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15 juin 2023

Le Goéland Masqué 2023 : journal d'un festival sous le signe des belles rencontres

Déjà trois semaines que le 21e Festival International du Goéland Masqué de Penmarc'h a baissé le rideau. Cette année encore, toute l'équipe s'est attachée à offrir un plateau aussi prestigieux que divers : une soixantaine d'autrices et auteurs étaient au rendez-vous, et de nombreux éditeurs avaient également fait le déplacement.



Une fréquentation stable malgré un temps estival, des auteurs et des éditeurs satisfaits, des libraires contents, des animations et des lectures qui ont fait le plein auprès d'un public toujours avide de découvertes, une équipe de bénévoles épuisés mais heureux. Que demander de plus !

Pour remédier au célèbre "blues" post-festival, voici l'album souvenir de cette édition 2023, jour après jour, en images et en mots attrapés au vol... 

Dans quelques jours, vous pourrez retrouver les vidéos des tables rondes sur le site du Goéland Masqué. Un grand merci aux vidéastes et photographes qui ont œuvré pendant le festival.

3 juin 2018

Le Goéland masqué 2018 : du noir sous le ciel bleu

C'est traditionnellement pendant le week-end de la Pentecôte que le Goéland masqué déploie ses ailes et réunit à Penmarch' les auteurs de polar français et étrangers qui ont eu la bonne idée d'accepter l'invitation de ce festival à la fois familial et passionné. Ceux qui y viennent y reviennent souvent.

Moi aussi... Quelques photos souvenir de l'édition 2018, particulièrement réussie, avec des invités de qualité et une météo de rêve...

Vous pouvez retrouver ici les enregistrements des tables rondes.

Roger Hélias, président d'honneur de l'association, en compagnie de Claude Mesplède pour l'inauguration. Avec un hommage ému à Jean-François Coatmeur et Firmin Le Bourhis, récemment disparus.

Hervé Delouche avec Patrick Pécherot et Romain Slocombe
Cathi Unsworth en pleine séance de dédicace
Patrick Raynal et Chris Offutt
Marin Ledun


Nicolas Jaillet     
Sans oublier, à deux pas de là...

23 mai 2016

Le goéland masqué 2016 : une réussite, contre vents et marées !

Le week-end dernier, le Goéland masqué déployait ses ailes pour la 16e fois, sous la houlette du Président de l'Association, Roger Hélias, et avec toute l'énergie mise en œuvre par une formidable équipe de bénévoles. Le thème choisi, "Polar et rock", a fait l'objet de plusieurs tables rondes, mais aussi de concerts particulièrement appréciés dans les différents sites partenaires du festival. Un retour en images sur une manifestation qui, malgré des défections de dernière minute, a su conserver toute son énergie et offrir aux visiteurs un programme riche, original et festif. Une raison de plus pour réserver votre week-end de Pentecôte 2017 : si Penmarch' est au bout du monde, pour certains, c'est surtout un lieu magnifique, un bord de mer dont certains festivaliers savent profiter - je pense à certaine éditrice qui s'est offert une petite baignade en mer, elle se reconnaîtra - et surtout un festival ancré dans son territoire mais ouvert au monde et où les auteurs sont accueillis et choyés, en famille en quelque sorte ! A saluer aussi, la fidélité des collectivités et des instances politiques locales qui, clairvoyantes, renouvellent leur confiance à une manifestation qui a su se faire une place bien à elle parmi les nombreux festivals de polar.

La table ronde inaugurale, Polar et rock, avec Roger Hélias, Hervé Delouche, Michel Embareck et Dominique Delahaye (au moment de la photo, Serguei Dounovetz n'était pas encore arrivé...) au bar Try Men de Saint-Guénolé

Michel Embareck et Dominique Delahaye

Roger Hélias et Hervé Delouche

Patrick Raynal donne l'exemple.

Michel Embareck et Serguei Dounovetz

Leye Adenle

L'inauguration et la remise du prix du premier roman par Jean-Bernard Pouy à Sophie Hénaff (absente pour cause... d'accouchement) représentée par Stéfanie Delestré (Albin Michel) pour "Poulets grillés"

L'inauguration et la remise du prix du premier roman
La dictée noire de Marin Ledun (photo (c) Le Goéland masqué)

Penmarch', le phare d'Eckmühl


Penmarch', la plage. Et le ciel bleu

22 novembre 2015

Paris polar 2015 : le festival parisien vous attend !

Comme tous les ans à la même époque, la mairie du XIIIe accueille le festival des littératures policières. Cette année, la façade arbore, en plus de l'affiche du festival, une banderole "Fluctuat nec mergitur" de circonstance. Les auteurs sont au rendez-vous, les tables rondes aussi. Il vous reste la journée de dimanche pour venir les rencontrer, les écouter, leur parler. Le programme est ici. Les auteurs invités : Henri Bonetti, Thomas Bronnec, Hervé Claude, Didier Decoin, Benjamin Guérif, Marin Ledun, Jérôme Leroy, Dominique Manotti, Nicolas Mathieu,  Léna Mauger, Bernard Minier, Colin Niel, Carlos Salem, Dominique Sylvain, Martyn Waites, Eric Yung et de nombreux photographes et illustrateurs. Jolie affiche ! 

Cet après-midi, Julien Védrenne animait une table ronde baptisée "Polar et politique", qui réunissait Nicolas Mathieu, Marin Ledun et Carlos Salem. Morceaux choisis.  
Nicolas Mathieu, Marin Ledun, Julien Védrenne et Carlos Salem

         

18 février 2014

Marin Ledun, l'interview en roue libre

Marin Ledun vient de publier chez Ombres Noires LE roman de ce début d’année (voir la chronique ici), salué un peu partout comme sa plus belle réussite.  Un sujet pas facile, un traitement magistral, une écriture de plus en plus maîtrisée : L’homme qui a vu l’homme est un tournant dans la carrière de l’auteur. C’était vraiment le moment de le rencontrer, non ? Merci à lui.

Entre roman politique, roman partisan  et roman engagé, comment vous situez-vous ?
J’écris du roman noir. Et pour moi le roman noir, c'est l'inverse d'un roman engagé. C'est forcément un roman politique puisque ça parle du monde dans lequel on vit. Surtout dans mon cas, puisque je traite de sujets plutôt contemporains.

12 janvier 2014

Marin Ledun, L'homme qui a vu l'homme : polar politique ou cri d'alarme ?

Retour en force de Marin Ledun avec ce roman puissant, dur et franchement pessimiste. Habitué des sujets contemporains, il nous plonge cette fois dans une réalité  historique : la question basque. Quoi de plus complexe que les problématiques indépendantistes ? Qu'elles soient corse, bretonne ou basque, les choses ne sont jamais clairement délimitées, le bien et le mal se rient des frontières, franchissent allègrement les limites qu'on voudrait leur fixer. Et Marin Ledun se saisit avec vigueur d'un sujet difficile.
C'est en 2011 que l'ETA met officiellement fin à son action armée. Le roman, lui, commence en 2009, par un chapitre époustouflant où l'on sent que Marin Ledun a apporté un soin tout particulier à l'écriture. Il raconte. Avec des mots sobres, faits pour donner au lecteur l'image, le son, la douleur, la peur. Des phrases efficaces, descriptives, en mouvement. La scène d'ouverture est décrite avec précision; l'homme qui va disparaître a peur, il est seul contre cinq. Il n'a pas une chance. Ces hommes-là en veulent-ils à la valise bourrée d'argent qu'il transporte ? Ou est-ce plus compliqué que cela ? Jokin Sasko, la trentaine, est enlevé, séquestré, brutalisé, terrorisé.

11 mai 2013

Avec No more Natalie, Marin Ledun s'offre Hollywood à boulets rouges

Natalie Wood, star mythique du cinéma américain, héroïne de West Side Story, partenaire de Warren Beatty dans La Fièvre dans le sang de Kazan, de James Dean dans La fureur de vivre de Nicholas Ray... Morte noyée en 1981, à l'âge de 43 ans, dans de très troubles circonstances alors qu'elle était à bord du yacht de Robert Wagner, son mari (épousé 2 fois) en compagnie de Christopher Walken. Natalie Wood donc présente toutes les caractéristiques propices à la naissance d'un mythe. Belle, à la fois sensuelle et fragile, innocente et perverse, on comprend qu'elle suscite chez un auteur le désir d'aller plus loin, de connaître la vérité sur cette mort absurde, et, plus largement, de faire un peu de lumière sur les milieux hollywoodiens qui font rêver les midinettes. Marin Ledun s'est jeté tête la première dans cette entreprise, qu'il mène à bien dans les soixante pages de cette novella où il se met dans la peau de Robert Wagner, comédien en perte de vitesse obligé, pour maintenir un niveau de vie à la hauteur de ses ambitions et des besoins de Natalie, de tremper jusqu'au cou dans des trafics de drogue, avec la complicité de Christopher Walken, présenté ici sous un jour édifiant, qui révoltera sans aucun doute les nombreux fans de l'acteur.

13 octobre 2012

Marin Ledun, Dans le ventre des mères : avis mitigé, mais à regrets...

Je suis en colère. Comme beaucoup d'entre vous, j'aime beaucoup Marin Ledun. C'est dire si j'avais hâte de lire son dernier roman, Dans le ventre des mères. Je viens de le terminer, et je ne suis pas convaincue. Dans le ventre des mères s'inscrit dans la lignée de Marketing viral, dont il est en quelque sorte une suite (même si vous n'êtes pas du tout obligé d'avoir lu le premier pour lire le second). Il se situe donc dans la veine des thrillers de science/politique/fiction, style où Marketing viral tient une place bien particulière. On retrouve dans Dans le ventre des mères les personnages du scientifique, Nathan, et de la femme victime/cobaye, Laure. Mais Marin Ledun a décidé de changer de perspective, car cette fois, c'est le flic chargé de l'enquête qui prend la parole, et non plus le scientifique. Ce qui change tout...

17 juillet 2012

"Luz", de Marin Ledun : un roman noir et initiatique pour ados

Avec Luz, paru dans la collection jeunesse "Rat noir" de Syros, dirigée par Natalie Beunat et François Guérif, Marin Ledun offre aux adolescents un roman qui ne les prend pas pour des imbéciles. Luz a 14 ans, ses vacances d'été viennent à peine de commencer. Elle est restée dans la maison familiale, où la journée se déroule mollement après le repas. Les adultes - les hommes en tout cas - sont un peu éméchés. Luz vient d'enfiler son beau maillot de bain tout neuf quand l'ami de la famille, le répugnant Vanier, vient lui témoigner sa sympathie d'un peu trop près. Il n'y a qu'une chose à faire : filer, là-bas, vers la rivière, rejoindre peut-être ses sœurs qui sont déjà parties avec leurs petits copains, se libérer de ce carcan poisseux des dimanches après-midi en famille.

29 février 2012

Marin Ledun, auteur, témoin et combattant

Marin Ledun fait partie de mes auteurs préférés, parce qu'il observe, analyse, se révolte et finalement raconte le monde à travers des romans terriblement noirs, mais terriblement visionnaires. Comme en plus il sait construire ses intrigues, surprendre et passionner ses lecteurs tout en maniant la langue avec passion, nervosité et élégance, j'avais très envie d'en savoir un peu plus et de lui poser quelques questions. C'est chose faite, et voici ses réponses. Merci à lui.

Photo Jean-Bernard Nadeau, agence Opale

Né en 1975, Marin Ledun est romancier. Il a déjà publié sept romans noirs, dont Les visages écrasés (Trophée 813 du meilleur roman francophone 2011), Modus Operandi (Prix Plume libre 2008), La Guerre des vanités (Prix Mystère de la critique 2011) et Zone Est. Il écrit également des pièces radiophoniques pour France Culture.

Lire la chronique des Visages écrasés 
Lire la chronique de Modus Operandi 

13 novembre 2011

Marin Ledun remporte le prix 813 pour "Les visages écrasés"


C'est aujourd'hui à Lamballe, à l'occasion du Salon du polar, que l'association "813" (association des amis des littératures policières" a remis son prix du roman francophone à Marin Ledun pour Les visages écrasés (Seuil). Bravo à lui et à 813, nous n'aurions pas mieux fait! (voir notre chronique ici).

24 septembre 2011

"Les visages écrasés", de Marin Ledun . Comme disait Jean Seberg : "Qu'est-ce que c'est, dégueulasse?"

Je travaille près du Stade de France, à Saint-Denis. L'année dernière, on a vu sortir de terre un bel immeuble bien propre et bien rutilant. Le fameux immeuble "anti-suicide" de France Telecom/Orange, celui dont on a parlé dans les gazettes. Impossible d'ouvrir les fenêtres, impossible d'aller sur les terrasses, impossible de franchir les balustrades : le bonheur, quoi. Depuis, ce n'est pas sans un certain malaise que je regarde de l'autre côté de la place des Droits de l'homme (ça ne s'invente pas...). Alors j'ai un peu hésité avant d'ouvrir le roman de Marin Ledun, Les visages écrasés. Parce que tous les jours, je croise des femmes et des hommes qui vont travailler dans ce lieu où ils sont si bien protégés...

Les visages écrasés est écrit à la première personne par le docteur Carole Matthieu, médecin du travail de son état. Et je vous le dis tout de suite parce que Marin Ledun le dit tout de suite : c'est elle l'assassin. Enfin... On n'est pas dans un roman policier comme les autres. Il y a bien un flic, Richard Revel, plutôt sympathique, mais s'il mène l'enquête, ce n'est pas vraiment lui qui va découvrir le coupable. Il y a bien des suspects, mais il y a surtout des victimes, et toutes ne sont pas mortes. Ce roman, c'est plutôt une tragédie qu'un polar, au bout du compte.

Donc Carole Matthieu vient d'abattre Vincent Fournier, salarié au bout du rouleau, avec son Beretta. Et ce n'est que le début de la mission que s'est assignée Carole, quadra accroc aux amphétamines de toutes sortes et déversoir de toutes les douleurs du centre d'appels où elle exerce. Restructurations, plan social, management à la schlague, harcèlement, mise au placard : on dirait que toutes les calamités de l'entreprise d'aujourd'hui se sont donné rendez-vous là, telles des Harpies déléguées par notre société libérale pour transformer le monde du travail en un enfer sur terre. Carole vit seule, elle a une fille qui vit sa vie ailleurs mais à laquelle elle n'a pas donné l'amour qu'elle aurait dû. Carole est coupable de cela, mais aussi de tous les désespoirs qui au quotidien viennent s'épancher dans son cabinet, et qu'elle essaie de soulager avec ses pauvres armes. Carole est arrivée au bout de ce qu'elle pouvait supporter, elle ne peut plus être le vaillant petit soldat qui essaie de vaincre le dragon avec un couteau à beurre. Carole doit aller jusqu'au bout de sa douleur et de sa révolte. Seule.

Vous l'avez compris, Les visages écrasés n'est pas un roman qu'on lit pour se détendre. Mais c'est un livre salutaire, lucide, révolté, écrit avec du sang, de la sueur et des larmes, sans pathos. Le suspense est bien là, mais pas où on le trouve habituellement. Le coupable n'est pas le grand méchant qu'on va débusquer, le coupable, c'est nous... Le style de Marin Ledun est en parfaite adéquation avec son propos : sec, expressif voire expressionniste, accusateur sans démagogie, empathique sans mièvrerie. Les scènes où l'action s'accélère sont écrites sur le mode essoufflé, on se laisse happer par l'angoisse et la fureur, jusqu'à se trouver essoufflé aussi. Et si on ferme les yeux, à la fin, c'est la dernière scène d'A bout de souffle qu'on voit se dessiner derrière nos paupières. "Qu'est-ce que c'est, dégueulasse ?"
Marin Ledun, Les visages écrasés, Le Seuil

18 août 2011

Caryl Férey, Marin Ledun, Marcus Malte, Christian Roux : des textes à écouter sur France Culture !

A la demande de France Culture, Caryl Férey a monté une opération "textes mis en onde" l'année dernière. Je sais, c'est un peu tard. Oui, mais non ! Vous pouvez toujours écouter ces textes en podcast. C'est là que ça se passe ! 

14 août 2011

Marin Ledun, " Modus operandi" : coup d'essai, coup de maître


Quand je fais la connaissance d'un auteur (je sais, il était temps...), j'aime bien commencer par le commencement. Alors tant pis pour l'actualité, je lirai de toute façon très bientôt les Visages écrasés et vous ne couperez pas à une chronique. Pour l'heure, c'est Modus Operandi que je viens de refermer. Curieuse coïncidence : l'histoire se passe à Grenoble, comme le roman de Thierry Crifo dont je vous ai parlé il y a quelques semaines. Grenoble n'a pas de chance : Crifo écrivait : "Je ne peux plus sacquer cette ville". Marin Ledun renchérit : "Cette ville pue la mort." Amis Grenoblois pardon ! Et pourtant, en dépit de tant de haine, il semble que Grenoble inspire les auteurs de talent, car Modus Operandi est un grand livre, un premier roman vraiment impressionnant et audacieux.

Eric Darrieux est flic. Et il n'est pas au meilleur de sa forme. Il boit comme un trou, souffre de douleurs dorsales qui ne cèdent qu'à la morphine que lui dispense gentiment une collègue compréhensive, vit loin de sa femme et de ses deux filles qui préfèrent se protéger des effets collatéraux engendrés par le métier du "chef de famille". Darrieux partage le peu de temps libre qui lui reste entre les bars et son petit appartement impersonnel, mal tenu. Le frigo est vide, mais pas les bouteilles de whisky... Pour tout arranger, des pré-adolescents se mettent à disparaître dans le quartier de son enfance. La police ne s'inquiète pas plus que ça : les gamins sont à l'âge des fugues. Darrieux, lui, a un funeste pressentiment. Il démarre sa propre enquête, sans l'appui de ses collègues qui ont d'autres chats à fouetter. Et là, c'est la plongée dans un passé qui n'a pas laissé que des bons souvenirs à Darrieux. Il enquête dans le collège des enfants, que lui-même a fréquenté quelques annnées plus tôt, et dans son vieux quartier des Eaux claires, où habitent les disparus. Et il tombe sur des coïncidences qui ne lui plaisent pas beaucoup. Entre deux piqûres de morphine et une bouteille de whisky, il met le nez là où il ne faudrait pas, et on le lui fait bien sentir... A part sa collègue Catherine, Darrieux est bien seul dans son combat contre les forces du mal, plus seul encore qu'on ne peut l'imaginer. La fin du roman est gonflée, bluffante, même si on se dit a posteriori "J'aurais dû y penser !"


Pas un moment de répit dans Modus operandi. Noire est la couleur de ce roman d'un pessimisme redoutable, noire est la peinture de la société de la médiocrité qui s'est installée dans cette ville de cadres moyens et de techniciens défigurée par le culte de la technologie, noire est la haine contre ceux qui n'y ont plus leur place - les Roms en l'occurrence, vision prémonitoire de notre actualité récente. Quant au style de Marin Ledun, je l'ai gardé pour la fin car c'est là que tout se joue. De facture apparemment classique - on reste d'un bout à l'autre avec le personnage principal, à ses basques, contrairement à beaucoup de romans contemporains où la narration "à plusieurs voix" est devenue un passage obligé et plus ou moins réussi. Et pourtant, Marin Ledun nous offre des morceaux de bravoure oniriques, cauchemardesques, recélant des révélations cruciales qui accentuent encore la tension du roman, jouant avec nos nerfs et nos émotions. Sans pour autant rompre le rythme du récit, qui nous maintient en haleine tout en basculant insensiblement d'un "focus" à l'autre : on passe successivement de la question du coupable à celle de la raison des crimes, et de celle-là à un questionnement sur la nature de l'enquête et de l'enquêteur. Sans jamais perdre de vue l'enjeu humain de cette sombre histoire.

Marin Ledun, Modus operandi, Le Diable Vauvert - disponible en Livre de poche - Prix des lecteurs 2008 du Livre de poche
Le blog de Marin Ledun sur Polars pourpres

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