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21 août 2024

Frédéric Paulin, "Nul ennemi comme un frère" : le Liban, paradis perdu ?


Entre 1975 et 1977, j'habitais une petite rue entre Opéra et Madeleine. Des professionnelles de la profession y exerçaient leur métier à bord de leur Austin Mini, toute blondeur dehors. Il n'y avait pas encore de sex shop. En revanche, en face de chez moi, il y avait un bar où il nous arrivait d'aller prendre un verre le soir. Dorures, velours écarlate, marbre et stuc : une ambiance de cocon kitsch. Dans ce bar, il n'y avait - en-dehors de nous, les voisins jeunes et inconscients - que des hommes et quelques femmes qui arrivaient du Liban (chrétiens libanais ou français expatriés). Une atmosphère à la Modiano, des conversations sur le ton de la conspiration, beaucoup de mélancolie et de colère, parfois du désespoir, comme si ces êtres-là pleuraient leur paradis perdu. Peut-être y ai-je croisé un des personnages de Frédéric Paulin - Michel Nada, chrétien du Liban qui a choisi l'exil à Paris - ou le conseiller politique Philippe Kellermann, qui a grandi au Liban et travaille à l'ambassade. Ou des hommes qui leur ressemblaient, car bien sûr, ces personnages-là sont fictifs. A l'époque, ça n'est rien de le dire, les Français ne comprenaient rien aux "événements" du Liban. Et ne cherchaient pas à comprendre : trop complexe, trop douloureux… 

22 juin 2022

Le Goéland masqué : retour en force pour une vingtième édition réussie


Le
Festival du Goéland masqué, après deux ans d'absence forcée, a fait son grand retour à Penmarc'h (Finistère) le week-end du 4 au 6 juin dernier. Habituée en tant que visiteuse de ce moment festif depuis de nombreuses années, j'ai tout naturellement profité de mon installation près de Penmarc'h pour rejoindre les formidables bénévoles de l'association, et du même coup pour passer de l'autre côté du miroir. Rassurez-vous, je ne vais pas vous livrer les secrets de l'organisation d'un festival, juste constater avec vous que... c'est un sacré boulot, ce qui n'étonnera personne. Le Goéland masqué souffre de deux handicaps : il se tient traditionnellement le week-end de la Pentecôte, donc en même temps que Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, qui exerce une attraction irrésistible et naturelle pour auteurs et éditeurs. Le second handicap n'en est pas vraiment un : Penmarc'h est situé littéralement "au bout de la terre" : il faut faire l'effort d'y venir - mais les auteurs et les éditeurs qui viennent jusque-là ont tendance à y revenir. C'est bon signe ! La faute pêle-mêle à l'accueil chaleureux, aux paysages remarquables, aux langoustines savoureuses, aux bars de bord de mer et au soleil qui, une fois de plus, nous a fait l'honneur de sa présence.

Après deux ans de frustration, le Festival et ses organisateurs avaient hâte de retrouver leurs invités, auteurs et éditeurs, mais aussi le public. Pari gagné, les visiteurs étaient au rendez-vous, et les deux pôles "jeunesse" et "BD" ont trouvé un large public, tout comme les auteurs de polars qui ont pu rencontrer et échanger avec leurs lecteurs. Plus de 50 auteurs, dessinateurs et illustrateurs, une quinzaine de rencontres, des lectures, des ateliers, des prix, des animations, des concerts, des dîners au pied du phare ou au bord de l'idyllique plage de Pors Scarn : trois jours durant, le Goéland masqué a répondu aux attentes de ses visiteurs et fait la preuve que la littérature est un formidable point de rencontre.

5 mars 2020

Frédéric Paulin, La Fabrique de la terreur : face aux traumatismes

Avec La Fabrique de la terreur, Frédéric Paulin clôt sa trilogie consacrée aux réseaux terroristes. Après La Guerre est une ruse (2018 - voir chronique ici et interview là) et Prémices de la chute (2019 - voir chronique ici ), l'auteur nous amène en décembre 2010, à Sidi Bouzid, en Tunisie. Le jeune Mohamed - Tarek de son vrai prénom - est épicier ambulant. Pas par choix : à Sidi Bouzid, le travail se fait rare et Mohamed, qui a quitté le lycée en terminale, doit subvenir aux besoins de la famille. Mais pas à n'importe quel prix. Ce jour-là, Mohamed Bouazizi n'en peut plus : il a pris trop de claques, subi trop d'humiliations. Une bouteille de térébenthine, une allumette : c'en est fini des beignes, c'en est fini de la vie pour Mohamed Bouazizi, qui ne saura jamais ce que son geste va déclencher. Nous sommes début 2011, les printemps arabes en sont à leurs balbutiements. En Tunisie, les réactions au suicide de Mohamed Bouazizi sont immédiates et violentes. La colère est à son comble : "Ben Ali dégage!", tel est le mot d'ordre du printemps tunisien.

27 mars 2019

Frédéric Paulin, "Prémices de la chute" : de Roubaix à Manhattan

A peine Frédéric Paulin vient-il d'obtenir le Grand Prix du roman noir français et le Prix des lecteurs Quais du polar - 20 minutes pour La Guerre est une ruse (voir la chronique ici et l'interview ) que vous n'avez plus qu'à vous précipiter chez votre libraire préféré pour vous procurer Prémices de la chute, suite de La Guerre est une ruse, où il continue sa course, à la recherche de l'histoire, du passé, du présent et du futur... Autant le dire tout de suite : Prémices de la chute va vite, très vite. Et loin, très loin.

Entre Roubaix en 1996 et Manhattan en 2001, le terrorisme islamiste a pris un essor dramatique, et emprunté des voies aussi inattendues qu'effrayantes. "On ne se prépare pas à la guerre". C'est ainsi que commence le roman. Nous sommes dans le Nord, Lille, Roubaix, Tourcoing, Croix... Et les flics qui sont en train de se faire canarder ne sont pas préparés à la guerre. Le capitaine Joël Attia et le lieutenant Riva Hocq, de la PJ, sont dans leur voiture quand leur parvient l'appel du major Cardon. A quelques kilomètres de là, "des flics qui s'apprêtaient à contrôler une Audi se font arroser à l'arme de guerre." Attia fonce vers les lieux du combat : une résidence, au bout d'une avenue. La ville est calme, nous sommes dans la banlieue de Roubaix. Sauf là-bas, au bout de la rue; c'est le carnage, ça sent la poudre, il y a du sang par terre. Attia et Hock sont hébétés, effondrés, ils ne comprennent rien à ce qui est en train de se nouer devant eux.

16 septembre 2018

Frédéric Paulin, l'interview en roue libre

Le nouveau roman de Frédéric Paulin, La guerre est une ruse (voir la chronique ici), fait partie des événements de cette rentrée. Frédéric Paulin le dit lui-même, il est un raconteur d'histoire(s). Mais aussi un éveilleur de consciences et de mémoire. Son roman est emblématique de cette double vocation du romancier : j'ai voulu en savoir un peu plus. Voici donc l'interview en roue libre, merci à Frédéric Paulin pour cette rencontre.

Si on commençait par le titre, La guerre est une ruse, qui fait couler beaucoup d'encre?
Le titre de travail était en arabe. "Al Harb Khoudaa" : cela fait partie d'un verset du Coran qui peut avoir deux interprétations : la guerre est une ruse ou la guerre est un mensonge. En fait, cela signifie en gros que le mensonge n'est acceptable qu'en situation de guerre, sinon on n'a pas le droit de mentir et d'employer la ruse. Cette phrase, je l'ai découverte dans la bouche de Mohammed Merah en 2012 : après ses massacres de Toulouse, il est acculé dans son appartement, il essaie de négocier. Il déclare qu'il va se rendre le lendemain matin, et utilise cette phrase, mais en lui donnant un sens "basique", pour expliquer ses actions et ses manœuvres pour échapper aux autorités.  C'est cela qui m'a poussé à essayer d'en savoir plus.

6 septembre 2018

Frédéric Paulin, "La guerre est une ruse" : quand la littérature éclaire le monde

Premier auteur français publié par Agullo, Frédéric Paulin n'en est pas moins un romancier aguerri : connu par les amateurs de polars et de romans noirs, il a publié chez l'éditeur rennais Goater, chez Alphée, et, plus récemment, à la Manufacture de livres, un roman choc "engagé et écologique", La peste soit des mangeurs de viande. Nouvel éditeur, nouvelle dimension : La guerre est une ruse est le premier volet d'une ambitieuse trilogie, et s'il est un polar historique bien documenté, il est beaucoup plus que cela. 

De l'Algérie, on se demande souvent naïvement pourquoi ce pays souffre depuis des décennies des pires calamités, sans jamais aboutir au relatif développement économico-touristique de ses voisins du Maghreb. De la colonisation à la violence de la guerre d'indépendance, de la guerre civile à la corruption généralisée puis à l'intégrisme religieux et à ses avatars terroristes, plusieurs générations ont ainsi payé un lourd tribut en termes de misère économique, d'injustice sociale, de privation de libertés et de démocratie bafouée. 

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