25 novembre 2022

Lucas Belvaux, Les Tourmentés : chasse à l’homme

 
Lucas Belvaux n’est pas un habitué des rayons polar des librairies. En revanche, il est bien connu des cinéphiles, puisque ce cinéaste, scénariste et acteur belge, a mis en scène une dizaine de longs métrages, des films pour la télévision, et joué pour un grand nombre de réalisateurs. Il a notamment co-écrit avec Jérôme Leroy le scénario du film Chez nous, qu’il a également réalisé. Un film sorti en salles en 2017, avec Émilie Dequenne, André Dussollier et Catherine Jacob, qui observe et analyse la transformation / dédiabolisation du Front National, futur RN…

Avec Les Tourmentés, Lucas Belvaux offre un roman étonnant à bien des égards : ses personnages singuliers, son intrigue racontée à plusieurs voix qui bénéficie de l’expérience du découpage et du sens du rythme qui caractérisent son travail de cinéaste, son style qui n’a rien à envier aux meilleurs auteurs de polars – nerveux, sobre, précis. Ce n’est pas gâcher la lecture que de dire qu’il y est question d’une chasse à l’homme, au sens littéral de l’expression. Mais pas une Chasse du Comte Zaroff bis, pas un roman d’aventure et d’épouvante. Dans le trio que composent les personnages principaux de cette histoire, qui est vraiment la victime, qui sont les bourreaux ? Voilà la question qui se pose au lecteur de façon de plus en plus dérangeante au fil du récit.

30 octobre 2022

Jakub Szamałek, "Tu sais qui" : le monde où l'on vit


Jakub Szamałek est un homme plein de ressources : diplômé de Cambridge en archéologie méditerranéenne, il est aussi l'un des principaux scénaristes du célèbre jeu vidéo The Witcher. Tu sais qui est son premier roman publié en France, il est aussi le premier d'une Trilogie du Dark Net et on va voir que l'homme a su contourner les principaux écueils auxquels s'expose l'auteur qui se risque à plonger dans l'univers de la technologie. Il sait éviter l'abus de vocabulaire technique imperméable au lecteur moyen, mais aussi les raccourcis réducteurs et les innombrables clichés qui affectent trop souvent ce genre de roman. Son avant-propos... concis annonce bien la couleur : "Ceci n'est pas un roman de science-fiction".

26 octobre 2022

Renaud S. Lyautey, "La Baignoire de Staline" : crimes et châtiments à Tbilissi


Renaud S. Lyautey,
diplomate, avait déjà publié en 2018 un roman écrit durant l'exercice de son mandat d'ambassadeur en Géorgie, Les Saisons inversées, qui se situait en Iran, où l'auteur avait également exercé. La Baignoire de Staline est hélas son second et dernier roman, puisque Renaud S. Lyautey est décédé prématurément quelques mois avant sa sortie, à l'âge de 55 ans. Et ce n'est pas "spoiler" que de dire qu'on regrette, égoïstement, de ne pas pouvoir lire ce qu'il aurait écrit par la suite, car La Baignoire de Staline est un de ces romans qui, franchissant allègrement la frontière entre le polar et le roman d'espionnage, nous offre les frissons et le dépaysement qu'ont pu nous procurer des romanciers comme Eric Ambler, Somerset Maugham voire Graham Greene. Tout en nous offrant une vision à la fois personnelle et lucide de la Géorgie, pays où il a vécu, travaillé, et auquel il était à l'évidence très attaché.

15 septembre 2022

Jurica Pavičić, l'interview en roue libre



Le nouveau roman de Jurica Pavičić, La femme du deuxième étage, vient de paraître (voir la chronique ici ). On lui souhaite ardemment le même sort qu'au premier, L'Eau rouge : un succès public et critique, et une pluie de récompenses. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce nouveau roman, écrit deux ans avant L'Eau rouge, suscite des interrogations. Jurica Pavičić a bien voulu prendre le temps de répondre à mes questions, merci infiniment à lui et à son éditeur.

14 septembre 2022

Jurica Pavičić, La femme du deuxième étage : pur roman noir, tragédie féministe


On attendait avec impatience le deuxième roman traduit en français du romancier croate Jurica Pavičić, auteur de L'eau rouge, (voir la chronique ici) paru en 2021 chez Agullo et récompensé par de multiples prix, en particulier le prix Le Point du meilleur polar européen et, tout récemment, le trophée Michèle Witta du meilleur roman non francophone décerné par 813. Dès aujourd'hui, vous pouvez trouver chez votre libraire préféré La Femme du deuxième étage, traduit par Olivier Lannuzel et, assurément, vous ne serez pas déçu. Surpris peut-être, ce qui est toujours une bonne chose : quand un auteur du calibre de Jurica Pavičić investit le genre qui lui est cher - le roman noir - il y a fort à parier que le résultat sera une réussite. La Femme du deuxième étage est donc un roman noir, qui se concentre sur le destin d'une femme croate, Bruna.  Paru en Croatie en 2015, il a été écrit deux ans avant L'Eau rouge

13 septembre 2022

Benoît Séverac, Le Tableau du peintre juif : quand un homme renaît de son histoire


Stéphane, 52 ans, est un homme à la dérive : il vient de perdre son entreprise de transports dans des circonstances dramatiques. Quelques années auparavant, le petit hôtel qu'il tenait avec son épouse Irène avait fait faillite. Il est en pleine déprime : sa femme n'en peut plus, ses filles non plus, mais comme elles ont toutes les deux quitté la maison, ça se voit moins. Il traîne à la maison pas rasé, pas lavé. Il ne se reconnaît plus, et Irène non plus. Il est bien loin, le temps où ils partageaient les discussions enflammées, les rires, les projets enthousiastes... Le couple vit dans une maison encore en travaux et pas encore payée près de Firminy, pas très loin de Saint-Étienne. Irène travaille, heureusement, mais son emploi de vendeuse dans un magasin de vêtements n'a rien d'exaltant et ne rapporte pas grand-chose. En réalité, tout est réuni pour que le couple se fracasse sur le mur de l'échec économique et des illusions perdues. 

Articles récents