29 janvier 2012

Ken Bruen, Delirium Tremens : la naissance d'un mythe

Avis à tous, je démarre un feuilleton... Il me faut bien une excuse pour vous reparler de Ken Bruen après la chronique si récente de son petit dernier, Calibre ! J'ai donc décidé de lire dans l'ordre la série des Jack Taylor. Et ça commence aujourd'hui, avec Delirium Tremens. Déjà, si vous l'achetez chez Virgin, vous verrez qu'il fait partie de leur sélection "101 polars cultes". Bon vous allez me dire que Virgin, ça n'est pas la Bible. En l'occurrence, je ne saurais leur donner tort. Il faut dire qu'ils n'ont pas pris beaucoup de risques sur ce coup-là, car ce roman est un vrai coup de poing au plexus.
Jack Taylor est un ancien flic, membre de la garda irlandaise. Ombrageux, il n'a pas pu s'empêcher d'écraser son poing sur le nez d'un ministre. Adieu la garda, bonjour la galère. Qu'est-ce qu'on peut bien faire à Galway quand on s'est fait virer de la police et qu'on est fan de romans noirs ? Pourquoi pas... détective? Et voilà, Jack Taylor est détective. A Galway. Là où déjà quand on est un ancien flic, on est un peu suspect. Alors pensez donc, détective...
"Un garda abstinent est considéré avec méfiance, quand ce n'est pas avec une totale dérision, à l'intérieur et à l'extérieur de la police." Et voilà, Jack Taylor est alcoolique. Mais pas l'alcoolo tranquille, car il ne cesse de se battre avec ce vieux démon, et il ne gagne pas toujours. Non, un alcoolo coupable, agressif, néanmoins bourré de principes. Flanqué d'un meilleur ami du nom de Sutton, un ex-barman tourné artiste, un drôle de type : "Il y a des gens qui vivent leur vie comme s'ils étaient dans un film. Sutton vit la sienne comme s'il était dans un mauvais film." Le dit Sutton est le tentateur permanent, celui pour qui si on ne boit pas d'alcool, on est un zéro. C'est aussi un type d'une violence extrême, pervers et capable d'à peu près tout, bref pas vraiment le meilleur ami qu'on choisirait, vous et moi. Eh bien Jack Taylor, si. Attention, il a aussi des amies : Catherine, la chanteuse de rock. Linda, la voisine employée de banque qui est aussi sa propriétaire. Et puis bientôt Ann, sa cliente dont la fille a fini noyée, qui ne veut pas croire au suicide et qui fait appel aux services du détective Taylor, qui a fini, de coup de bol en coup de bol, par se faire une petite réputation. Et puis j'oubliais le vieux Sean, père substitutif de Taylor, vieux barman et poète au cœur d'or. Et aussi la mère de Taylor, qu'il évite tant que faire se peut tant sa bigoterie et son hypocrisie lui donnent envie de gerber. Voilà le monde de Jack Taylor, celui dans lequel nous allons le suivre, à la recherche de la vérité sur ce suicide qui ne va pas tarder à être suivi par d'autres morts de jeunes filles. Et je vous prie de croire que nous n'allons pas nous reposer. D'hôpital psychiatrique en cimetière, de pub en hôtel minable, de trahisons en morts violentes, Taylor va finir par dénouer l'affaire. Et, par la même occasion, par découvrir à quel point l'humanité peut être noire. Sauf que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Et que Taylor, au bout du compte, va se retrouver avec dans la poche un peu de fraîche gagnée aux courses, et un aller simple pour Londres...

Dans Delirium tremens, Ken Bruen ne se contente pas de nous offrir sa propre littérature, ce qui serait déjà très bien. Il nous offre aussi celle qu'il aime. De Robin Cook à Jim Thompson, en passant par Thomas Merton, le moine écrivain, T. Jefferson Parker, George Pelecanos. De citations en exergues, on comprend de mieux en mieux Ken Bruen, et plus on avance dans son œuvre, plus on a envie de le suivre. Jamais l'adage "dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es" n'a été aussi justifié qu'avec Ken Bruen...  Très bien traduit par Jean Esch, Delirium Tremens est à la fois une douleur par sa noirceur et son pessimisme, et un délice par son style et sa faculté à construire un univers dans lequel on plonge tête la première.

Prochain épisode : Toxic Blues !

Ken Bruen, Delirium Tremens, traduit de l'anglais par Jean Esch, Gallimard - Existe aussi en Folio policier n°417

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