Ceux d'entre vous qui ont lu Hollywood Zero, Skeud ou Voyoucratie vont sans doute être aussi surpris que moi en découvrant le nouveau roman de Dominique Forma, Amor. Car Amor est ce que ses prédécesseurs ne sont pas, et vice versa. Dans les pages d'Amor, il n'y a pas de musique, pas de cinéma non plus. Pas d'auto-dérision, pas de gouaille. De l'ironie plutôt. Seuls rescapés, le sexe, l'amour, l'amor. Et le unhappy end.
Maximilien est prof d'économie. Ça vous pose un homme, mais ça ne lui suffit pas. Son blog, où il poste chaque jour ses réflexions et ses idées nouvelles, est relativement suivi, mais rien à faire, sa carrière ne décolle pas. Son maître à penser, c'est Alain Delgado, le penseur du moment, leader d'un think tank influent auprès du gouvernement. Heureusement qu'il a la belle Camille, sa femme au cul "africanisant", comme il dit. Avec laquelle ils se jouent des scénarios érotiques : elle joue la pute, la nympho, dans la voiture, sur le parking du supermarché. Parce qu'ils savent bien, eux, que le couple a un ennemi juré : la routine. Ils ont tout bien appris. Et puis il y a Yvan, six ans, leur petite merveille d'amour. Ces trois-là passent des vacances bien méritées dans une jolie maison avec piscine, du côté de Draguignan. Pas une luxueuse villa, mais quand même. Maximilien et Camille s'aiment. Ils entendent bien que ça dure et ils font tout pour ça.
L'actualité totalement subjective du roman policier et du roman noir, films, salons, rencontres avec des auteurs,...
27 avril 2015
18 avril 2015
Olivier Martinelli, "Quelqu'un à tuer" : l'histoire de l'histoire
J'avais beaucoup aimé La nuit ne dure pas, le roman d'Olivier Martinelli paru aux éditions 13e note en 2011, qui racontait avec beaucoup d'intelligence et d'émotion l'histoire d'un jeune groupe de rock. Olivier Martinelli change de registre, mais n'a rien perdu de son talent.
Arthur, 1990, Paris
Ignacio, 1934, Espagne
Arthur est jeune, musicien, parolier. Arthur aime Camille, qui le traîne derrière elle : Arthur, l'artiste en laisse. Un disque, un flop. Arthur aime Camille, Camille aime Arthur. Puis ne l'aime plus. Après tout, il ne l'aime plus non plus. Mais avec elle, il était, un peu, dans la vie. Sans elle, il n'y a plus qu'à lâcher prise, boire, boire. Et partir.
Arthur, 1990, Paris
Ignacio, 1934, Espagne
Arthur est jeune, musicien, parolier. Arthur aime Camille, qui le traîne derrière elle : Arthur, l'artiste en laisse. Un disque, un flop. Arthur aime Camille, Camille aime Arthur. Puis ne l'aime plus. Après tout, il ne l'aime plus non plus. Mais avec elle, il était, un peu, dans la vie. Sans elle, il n'y a plus qu'à lâcher prise, boire, boire. Et partir.
14 avril 2015
Pascal Dessaint, Le chemin s'arrêtera là, de rage en désespoir...
Oui, malgré le blues extrême qui vous saisit une fois la dernière page tournée, on espère que Pascal Dessaint va poursuivre ce chemin-là, qui mène au très beau, au très noir, au très juste. Pour ce nouveau roman, il a repris le mode narratif qu'il avait choisi pour son roman précédent, Maintenant le mal est fait (voir chronique ici). Des chapitres courts, écrits à la première personne par chacun des sept personnages qui composent cinq tableaux, et qui portent chacun un titre qui pourrait être celui d'une nouvelle ou d'un conte terrible. Six hommes, une femme. Et le nord, la mer, l'industrie en ruine, les vies en friche.
6 avril 2015
Val McDermid et Ian Rankin - QDP 2015
Avec quatre auteurs écossais invités, les Quais du polar ont fait la part belle au polar calédonien. La rencontre au sommet entre Val McDermid et Ian Rankin, animée par Michel Abescat, a été l'occasion d'un bel échange entre deux auteurs qui se connaissent et s'apprécient, un débat à bâtons rompus sur des sujets aussi différents que la nature du roman policier écossais et les résultats du référendum sur l'indépendance.
Qu'est-ce que se sentir écossais ?
VM : L'histoire est différente, la culture est différente, le mode de vie est différent, la politique est différente la langue est différente. Nous parlons anglais, mais différemment. La sensibilité aussi est particulière. On parle volontiers du "Caledonian antisizygy", cette dualité sur laquelle le poète Hugh Mac Diarmid a réfléchi et écrit. Et c'est vrai : nous sommes un peu schizophrènes : d'un côté une obsession pour la culpabilité, le travail, la défiance vis-à-vis du plaisir; de l'autre, un vrai sens de la fête, des histoires, de la boisson. Tout cela est rassemblé en nous, ce qui nous rend très différents des Anglais.
IR : Oui, bien sûr. Si vous parlez à des auteurs de polar écossais, ils vous diront qu'ils sont inspirés par des romans comme Dr Jekyll et Mr Hyde de RL Stevenson, ou bien Les confessions d'un pécheur justifié de James Hogg, des livres qui traitent de ces émotions conflictuelles. Le polar ne nous a pas forcément été enseigné par Agatha Christie ou Raymond Chandler, mais par des romans gothiques des siècles précédents. Mais si on écoute les enregistrements de Conan Doyle, dont on oublie souvent qu'il était écossais, on s'aperçoit qu'il avait un accent écossais très prononcé. Bien qu'il ait quitté l’Écosse dès qu'il l'a pu, ce qui est fréquent. Robert Louis Stevenson, lui aussi, a quitté l’Écosse très jeune. Comme Muriel Spark. Beaucoup partent, certains reviennent...
Qu'est-ce que se sentir écossais ?
VM : L'histoire est différente, la culture est différente, le mode de vie est différent, la politique est différente la langue est différente. Nous parlons anglais, mais différemment. La sensibilité aussi est particulière. On parle volontiers du "Caledonian antisizygy", cette dualité sur laquelle le poète Hugh Mac Diarmid a réfléchi et écrit. Et c'est vrai : nous sommes un peu schizophrènes : d'un côté une obsession pour la culpabilité, le travail, la défiance vis-à-vis du plaisir; de l'autre, un vrai sens de la fête, des histoires, de la boisson. Tout cela est rassemblé en nous, ce qui nous rend très différents des Anglais.
IR : Oui, bien sûr. Si vous parlez à des auteurs de polar écossais, ils vous diront qu'ils sont inspirés par des romans comme Dr Jekyll et Mr Hyde de RL Stevenson, ou bien Les confessions d'un pécheur justifié de James Hogg, des livres qui traitent de ces émotions conflictuelles. Le polar ne nous a pas forcément été enseigné par Agatha Christie ou Raymond Chandler, mais par des romans gothiques des siècles précédents. Mais si on écoute les enregistrements de Conan Doyle, dont on oublie souvent qu'il était écossais, on s'aperçoit qu'il avait un accent écossais très prononcé. Bien qu'il ait quitté l’Écosse dès qu'il l'a pu, ce qui est fréquent. Robert Louis Stevenson, lui aussi, a quitté l’Écosse très jeune. Comme Muriel Spark. Beaucoup partent, certains reviennent...
4 avril 2015
Denise Mina : l'interview en roue libre n°2 - QDP 2015
Restons en Écosse, avec Denise Mina, formidable romancière de Glasgow. Après la série des Paddy Meehan, avec son attachante héroïne journaliste, Denise Mina a commencé une série qui met en scène Alex Morrow, femme policier au caractère bien trempé (voir ici les chroniques et la première interview). Denise Mina est "cash", elle est aussi fougueuse que son écriture, et c'est pour ça qu'on l'aime...
Votre dernier roman paru ici s'appelle Des dieux et des bêtes, et c'est la deuxième enquête d'Alex Morrow. Comment avez-vous décidé de créer ce nouveau personnage de femme policier, Alex Morrow?
Je voulais une série policière avec un regard réaliste sur le crime, une attention portée plutôt sur les victimes que sur les enquêteurs et les criminels. Pour moi Alex Morrow était le personnage idéal. D'ailleurs, elle n'est pas tellement présente dans le livre. C'était une sorte d'expérience au départ, j'avais prévu quatre nouvelles. Et puis finalement il y a un autre livre, Red Road, qui sortira ici bientôt, et encore un autre que j'ai situé pendant la campagne pour l'indépendance en Ecosse, deux semaines avant le référendum. Avec une ambiance de colère et de conflit incroyable.
Je voulais une série policière avec un regard réaliste sur le crime, une attention portée plutôt sur les victimes que sur les enquêteurs et les criminels. Pour moi Alex Morrow était le personnage idéal. D'ailleurs, elle n'est pas tellement présente dans le livre. C'était une sorte d'expérience au départ, j'avais prévu quatre nouvelles. Et puis finalement il y a un autre livre, Red Road, qui sortira ici bientôt, et encore un autre que j'ai situé pendant la campagne pour l'indépendance en Ecosse, deux semaines avant le référendum. Avec une ambiance de colère et de conflit incroyable.
1 avril 2015
Ian Rankin, l'interview en roue libre - Millésime 2015 ! QDP 2015
Depuis la publication de Debout dans la tombe d'un autre (Le Masque - voir chronique ici) en automne dernier, j'attendais l'occasion de poser à Ian Rankin toutes les questions soulevées par le grand retour de John Rebus. Il était à Lyon, aux Quais du polar, le week-end dernier. Je l'ai arraché quelques minutes à ses nombreux fans. Et comme à son habitude, il s'est montré disert et passionnant, merci à lui. Voilà, c'est pour vous.
Quais du polar 2015 - Le poids de l'histoire
La question du poids de l'histoire dans le roman noir et le roman policier aboutit souvent à la question de la recherche, de la documentation. Avec des histoires différentes et des approches sensiblement variées, les quatre auteurs aboutissent à une conclusion comparable... Une table ronde animée par Françoise Monnet.
Avec Attica Locke, Yasmina Khadra, Michel Bussi et Tom Rob Smith
Attica Locke, auteure et scénariste américaine
Son dernier roman : Dernière Récolte, traduit par Clément Baude, Paris, Gallimard, Série noire,
Yasmina Khadra, auteur algérien
Son dernier roman paru : Qu'attendent les singes? Julliard
Michel Bussi, romancier français
Son dernier roman paru, Gravé dans le sable (Presses de la Cité) est en fait la réédition de son roman paru en 2007, Omaha Crimes
Tom Rob Smith, auteur anglais
Il est surtout connu pour la trilogie "Leo Demidow", qui se déroule dans la Russie post-stalinienne, et dont le dernier volume, Agent 6, a paru chez Belfond en 2013
Morceaux choisis...
Attica Locke : En 2004, j'ai assisté à un mariage mixte sur les lieux d'une ancienne plantation, une terre souillé du sang des esclaves, un lieu transformé en un véritable parc d'attraction, avec des cafés, des boutiques... C'est ce qui a inspiré mon dernier roman. Qu'est-ce qui a vraiment changé ? Il n'y a pas de lieu de mémoire pour les noirs américains, il y a véritablement un manque d'histoire.
Michel Bussi : Je n'ai pas d'ambition d'historien. Mais j'ai entendu, dans mon enfance, mes parents et ma famille me parler du débarquement. Ce qui m'a intéressé dans ce livre, c'est le regard sur l'histoire que portent les Normands.
Avec Attica Locke, Yasmina Khadra, Michel Bussi et Tom Rob Smith
Attica Locke, auteure et scénariste américaine
Son dernier roman : Dernière Récolte, traduit par Clément Baude, Paris, Gallimard, Série noire,
Yasmina Khadra, auteur algérien
Son dernier roman paru : Qu'attendent les singes? Julliard
Michel Bussi, romancier français
Son dernier roman paru, Gravé dans le sable (Presses de la Cité) est en fait la réédition de son roman paru en 2007, Omaha Crimes
Tom Rob Smith, auteur anglais
Il est surtout connu pour la trilogie "Leo Demidow", qui se déroule dans la Russie post-stalinienne, et dont le dernier volume, Agent 6, a paru chez Belfond en 2013
Morceaux choisis...
Attica Locke : En 2004, j'ai assisté à un mariage mixte sur les lieux d'une ancienne plantation, une terre souillé du sang des esclaves, un lieu transformé en un véritable parc d'attraction, avec des cafés, des boutiques... C'est ce qui a inspiré mon dernier roman. Qu'est-ce qui a vraiment changé ? Il n'y a pas de lieu de mémoire pour les noirs américains, il y a véritablement un manque d'histoire.
Attica Locke |
Michel Bussi et Attica Locke |
Quais du polar 2015, impressions
Les Quais du polar, c'est terminé pour cette année. 70 000 visiteurs, 30 000 livres vendus : côté chiffres, beau bilan. Côté expérience, une sensation d'abondance et de foisonnement plutôt agréable, opposée à un sentiment de frustration inévitable. Des dizaines de tables rondes et de conférences en plusieurs lieux magnifiques, et, revers de la médaille, l'obligation d'opérer à tout moment des choix cornéliens. Virginie Despentes ou Michael Connelly? Don Winslow ou Yasmina Khadra ? Val McDermid ou Nicolas Mathieu ? Autant de dilemmes insolubles, de cavalcades d'un lieu à l'autre, de départs précipités de peur de rater le début de la table ronde suivante, celle qu'on ne veut surtout pas manquer...
La Chapelle de la Trinité accueillait auteurs, lecteurs, mais aussi un "Murder Bal" |
Les marathoniens du polar ont arpenté pendant trois jours le "triangle d'or" du polar lyonnais, écouté leurs voisins raconter leurs expériences cocasses et leurs rencontres enthousiastes, les vieux briscards parler du bon vieux temps, celui d'avant le Palais du commerce où on pouvait tailler une bavette avec des auteurs moins nombreux mais plus disponibles. Prêté l'oreille à l'écoute d'auteurs moins connus malencontreusement placés auprès de stars du best-seller, et condamnés des heures durant à voir défiler devant leur table des files d'attente de lecteurs indifférents, obnubilés par leur Graal : la signature de la vedette. Et puis au final, un peu épatée quand même par la foule et l'enthousiasme de ces lecteurs venus de partout, une certitude : on reviendra l'année prochaine, malgré tout ce qui précède...
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