Ken Bruen au Goéland Masqué en 2013 |
La nouvelle est tombée hier : Ken Bruen est parti. Il fait partie de ces auteurs que j'ai rencontrés tardivement, mais dont j'ai lu à peu près tout, histoire de rattraper un retard dont j'avais un peu honte. Depuis, il fait partie de ma vie, de ces auteurs dont on relit les romans, ou des passages, parce qu'ils appartiennent réellement à l'essence du roman noir, et sont la preuve, s'il en était encore besoin, que le style et la musique des mots, au-delà des intrigues et des enquêtes, habitent l'esprit des lecteurs au-delà de l'anecdotique, perdurant dans le temps, revenant à l'esprit au moment où on les attend le moins. Depuis plusieurs années, les romans de Ken Bruen n'étaient plus traduits en français, au grand dam de ses fans. Pas assez rentable… ou pas assez bien compris par ceux qui avaient la charge de porter ses livres vers leurs lecteurs, peut-être ? Quant à la série télé dérivée des enquêtes de Jack Taylor, les spectateurs français n'ont, à ma connaissance, jamais eu la chance de la voir.
Avec le temps, c'est vrai, les enquêtes de Jack Taylor ressemblaient de plus en plus à un chemin de croix. C'était justement leur nature même, depuis le début. Au fil des romans, Ken Bruen touchait à l'histoire passée et contemporaine de l'Irlande, à ce qui fait d'un homme (ou d'une femme) un Irlandais, avec ses contradictions, ses violences, ses excès, son mysticisme ou sa religiosité. Au fil des romans, Jack Taylor perdait progressivement ce qui lui était le plus cher. Aujourd'hui, Ken Bruen n'est plus. Ses éditeurs français lui rendront-ils hommage ? L'essentiel, c'est que ses lecteurs continuent à le faire vivre, à parler de lui avec tendresse. Car l'homme, en plus d'être un auteur remarquable, était aussi un homme délicieusement lucide, doté d'un solide sens de l'humour et d'un regard impitoyable sur le monde. Alors oui, nous autres lecteurs avons perdu un auteur précieux, et un homme rare.
Ken Bruen sur le Blog du polar