29 juin 2022

Luc Chomarat, "L'espion qui venait du livre" : mais à quoi joue l'auteur ?


Riche idée que de rééditer ce livre de Luc Chomarat, publié en 2014 et épuisé depuis... un certain temps. Depuis quelques années, l'été est la saison de Luc Chomarat, et il nous réserve toujours des surprises délicieuses. L'espion qui venait du livre ne fait pas exception à la règle : on sait que l'auteur a pour habitude de s'amuser de son lecteur, de son texte et de lui-même. Là, on peut dire qu'il s'en donne à cœur joie. Dans son collimateur, le roman dit d'espionnage - mais attention, ni John Le Carré ni Graham Greene, non, le roman d'espionnage populaire, de ceux que les hommes des années 50 et 60 emportaient dans leur serviette le matin en allant au bureau, couverture noire, pulpeuse créature, destinations exotiques garanties. N'allez pas croire que notre auteur fasse dans le mépris de classe : bien au contraire, il est bien décidé, en démontant les mécanismes de ces romans de gare, à en faire une sorte d'apologie amusée certes, mais aussi émue, voire un brin nostalgique...

27 juin 2022

William McIlvanney et Ian Rankin, "Rien que le noir" : deux héros du Tartan noir

En septembre de l'année dernière, je vous annonçais la parution prochaine d'un nouveau roman de William McIlvanney achevé par Ian Rankin et donnais la parole à Ian qui expliquait la genèse du projet (voir l'article ici ). Depuis, le roman a été publié en français par Rivages dans une traduction de Fabienne Duvigneau, et a valu à Ian Rankin et à William McIlvanney - à titre posthume pour ce dernier - le prix Crime & Thriller Book of the Year décerné par les British Book Awards. Vu que Ian Rankin vient de se voir octroyer le titre de chevalier pour ses services à la littérature et aux œuvres caritatives, on peut en conclure que l'année est plutôt bonne pour Sir Ian... D'autant qu'un nouveau Rebus est attendu pour la rentrée.

Rien que le noir est donc un "prequel" à la légendaire trilogie des Laidlaw du grand William McIlvanney (Laidlaw, Les Papiers de Tony Veitch  et Étranges loyautés, tous publiés chez Rivages). On y rencontre un certain sergent Laidlaw - il n'est pas encore inspecteur - qui vient d'intégrer l'équipe d'enquêteurs de la brigade criminelle de Glasgow, traînant derrière lui une réputation peu flatteuse d'empêcheur de tourner en rond. Pas vraiment un "bleu", ni une jeune pousse : l'homme a déjà de l'expérience, et il vit en banlieue de Glasgow avec sa femme Ena et ses trois enfants, sauf quand il estime que l'affaire en cours exige qu'il passe plutôt ses nuits en ville, à l'hôtel... Une situation qui présage de ce que les romans suivants nous disent de lui. Laidlaw n'est pas vraiment un "family man" et déjà on voit pointer sa solitude à venir. 

22 juin 2022

Le Goéland masqué : retour en force pour une vingtième édition réussie


Le
Festival du Goéland masqué, après deux ans d'absence forcée, a fait son grand retour à Penmarc'h (Finistère) le week-end du 4 au 6 juin dernier. Habituée en tant que visiteuse de ce moment festif depuis de nombreuses années, j'ai tout naturellement profité de mon installation près de Penmarc'h pour rejoindre les formidables bénévoles de l'association, et du même coup pour passer de l'autre côté du miroir. Rassurez-vous, je ne vais pas vous livrer les secrets de l'organisation d'un festival, juste constater avec vous que... c'est un sacré boulot, ce qui n'étonnera personne. Le Goéland masqué souffre de deux handicaps : il se tient traditionnellement le week-end de la Pentecôte, donc en même temps que Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, qui exerce une attraction irrésistible et naturelle pour auteurs et éditeurs. Le second handicap n'en est pas vraiment un : Penmarc'h est situé littéralement "au bout de la terre" : il faut faire l'effort d'y venir - mais les auteurs et les éditeurs qui viennent jusque-là ont tendance à y revenir. C'est bon signe ! La faute pêle-mêle à l'accueil chaleureux, aux paysages remarquables, aux langoustines savoureuses, aux bars de bord de mer et au soleil qui, une fois de plus, nous a fait l'honneur de sa présence.

Après deux ans de frustration, le Festival et ses organisateurs avaient hâte de retrouver leurs invités, auteurs et éditeurs, mais aussi le public. Pari gagné, les visiteurs étaient au rendez-vous, et les deux pôles "jeunesse" et "BD" ont trouvé un large public, tout comme les auteurs de polars qui ont pu rencontrer et échanger avec leurs lecteurs. Plus de 50 auteurs, dessinateurs et illustrateurs, une quinzaine de rencontres, des lectures, des ateliers, des prix, des animations, des concerts, des dîners au pied du phare ou au bord de l'idyllique plage de Pors Scarn : trois jours durant, le Goéland masqué a répondu aux attentes de ses visiteurs et fait la preuve que la littérature est un formidable point de rencontre.

9 mai 2022

Nick Kent, The Unstable Boys : bienvenue à la fiction !


Nick Kent
: voilà un nom qui n'est inconnu d'aucun de celles et ceux qui se sont passionnés pour le rock depuis 1972. Rock critic unique en son  genre, l'Anglais Nick Kent a longtemps écrit pour le légendaire New Musical Express, où son style émaillé d'images choc et son sens de la narration lui ont bientôt valu le statut d'icône du genre. Il faut dire qu'il ne ménageait pas sa peine, estimant, gonzo style, qu'on ne pouvait être rock critic que si on adoptait le mode de vie des rock stars elles-mêmes. Ce qu'il fit consciencieusement, fréquentant de près Iggy Pop ou Chrissie Hynde, s'essayant même à la musique au sein d'un groupe punk qui était une sorte de "répétition" des Sex Pistols. Depuis, on a pu le lire dans le Guardian, Les Inrockuptibles, Rock & Folk ou Libé. “J'étais au bon endroit au bon moment,  avec les mauvaises drogues", déclare-t-il au Guardian en janvier 2021, au moment de la publication de The Unstable Boys en anglais. The Unstable Boys n'est pas son premier livre : Nick Kent, qui vit en France depuis la fin des années 80, avait déjà publié chez Rivages Rouge en 2012 une savoureuse autobiographie, Apathy for the Devil, traduite, déjà, par son épouse la journaliste Laurence Romance. En revanche, il ne s'était jamais laissé tenter par la fiction. C'est aujourd'hui chose faite avec ce polar où le monde de la musique occupe une place de choix, et, au passage, se prend une bonne petite claque... 

5 mai 2022

Valerio Varesi : "La Main de Dieu" et la colère de Soneri


Le printemps est là, et le nouveau Varesi arrive chez les libraires. Voici donc la septième enquête du commissaire Soneri, et contrairement au phénomène trop fréquent qui touche les séries en matière de roman policier, il n'est pas question pour le lecteur d'enfiler ses pantoufles et de retrouver ses bonnes vieilles marques. Car Valerio Varesi sait bien que les hommes changent, vieillissent, dépriment, se mettent en colère, sombrent dans le désespoir. Tout ces états d'âme, on les retrouve chez Soneri, à des dosages sensiblement affinés, et du coup on a affaire non pas à un enquêteur stéréotypé vengeur ou cynique, mais à un humain singulier en proie à ses démons et à ses souvenirs. Bref, si Soneri est toujours le même, il n'est jamais tout à fait là où on l'attend. Avec La Main de Dieu, Valerio Varesi a décidé de sortir une nouvelle fois Soneri de ses habitudes urbaines et parmesanes. 

4 mai 2022

Lionel Destremau, "Gueules d'ombre" : remarquables méandres


Gueules d'ombre est le premier roman de Lionel Destremau. Pour autant, l'auteur n'est pas tout à fait un nouveau-venu en littérature, puisqu'il a déjà publié des recueils de poèmes, un récit et de nombreuses chroniques littéraires. Cet avertissement pour rassurer - un peu - ceux qui vont se dire, après avoir lu le livre, qu'un premier roman pareil n'est pas à la portée du premier venu. Tous les lecteurs, tous les cinéphiles, tous les amateurs de musique ont une fâcheuse tendance à essayer de situer le texte qu'ils lisent, le film qu'ils voient, la musique qu'ils écoutent par rapport à leur Panthéon personnel. J'avoue, je ne fais pas exception à la règle. Au bout de quelques pages, j'oscillais entre Dino Buzzati et Franz Kafka, ce qui n'est pas rien, mais ne dit finalement pas grand-chose sur le caractère remarquable de Gueules d'ombre

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