroir

Hangsaman est le deuxième roman de Shirley Jackson, l'autrice, entre autres, de Nous avons toujours vécu au château, La maison hantée et La Loterie. Il paraît en 1951, la même année que L'Attrape-cœur de Salinger, et on s'interroge sur l'accueil qui lui a été réservé à l'époque. Apparemment,  la critique était partagée : roman sur l'adolescence, roman gothique, roman à suspense, chacun y voyait ce qu'il y cherchait. Nous n'y ferons pas exception... À la fois roman d'initiation, jeu sur le réel et la mémoire, Hangsaman comporte aussi des aspects autobiographiques, et laisse au lecteur qui tourne la dernière page une sensation de vertige, de perte de repères et de certitudes extrêmement troublante, résultat d'une construction savante et d'une narration en équilibre instable... Le narrateur nous raconte l'histoire de la jeune Natalie Waites, qui vit dans le Vermont avec sa famille. Un père qui se veut écrivain et érudit, doté d'un ego démesuré, et qui encourage sa fille dans la voie de l'écriture; une mère légèrement névrosée, attachée aux valeurs d'une maison bien tenue et d'une cuisine bien faite, un frère dont on ne saura pas grand-chose. 

15 septembre 2021

Anna de Sandre, "Villebasse" : des hommes, des femmes, un chien et un parapluie rouge


Villebasse est une petite ville tapie au fond d'une vallée du Sud-Ouest. "Elle semblait avoir été construite pour fixer les instables." Cette ville est au cœur des histoires que va nous raconter Anna de Sandre, puis qu'il s'agit bien de cela : des histoires d'humains, d'animaux, de rues sous une étrange lune bleue. Le Chien, le bien nommé, servira de fil rouge à ces intrigues irriguées par la topographie d'une ville indéfinissable, porteuse de secrets indicibles, et pourtant bien ordinaire. On y trouve des commerces, des entreprises plus ou moins florissantes - plutôt moins que plus, d'ailleurs, une école, des places, des rues, des carrefours. Et des humains. 

1 septembre 2021

William McIlvanney et Ian Rankin, « prequel » à quatre mains

Dans quelques jours sortira au Royaume-Uni The Dark Remains, « prequel » de la légendaire trilogie des Laidlaw du grand William McIlvanney (Laidlaw, Les Papiers de Tony Veitch  et Étranges loyautés, tous publiés chez Rivages). William McIlvanney nous a pourtant quittés, deux ans après la réédition de ses romans, épuisés en langue anglaise depuis de nombreuses années. The Dark Remains est donc le fruit du travail de l’illustre Ian Rankin, qui admirait et connaissait McIlvanney et qui a accepté de se plonger dans les notes de l’auteur. Ce mois d’août, il répondait aux questions de Karen Campbell, ancienne policière de Glasgow devenue auteure de romans policiers, dans le cadre du Festival international de littérature d’Edinburgh. Morceaux choisis.

31 août 2021

Thierry Marignac, "Terminal croisière" : le retour de Thomas Dessaignes, interprète et traducteur

On ne s'étonnera guère que Thierry Marignac ait choisi un bateau comme cadre de son nouveau roman : depuis A quai jusqu'à Cargo Sobre, où l'auteur traversait l'Atlantique à bord d'un porte-conteneur, l'homme nous a démontré que l'univers flottant est propice à des décalages et à des dérives tout à fait romanesques. Le lecteur assidu retrouvera avec plaisir une vieille connaissance, Thomas Dessaignes, interprète et traducteur, dont on suit la vie aventureuse depuis Renegade Boxing Club et Milieu hostile. Chassez le naturel, il revient au galop : Dessaignes ne peut pas s'empêcher de fourrer son nez là où il ne faut pas. C'est ainsi qu'il est devenu informateur pour l'Opérateur, et qu'il met à profit sa présence à Bruxelles pour tendre l'oreille et débusquer des informations susceptibles de satisfaire son exigeant client, contre rémunération bien entendu. En cette fin de mois d'août, c'est à Anvers qu'il est accueilli, au débarquement d'un bateau de ligne transformé en navire de croisière. On l'attend, ou plutôt "ils ne m'attendaient pas spécialement moi, avec ma culture encyclopédique, mes bonnes manières terriblement régence et mon découvert endémique à la banque. Ils attendaient ma fonction professionnelle." Il pleut, il fait chaud, Dessaignes est accueilli par un jeune flic athlétique. Il s'agit de servir d'interprète pour l'interrogatoire d'un ressortissant parlant tchétchène et russe. Et qui n'est pas totalement inconnu de notre héros, puisqu'il l'a déjà croisé au bureau d'Etat-Civil de la mairie de Bruxelles. Pour l'heure, on a trouvé sur lui 500 grammes d'opium brut... Et on ne tarde pas à découvrir que son voyage est commandité par Omega 8, une société d'ingéniérie financière. Étrange... L'interrogatoire commence, et sent le vécu : l'auteur a une certaine expérience de la fonction d'interprète dans un cadre comparable. 

11 août 2021

Albert Likhanov, Naître personne : comment devenir un gangster russe en 15 chapitres


Drôle de texte que ce roman, résultat des confidences anonymes d'un gangster russe recueillies par Albert Likhanov, journaliste, scénariste et écrivain prolifique, auteur de plusieurs romans traduits en français. L'homme est également engagé dans la cause des orphelins et la défense des droits de l'enfant, ce qui explique sans doute son intérêt pour l'histoire qu'il nous raconte : celle d'un orphelin de père et de mère devenu gangster grâce à une rencontre de hasard. Le jeune héros du roman s'appelle Koliek, mais tout le monde l'appelle Koltcha, vu qu'à l'internat, "il y avait trente Koliek sur les deux cent cinquante âmes vivant sur place." On l'appelle aussi La Hache, à cause de son nom de famille : Hachorov. On l'a compris: Koltcha est orphelin et vit avec ses pareils dans un internat d'état, dans une ville de taille moyenne. En ce début des années 90, la pauvreté fait des ravages, et de nombreux gamins sont abandonnés par une mère seule, accablée par la misère, l'alcool et les expédients qui permettent à une femme seule de survivre. De temps en temps, les  "p'tites mères" viennent rendre visite à leur progéniture, et se donnent du courage en s'envoyant un petit verre. Souvent aussi, elles s'en abstiennent. Koltcha, lui, n'a jamais aucune visite, ignore tout de ses origines et, en apparence, s'en fiche royalement. Il vit à l'internat depuis l'âge de trois ans... 

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