25 novembre 2012

Munitions de Ken Bruen, un roman noir qui tue

L'histoire commence début juillet 2005. Aussi précis que la mort, en l'occurrence celle d'Ed McBain, idole de l'inspecteur Brant. Eh oui, revoilà Ken Bruen. Nous sommes gâtés en cette rentrée 2012, un Jack Taylor + un R&B... Mauvaise nouvelle pour les amateurs, Munitions est le dernier volet des enquêtes de Roberts et Brant. Et on peut dire que Ken Bruen s'est offert un beau baroud d'honneur en guise d'adieu. Dans ce roman, les citations d'auteur qui d'habitude émaillent les pages des romans de Bruen se cantonnent aux exergues de chapitres. Et encore s'agit-il de citations de bandits et de mafieux plutôt que d'extraits de romans. Est-ce parce que McBain est mort ? Et la musique n'est pas très présente non plus... Du coup, le lecteur n'a plus le choix : il lui faut se concentrer sur les personnages. Ce qui n'est pas une corvée, loin de là!
Pour commencer, Brant l'affreux se fait canarder dans un pub où il est en train d'écluser un whisky avec Porter Nash, le flic gay aux costumes flashy et au diabète encombrant. Nous sommes au lendemain des attentats de Londres, l'ambiance est lourde. Du coup, le sort de l'inspecteur Grant passe au second plan derrière la course aux terroristes, pour laquelle on a fait venir un "spécialiste" américain, Wallace l'armoire à glace, qui a un peu tendance à mettre son nez partout. Personne ne se demande vraiment qui peut en vouloir à Grant au point de le dégommer en pleine journée : il a tellement d'ennemis à Londres que ça pourrait être à peu près n'importe qui: un flic, un truand, un mari jaloux, une femme délaissée... Qui va enquêter ? Porter Nash, ça va de soi, et aussi Hall, la fliquette black qui vient d'obtenir son grade de sergent, dans des conditions dont elle n'est pas trop fière.

On ne peut pas dire que l'enquête soit difficile : les soupçons portent très vite sur un trader de la City, dont le frère violeur a été arrêté par Brant. Les personnages sont en place pour un ballet délirant, chacun d'entre eux se débattant avec ses propres ennemis, une psychopathe et ex-amante tout juste sortie de prison pour Hall, l'abstinence et le diabète pour Nash. Les seconds couteaux eux aussi sont de sortie, notamment McDonald, le flic nul, véreux et camé jusqu'aux yeux qui, cette fois, va pousser le bouchon un peu trop loin. Ken Bruen s'amuse, nous livre l'origine fictive de son précédent roman, Calibre, et en profite pour balancer allègrement sur les pratiques des maisons d'édition. Dans Munitions, la mort elle aussi s'en donne à cœur joie, et si le ballet macabre concocté par Bruen garde le style absurde, nerveux et drolatique qu'on aime tant, il explose en vol, nous livrant de l'Angleterre contemporaine un portrait cruel et totalement pessimiste.

Ken Bruen, Munitions, traduit de l'anglais par Daniel Lemoine, Série noire Gallimard

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