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3 janvier 2021

Philip Kerr, Metropolis : un adieu en beauté


C'est la dernière fois que l'on commence l'année avec le nouveau roman de Philip Kerr... Dans Metropolis, Kerr a choisi de replacer son héros Bernie Gunther en 1928, en pleine montée du nazisme. Metropolis devient du coup le premier volume de la série dans son ordre chronologique, un événement qui prend valeur de symbole et de funèbre retour aux sources si l'on considère qu'au moment de l'écriture, Philip Kerr se battait contre la maladie qui allait l'emporter en mars 2018, à l'âge de 62 ans. 

Le jeune Gunther - il est né en 1896 - travaille alors à la préfecture de police de Berlin, au service des Mœurs. Drôle d'époque, drôle d'ambiance : l'esprit festif et décadent de l'après-guerre commence à vaciller face à l'avancée de la propagande nazie et la progression des partisans de Hitler qui, petit à petit, prennent leur place au sein de la police berlinoise. La République de Weimar n'en a plus pour longtemps. 


28 novembre 2019

Philip Kerr, "L'offrande grecque" : treizième enquête pour Bernie

Dans son dernier roman, Bleu de Prusse (voir chronique ici), Philip Kerr nous avait entraînés à la suite de Bernie Gunther à Berchtesgaden en 1939 pour l'enquête de tous les dangers... Nous retrouvons Bernie pour une treizième aventure : nous sommes en 1957, il est employé à la morgue d'un hôpital de Munich, il ronge son frein, rumine sa solitude. Aussi quand une vieille connaissance lui propose un emploi d'inspecteur dans la plus grosse compagnie d'assurances du pays, il n'hésite pas longtemps. Un bon salaire, une voiture de fonction, un emploi honorable... Bernie a 61 ans, il se dit qu'après tout, se ranger des voitures n'est peut-être pas une si mauvaise idée. Mais son destin en décide autrement, heureusement pour nous : c'est en Grèce que va l'entraîner sa première affaire, qui bien sûr va le mener bien au-delà d'une simple escroquerie à l'assurance. Ce deuxième ouvrage publié en français après la mort de Philip Kerr  est un roman puissant, au rythme impeccable, aussi intelligent qu'addictif (voir la chronique complète ici). 

Philip Kerr, L'offrande grecque, traduit par Jean Esch, Le Seuil

13 mai 2019

Philip Kerr, "Bleu de Prusse" : Bernie Gunther à la recherche du temps perdu

Bleu de Prusse est le dernier roman de son auteur paru en français depuis sa mort prématurée en mars 2018. Nous espérons pouvoir lire bientôt les deux derniers volets de la série, dont le tout dernier, Metropolis, vient de sortir en anglais. Bleu de Prusse est le 12e épisode de la série dont le héros, Bernie Gunther, a rendu Philip Kerr célèbre dans le monde entier. Les onze romans précédents nous ont promenés dans l'espace et dans le temps, de la veille de la Deuxième Guerre mondiale jusqu'à la fin des années 50, de Berlin à Cuba en passant par Prague, Zagreb ou Buenos Aires. Et aussi dans l'histoire mondiale, puisque l'une des marques de fabrique de Kerr est sa capacité à mettre le doigt là où l'histoire cache ses secrets les plus douloureux, et sa virtuosité quand il s'agit de mettre en scène de façon parfaitement fluide personnages réels et héros de fiction au cœur d'intrigues complexes, diaboliquement construites.

25 mars 2018

Philip Kerr, de l'émotion à la mémoire : morceaux choisis en forme d'hommage


Hier soir... Quel film regarder, vautrée au fond de mon canapé ? L'idée est venue toute seule, sans même que je la cherche vraiment. Les ailes du désir, de Wim Wenders. Berlin 1987, les anges parmi les humains, la mémoire, l'histoire, l'innocence perdue. Et ce vieil homme à la recherche de Potsdamer Platz, ce lieu autrefois si vivant au cœur de Berlin, devenu no man's land après la guerre, après le mur. Depuis le matin, Philip Kerr ne quitte pas mon épaule, comme le Bruno Ganz des Ailes du désir. Un bruissement d'ailes, l'impression d'une présence... Je n'ai jamais réussi à rencontrer Philip Kerr autrement que pour un échange de sourires, "bonjour, j'aime beaucoup ce que vous faites". Trop pris, trop pressé. Mais ses romans, et en particulier la série qui met en scène Bernie Gunther, font partie de ceux qui m'accompagnent et que je relis régulièrement. D'ailleurs, ce qu'on appelle la "trilogie berlinoise" faisait partie des premiers posts de ce blog. Une série qui compte désormais onze volumes disponibles en français, bientôt douze avec la publication en mai au Seuil de Bleu de Prusse, et, espérons-le, de la traduction de Greeks Bearing Gifts, qui sort en anglais dans quelques jours. En novembre 2013, Philip Kerr était l'invité du salon Paris Polar. Comment mieux lui rendre hommage  qu'en lui laissant la parole?

3 décembre 2013

Paris Polar 2013 : Polar, mémoire et politique avec Philip Kerr, Michael Mention et Qiu Xiaolong

Table ronde animée par Mikaël Demets et Clémentine Thiébault
 
La ville change en fonction de l'époque, la langue que vous utilisez porte les stigmates de l'histoire. Par exemple, chez Philip Kerr, les noms des rues changent à Berlin. Mëme chose à Shanghaï pour Qiu Xialong, une ville qui change à toute vitesse.
Philip Kerr : Je suis allé souvent à Berlin, qui est très différent du reste de l'Allemagne. C'est une ville très indépendante, très difficile. Un peu comme Londres est très différent de l'Angleterre ou comme la province   regarde Paris avec un peu de détresse. Hitler haïssait les Berlinois, il s'en méfiait, comme le Kaiser. C'est cela qui fait qu'une ville est grande : son indépendance d'esprit. Souvent, les Américains viennent à Paris et ils s'exclament : "Oh, ils sont si grossiers...". Moi je dis "Fantastique. Allez vous faire foutre, si vous n'êtes pas capables d'aimer une des plus belles villes du monde." C'est comme Londres, c'est une ville difficile, où les gens n'ont pas le temps... C'est à l'individu de s'entendre avec la ville, pas le contraire.

Philip Kerr

24 novembre 2013

Paris Polar 2013 en images (suite)

Les lieux du crime... à la mairie du XIIIe


Remise du Prix 813 à Olivier Truc pour "Le dernier Lapon"

Sam Millar répond aux questions de Hervé Delouche





Table ronde avec Philip Kerr, Michael Mention et Qiu Xiaolong




Philip Kerr et Michael Mention

26 février 2012

Un tango peut en cacher un autre avec "Une douce flamme" de Philip Kerr

Le troisième volume des aventures de Bernie Gunther est enfin paru en livre de poche. Après la fameuse Trilogie berlinoise et La mort entre autre voici le personnage fétiche de Philip Kerr qui débarque en Argentine dans les années 50 alors que le couple Juan et Eva Peron font la pluie et aussi le beau temps dans un pays qui s'est révélé une terre d'accueil pour les nazis en goguette après la chute du régime hitlérien. Ce livre de 562 pages est en fait conçu en trois parties. On commence par une enquête sur un prétendu serial killer dans les années 30 à Berlin, probablement les meilleurs passages du texte, la reprise et le dénouement de l'enquête en 1950 en Argentine et  enfin les 150 dernières pages destinées à dénoncer des pratiques scandaleuses des dirigeants locaux envers des réfugiés juifs en Amérique du sud.

2 octobre 2011

Une tranche de livres

Est ce que vous avez déjà remarqué que lorsqu'on attaque un livre assez gros et que l'on se sert d'un marque page pour ne pas perdre le fil on a tendance à jeter un œil sur la tranche du haut avant de le reposer pour voir où on en est ?

5 juillet 2011

Attention, un nazi peut en cacher un autre!

Philip Kerr est un auteur de polars qui n'hésite pas à aborder l'histoire de l'Allemagne nazie sans complexe à travers les aventures d'un ex-commissaire de police devenu détective privé après un passage éclair chez les SS. Après le succès de la Trilogie berlinoise (voir chronique) au cours de laquelle on assistait à la montée et à la chute du IIIe Reich, avec La mort, entre autres c'est au tour des chasseurs de nazis de l'après-guerre (à la veille des années 50) de faire leur entrée dans cette galerie de portraits d'un réalisme parfois déconcertant. L'auteur fait notamment parler ses protagonistes comme on devait certainement s'exprimer en ces temps troubles, utilisant parfois un langage cru ou des situations qui seraient certainement montrées du doigt chez nous par les associations procédurières qui épluchent littérature et autres créations artistiques. Philip Kerr est aussi un véritable écrivain "noir" à la manière des grands aînés d'Outre-Atlantique. Son écriture linéaire est particulièrement plaisante à lire puisqu'il nous place dans la peau de son personnage qui raconte ses péripéties au fur et à mesure du déroulement de l'histoire, ceci à la première personne.

Dans ce roman palpitant, il sera question de manipulations, d'identités volées et de complots longuement mûris puis mis en œuvre par des personnages prêts à tout pour le progrès de la science, quitte à sacrifier des vies humaines sans le moindre scrupule, même s'il s'agit de celles d'anciens tortionnaires nazis. Comme d'habitude, Philip Kerr mélange fiction et réalité, ce qui place ce roman entre le documentaire et le polar traditionnel avec sa cohorte de grosses brutes, de femme fatales, de belles autos et de coups de feu dans la grande tradition du roman noir, sans oublier la petite touche d'humour que tout détective digne de ce nom se doit d'avoir. Soyez certain que Bernie Gunther aura un jour sa place dans le Panthéon des grands personnages marquants de l'histoire du polar... Si ce n'est déjà fait !

Philip Kerr – La mort, entre autres – Traduit de l'anglais par Johan-Frederik Hel Guedj – Le Livre de poche

24 avril 2011

Philip Kerr - La trilogie berlinoise, l'Allemagne des années 40 à la sauce polar

Je ne vous étonnerai pas en vous apprenant que cette trilogie est composée de... trois romans. Philip Kerr est un auteur anglais né en 1956 à Edimbourg. Cette suite de romans noirs sortis entre 1989 et 1991 se passe bien sûr à Berlin et a pour héros Bernhard Gunther, successivement détective privé et flic. Philip Kerr a choisi de situer ses romans entre 1936 et 1947 : c'est dire que le contexte historico-politique est d'une importance capitale dans ses histoires. Son passé d'ancien journaliste l'a sans aucun doute aidé à reconstituer de manière magistrale la vie à Berlin, de la décadence à la débâcle, avec ses bons (rares), ses méchants (nombreux), et tous ceux qui n'entrent dans aucune de ces catégories, comme c'est souvent le cas dans la vraie vie ! Hommes et femmes, leurs veuleries, leurs faiblesses mais aussi leur courage, font de l'univers de Kerr un théâtre d'ombres d'une rare subtilité. L'auteur, en osant aborder par le roman noir une période et un lieu dont il est difficile de parler si l'on n'est pas historien, réussit le tour de force de nous plonger dans l'incompréhensible, en nous montrant comment l'indicible peut advenir, comment des hommes a priori ordinaires se retrouvent acteurs d'une tragédie, comment des êtres monstrueux se retrouvent aux commandes d'un pouvoir abominable, comment des idées a priori impensables peuvent devenir l'idéologie dominante. Kerr n'excuse rien, bien au contraire, mais il montre comment des conditions de crise économique et politique peuvent amener un pays hautement civilisé au-delà de la barbarie. Ca fait peur, et pas seulement rétrospectivement...

Le premier volume, L'été de cristal, se déroule en 1936, juste avant les Jeux olympiques de Berlin de sinistre mémoire. Gunther est chargé de résoudre le meurtre de la fille et du gendre d'un riche industriel, morts dans un incendie criminel. Dans ce roman, il perd la femme qu'il aime, Inge, dans des conditions bien troubles.

Le deuxième roman, La pâle figure, se passe en 1938, au moment de la Nuit de cristal. Gunther y a fort à faire puisqu'il doit à la fois résoudre une affaire de chantage, débusquer un tueur en série et faire face à la mort de son partenaire.

Le troisième livre, Un requiem allemand, est situé après la guerre, en 1947, à Berlin mais surtout à Vienne. Berlin en ruines, Vienne en proie à la corruption et aux trafics, aux manoeuvres et aux trahisons. Gunther, que l'on retrouve (mal) marié et plus seul que jamais, est confronté aux prémices de la guerre froide, aux manoeuvres soviétiques... et a bien du mal à faire la part des choses

Gunther est un personnage qui s'apparente aux Philip Marlowe et Sam Spade de la grande époque du roman noir américain : ce n'est pas un héros, mais il défend ses principes. Cousin de Marlowe donc, avec une différence de taille : là où Marlowe se coltine avec de vieux généraux, de vulgaires malfrats et des femmes fatales, Gunther a affaire à des protagonistes nommés Himmler ou Goering... A noter, une scène d'anthologie où le détective passe un moment chez rien moins que Goering, occupé à câliner son lionceau préféré...

Quant au style de Kerr, il est précis et délectable. Là encore, un peu de Chandler dans sa capacité à trouver la comparaison qui tue, la réplique qui fait mouche, l'analogie saisissante. Une virtuosité qui rend les romans faciles à lire malgré la lourdeur et la noirceur du contexte.


Extraits

L'été de cristal
"Un escalier à double volée aux rampes d'un blanc immaculé conduisait aux étages, et du plafond pendait un lustre plus grand qu'une cloche de cathédrale et plus clinquant qu'une boucle d'oreille de stripteaseuse. Je pris mentalement note d'autmenter mes tarifs."
"- (...) Ca fait plus d'un an et demi que je ne l'ai pas vu. Et si jamais vous le trouvez, vous pourrez lui dire qu'il n'a pas intérêt à venir me chercher. Il est aussi bienvenu ici que la queue d'un Juif dans le cul de Goering. Et vous aussi, d'ailleurs.
Ce sont ces petites démonstrations de courtoisie et d'humour délicat qui font tout l'intérêt de ce métier."

La pâle figure

"Je ne suis pas un chevalier blanc. Je suis juste un type usé, debout dans un coin de rue dans son pardessus froissé, avec une vague notion de ce qu'on appelle, osons le mot, Moralité."
"Je sombrai dans le sommeil et mes cauchemars m'emportèrent au grand galop à la rencontre d'hommes-bêtes, de prédicateurs de la mort, de juges rouges et de toute la lie écartée du paradis."

Un requiem allemand

"Avec ses six millions d'habitants, l'Autriche n'était guère plus que le mégot d'un très gros cigare. Et le Ring que j'arpentais étais moins un anneau qu'une couronne funéraire."
"Les Viennois n'aiment rien autant qu'être douillettement installés (...) Je ne me sentais pas mal à l'aise, au contraire. Mais j'éprouvais le même genre de bien-être qu'on doit ressentir après avoir été embaumé, couché dans un cercueil plombé et remisé dans un des mausolées de marbre du cimetière central."

Philip Kerr - La trilogie berlinoise - trois romans traduits de l'anglais par Gilles Berton - Le Livre de poche

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