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12 mai 2025

Jérôme Leroy, "La Petite fasciste" : conte moral ?


La Manufacture de livres inaugure une nouvelle collection, "La Manuf" : "rapidité de l'action, peinture précise de personnages dans des histoires qui permettent de radiographier le monde d'aujourd'hui", tel est le cahier des charges auquel adhère parfaitement La Petite fasciste, sans pour autant nuire à l'originalité de Jérôme Leroy, dont on connait le goût pour les thrillers politiques. Il y a quelques années, il publiait chez le même éditeur La Petite Gauloise, sorte de dystopie dérangée aux accents prémonitoires. Aujourd'hui, avec La Petite fasciste, on ose à peine parler de dystopie: la France est en crise - la mère de l'héroïne s'interroge : "on dit que le Dingue va dissoudre l'Assemblée" - l'extrême-droite connaît un essor inquiétant et surtout s'affranchit de tous ses complexes. 

Le roman commence par… une boucherie : un homme de main tue froidement six personnes qui font la fête dans une villa de Fort-Mahon. Six personnes qui n'avaient qu'un seul tort : celui de se trouver là où il ne fallait pas. Car le tueur s'est trompé de maison, mais a décidé de ne pas laisser de témoins. Il ne l'emportera pas en paradis, comme on dit… 

15 juin 2023

Le Goéland Masqué 2023 : journal d'un festival sous le signe des belles rencontres

Déjà trois semaines que le 21e Festival International du Goéland Masqué de Penmarc'h a baissé le rideau. Cette année encore, toute l'équipe s'est attachée à offrir un plateau aussi prestigieux que divers : une soixantaine d'autrices et auteurs étaient au rendez-vous, et de nombreux éditeurs avaient également fait le déplacement.



Une fréquentation stable malgré un temps estival, des auteurs et des éditeurs satisfaits, des libraires contents, des animations et des lectures qui ont fait le plein auprès d'un public toujours avide de découvertes, une équipe de bénévoles épuisés mais heureux. Que demander de plus !

Pour remédier au célèbre "blues" post-festival, voici l'album souvenir de cette édition 2023, jour après jour, en images et en mots attrapés au vol... 

Dans quelques jours, vous pourrez retrouver les vidéos des tables rondes sur le site du Goéland Masqué. Un grand merci aux vidéastes et photographes qui ont œuvré pendant le festival.

7 février 2022

Jérôme Leroy, Les Derniers jours des fauves : les jeux de l'amour et du pouvoir


Avec Les derniers jours des fauves, l'auteur revient à la veine du thriller politique, dans la lignée du Bloc (voir chronique ici et interview là) et de L'Ange gardien (voir chronique ici). Mais avec ce roman-là, qui sort à quelques semaines des présidentielles, non seulement il tombe à pic, mais en plus il s'enrichit d'une liberté et d'une mélancolie héritées des romans les plus récents de l'auteur, et aussi d'un supplément d'âme et d'esprit à la fois frondeur et pessimiste qui lui donnent une saveur toute particulière.  Jérôme Leroy, au fil de ses romans, entre dans la catégorie des auteurs dont on reconnaît la prose au bout de quelques pages. Le texte vit, le narrateur observe, s'amuse, donne des coups d'accélérateur au bon moment, nous laisse souffler (et penser) au bon moment.

Les deux premiers paragraphes donnent immédiatement le ton. Nathalie Séchard est Présidente de la république.Nathalie Séchard, soixante-deux ans, ex-socialiste, mariée avec Jason Perros, 36 ans, poète à ses heures, a été élue en 2017. Et à la première page, "Nathalie Séchard baise avec ardeur et bonheur." En écoutant Haydn, "ce musicien du bonheur". Nous sommes en 2022, la canicule étouffe le pays, le confinement enferme la population. Pour se faire élire, Nathalie Séchard a ouvert des portes des deux côtés : à droite, Patrick Bauséant, ancien para, ancien fidèle de Pasqua et futur ministre de l'Intérieur du gouvernement Séchard. A gauche, Guillaume Manerville, écolo maire d'une commune du Pas-de-Calais, futur ministre d'État à  l'Écologie sociale et solidaire. Le grand écart. Le chapitre s'intitule "Nathalie s'en va" : car Nathalie Séchard ne se représentera pas, c'est décidé. "La présidente est à la tête d'une puissance moyenne où plus rien ne fonctionne très bien." La Sonate 41 en si bémol majeur, primesautière, tout en montées et en descentes chromatiques, accompagne Nathalie jusqu'à l'orgasme... 

15 avril 2018

Jérôme Leroy, "La Petite Gauloise" : dystopie or not dystopie ?

C'est à travers ses nouvelles que j'ai fait la connaissance de Jérôme Leroy, il y a... quelques années. Le recueil s'appelait Une si douce apocalypse (voir la chronique ici, si vous êtes curieux) et c'est lui qui a déclenché un attachement qui ne s'est jamais démenti, avec les romans de la Série noire (Le Bloc et L'Ange gardien), ceux parus à la Table Ronde (Jugan, Un peu tard dans la saison) et bon nombre d'incursions dans la bibliographie antérieure de l'auteur. C'est donc avec beaucoup de plaisir que j'ai ouvert cette novella. L'homme surgit là où on ne l'attend pas toujours - en littérature jeunesse, en "ressuscitateur" de Léo Malet, en redécouvreur de talents oubliés. 

Fidèle à lui-même mais jamais là où l'attend, voilà qui le définit parfaitement. Fidèle à lui-même, Jérôme Leroy l'est plus que jamais avec La Petite Gauloise : récit tout juste dystopique, lieu à peine imaginaire... La ville  - un port de l'ouest en état de désastre économique - dont il est question est dirigée par une équipe du Bloc patriotique. Vous frémissez ? Vous avez raison, car La Petite Gauloise commence sur les chapeaux de roue par une magnifique bavure : l'élimination par le brigadier Richard Garcia, de la police municipale, du capitaine Mokrane Méguelati, de l'antenne régionale de la DGSI. Une balle de calibre 12 en pleine tête, ça ne pardonne pas. Il faut dire que l'heure est à l'inquiétude, voire à la paranoïa, dans la ville portuaire de l'ouest. Terrorisme, islamisme, taux de chômage galopant, dealers dans les halls d'immeubles : tous les ingrédients sont là pour créer une atmosphère pour le moins délétère, tout est réuni pour favoriser l'arrivée à la mairie du Bloc patriotique.

30 mai 2017

Jérôme Leroy face aux libraires de Millepages: morceaux choisis

Jérôme Leroy était la semaine dernière à la librairie Millepages de Vincennes, où les trois libraires, Jérôme Dejean, Julien Morel et Pascal Thuot,  l'ont successivement interrogé sur les multiples facettes de son activité d'auteur de romans, de poète et d'éditeur. Ils ont, en particulier, évoqué son dernier roman paru à la Table ronde, Un peu tard dans la saison. Morceaux choisis.

La fin du monde
"C'est un thème qui me hante, c'est vrai, mais c'est aussi un thème de génération, et qui a été très présent dans les littératures de genre. Aujourd'hui, il a envahi la littérature générale. Nous avons intégré le fait que le monde peut finir. Quand on parle avec des adolescents, on s'aperçoit que pour eux, cela fait partie des possibles... Ma vision a évolué : elle a été très violente, alors que dans Un peu tard dans la saison, c'est une fin en douceur. Peut-être la maturité... J'ai donc inventé ce monde de la douceur, un peu en référence aussi à Gébé et à L'An 01 : on fait un pas de côté...
Dans Un peu tard dans la saison, l'éclipse dont il est question ne se situe pas dans le futur, mais maintenant, tout de suite. Parce que le monde est devenu insupportable. Réinventer un monde plus heureux et plus apaisé. Je pense profondément qu'on peut aller vers quelque chose de plus doux."

23 novembre 2016

"Noir sur la ville" à Lamballe soufflait ses vingt bougies

Ce week-end, le festival Noir sur la ville de Lamballe (22) soufflait ses 20 bougies. L'an passé, la manifestation avait été annulée suite aux attentats de Paris, et même si beaucoup d'auteurs étaient restés à Lamballe par amitié, la tristesse avait gagné la partie... Cette année, Noir sur la ville fêtait donc son vingtième anniversaire et accueillait l'assemblée générale de l'association 813, ainsi que la remise des Trophées 813. C'est dire si l'association Fureur du noir, organisatrice de la manifestation, avait tout mis en œuvre pour que le festival soit un succès. En arrivant à la salle municipale samedi après-midi, c'est peu dire qu'on était rassuré... Une foule de visiteurs était au rendez-vous, se bousculant devant les tables où les auteurs dédicaçaient tout en prenant le temps d'échanger avec leurs lecteurs. Sans oublier l'ambiance particulièrement festive, avec des auteurs heureux de se retrouver, des organisateurs aux anges malgré la pression et l'affluence, et une équipe de bénévoles absolument formidable. Quelques souvenirs en images et en mots.


1 novembre 2015

Jérôme Leroy, Jugan : qu'avons-nous fait de nos vies ?

Avec Jugan, Jérôme Leroy poursuit son voyage au cœur de la vie politique française du siècle dernier. Cette fois, c'est un passé à la fois politique et personnel qu'il explore, décrit minutieusement, analyse sans froideur, mais non sans chagrin. Jugan, c'est à la fois le titre du roman, le nom du personnage principal, et celui du héros de L'Ensorcelée, de Barbey d'Aurevilly, où le dandy normand décrivait la destinée de l'abbé de la Croix-Jugan, engagé auprès des Chouans, blessé et défiguré au combat, et dont le retour au bercail signera l'arrêt de mort de la malheureuse Jeanne Le Hardouey, littéralement ensorcelée par le monstrueux combattant de l'ombre. Jérôme Leroy, né à Rouen et ex- professeur de lettres rend donc un hommage appuyé à son aîné normand, à travers ce beau roman triste.

14 juin 2015

Polar à la plage 2015 : Le Havre, ville du polar pour un week-end

Jolie réussite pour ce festival qu'on aime bien ici : taille humaine, équipe de bénévoles compétents et chaleureux, belle sélection d'auteurs invités. Que demander de plus ? La mer, la mer bien sûr, car Polar à la plage, eh bien c'est vraiment sur la plage ! Quelques moments choisis.


3 mai 2015

Jérôme Leroy, l'interview en roue libre

Jérôme Leroy intervient lors d'une table ronde chez Joseph Gibert, Paris, avril 2015
Jérôme Leroy, heureux lauréat du Prix des lecteurs/20 minutes Quais du Polar 2015, a publié à la Série noire deux romans qui ont fait couler beaucoup d'encre, sans doute parce qu'ils mettent le doigt là où notre société a mal : l'ascension du Front National. Mais Jérôme Leroy n'est pas né à l'écriture avec Le Bloc. Il a bien voulu nous raconter son itinéraire d'écrivain. Merci à lui.

Pouvez-vous retracer votre itinéraire de romancier?
J'ai toujours écrit. Dès que j'ai su lire, j'ai commencé à écrire des histoires. Je n'ai pas débuté à l'adolescence, mais beaucoup plus tôt. Quand on est gamin, on est un peu mimétique : si on vient de lire un conte de fées, on raconte un conte de fées. Ça ne m'a jamais quitté. J'ai publié mon premier roman en 1990, à 25 ans. Ce n'était pas un polar, même s'il y a dans ce livre quelques hommages au roman noir. C'était un roman un peu autobiographique, comme souvent, qui s'appelait L'orange de Malte. D'ailleurs il va être réédité à l'automne par un petit éditeur qui est fan. En fait c'est devenu une sorte de roman culte : il a eu un joli succès de presse à sortie, et il y a des générations de lecteurs qui m'en parlent encore. Essentiellement, j'y racontais, en me projetant un peu dans le temps, mes lectures, mes amours... C'était un livre très littéraire, au vrai sens du terme. 

12 mars 2015

Bon anniversaire, Madame Série Noire !

François Angelier, Aurélien Masson, Vincent Monadé, Jérôme Leroy, Fabien Nury et Hélène Fischbach




La Série noire a 70 ans. C'était l'occasion pour le Centre national du livre de réunir des protagonistes clés de l'environnement de la collection culte. Ce soir-là donc, Vincent Monadé, (président du CNL) recevait  Aurélien Masson (directeur de la Série noire), Jérôme Leroy (auteur Série noire), Fabien Nury (scénariste BD) et Hélène Fischbach (directrice artistique des Quais du polar), ont ainsi répondu aux questions de  François Angelier (animateur de Mauvais Genres sur France Culture). Compte rendu "brut" ou presque.
En préambule, Vincent Monadé n'a pas manqué de rappeler son amour pour le roman noir et le polar.
Vincent Monadé : Je fais partie d'une génération marquée par la rupture des genres. Ça fait longtemps que les gens ont brisé les moules...  Mais si les codes techniques du polar ont explosé, la critique sociale est toujours là.
François Angelier : Vous avez longtemps été libraire...
Vincent Monadé : Le tout, c'est de ne pas se tromper la première fois et de ne pas donner du Ellroy à une dame qui lit du Higgins Clark.
François Angelier : Lors de la soirée Babelio qui a eu lieu il y a quelques semaines (voir compte rendu ici), avez-vous pu dégager un profil de lecteur de polar ?
Vincent Monadé : C'est plutôt une femme ! On sait tous que les grands lecteurs sont plutôt des grandes lectrices. Mais je ne crois pas qu'il y ait une littérature pour femme et une littérature pour homme. Je crois qu'une femme peut très bien s'éclater sur Ellroy et s'ennuyer profondément en lisant Mary Higgins Clark. Moi, par exemple, j'ai une passion pour Camilla Läckberg. Voilà, j'ai fait mon coming out... J'ai un peu honte, mais je ne décroche pas.Pas tellement à ses intrigues policières, mais à l'environnement familial qu'elle a su créer. A mon sens, il n'y a pas de profil type.

22 octobre 2014

Jérôme Leroy, un Ange gardien aux ailes sanglantes

"On veut tuer Berthet.
C'est une assez mauvaise idée."

Voilà comment commencent les 6 premiers chapitres de L'ange gardien. Berthet. Quel drôle d'ange gardien. Berthet, l'homme mûr qui a de beaux restes, surtout quand il s'agit de faire le coup de poing et de se débarrasser d'agresseurs bien décidés à lui faire la peau. Quelle idée, quelle mauvaise idée. Si Berthet est un ange gardien, il ne l'est pas pour tout le monde. Il l'est pour Kardiatou, sa beauté noire qu'il suit, protège et défend depuis vingt ans. Et qu'il n'a jamais touchée. Qu'importe.
Berthet est un des "huiles" de L'Unité, les hommes de l'ombre du pouvoir. Il en sait beaucoup sur le pouvoir, Berthet. Il en sait beaucoup sur la trahison, la violence, la mort. C'est pour ça qu'il est encore vivant. On ne peut pas dire qu'il n'est pas un sentimental. Car en réalité, Jérôme Leroy prend un malin plaisir à nous coincer dans nos propres contradictions : Berthet le lucide, le cynique, Berthet l'efficace est un romantique, un vrai. Un pour qui l'amour est incompatible avec le quotidien, voire avec le sexe, mais en revanche tout à fait compatible avec le respect, la protection, le plaisir esthétique. C'est que romantique et sentimental, ça n'est pas tout à fait la même chose.

3 décembre 2011

Jérôme Leroy, 1999 : Une si douce apocalypse

C'est en 1997 qu'est née la collection "Le cabinet noir", créée par Hélène et Pierre-Jean Oswald et publiée jusqu'en 2000 par les Belles-Lettres, puis par Manitoba jusqu'à l'arrêt de la collection en 2003. Pierre-Jean Oswald, à qui les amoureux de littérature dite de genre, doivent beaucoup, a commencé sa carrière d'éditeur par la poésie, avec la revue Action poétique, dans laquelle il publia Lautréamont, Max Jacob, Cesare Pavese ou Jacques Roubaud. Il a ensuite créé une collection de poche, toujours dans le domaine de la poésie, avant de se tourner vers le fantastique, la science-fiction et le roman noir avec les éditions Néo, qui publia l'intégrale Sherlock Holmes et l'intégrale Harry Dickson. Puis il créa "Huitième art" avant de diriger avec son épouse Hélène la collection "Le cabinet noir", dans laquelle on trouvait des noms aussi prestigieux que ceux de Fredric Brown, Ed McBain, Robert Bloch, Jacques Sternberg, James Blish, Donald Westlake, Francis Ryck...

"Le Bloc", de Jérôme Leroy. Le choc

Le Bloc vient de sortir en Série noire. C'est la première fois que Jérôme Leroy publie dans la mythique collection : on l'a retrouvé à la Table ronde, chez Fayard, aux Belles lettres pour ses nouvelles. Là, la couverture le dit : il s'agit d'un roman noir, c'est marqué dessus. Le Bloc, c'est aussi de l'histoire contemporaine avec de la fiction dedans. Je me pose une question : que dira ce livre à un lecteur de vingt ans, qui ne s'intéresse que modérément à la vie politique des 50 dernières années ? Car Le bloc, s'il est un roman noir, est surtout un roman politique et un roman à clés. C'est aussi un roman effrayant, voire un avertissement.

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