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4 décembre 2016

Theodor Kallifatides, "Juste un crime" : en lenteur et profondeur

Theodor Kallifatides, écrivain suédois d'origine grecque, est l'auteur, entre autres nombreux romans, d'une trilogie policière autour de l'enquêtrice Kristina Vendel. Juste un crime est le premier épisode de cette trilogie, et on y fait la connaissance d'une femme de 33 ans, responsable de la brigade des crimes violents de la police de Huddinge, tout près de Stockholm. Les premières pages racontent un concert auquel elle assiste dans une église. Un octet de Mendelssohn, un premier violon fascinant, une première violoncelliste talentueuse. Nous n'oublierons pas de sitôt ces deux personnages-là, car ils joueront un rôle capital dans le drame qui va suivre.
On vient de retrouver un cadavre non loin de là, près d'un pont. Kristina Vendel est attendue sur place par Thomas Roth, son second. Le cadavre a été découvert par Ismail et son neveu Kemal, surpris en pleine partie de pêche par l'apparition d'un sac en plastique noir flottant dans l'eau. Maria Valetieri, l'inspectrice de service, est déjà sur place en compagnie de son collègue Östen Nilsson. Comme pressenti, le cadavre est celui d'une femme... 

30 mai 2013

Etranges rivages, d'Arnaldur Indridason, version audio

Écouter un roman d'Indridason, à vrai dire j'étais un peu sceptique. La narration lente, introspective, les descriptions, l'atmosphère lourde, lentement tissée à coups de mots précis, de réminiscences et de réflexions, tout ce qui fait la séduction insidieuse des romans de l'Islandais neurasthénique, je ne voyais pas comment une version sonore pouvait leur rendre justice. Divine surprise ! La version audio m'a accompagnée durant plusieurs trajets en voiture et m'a fait oublier les embouteillages et les sales têtes - y compris la mienne - de ceux qui, enfermés dans leur habitacle à moteur, n'avaient pas envie de se lever pour aller bosser.

Le talent du lecteur, Jean-Marc Delhausse, y est pour beaucoup. Sa voix traîne juste ce qu'il faut, le timbre est suffisamment profond pour inciter à la réflexion, et les changements de voix, utiles, ne sont pas exagérés, contrairement à certains autres titres où le comédien se croît obligé de prendre une voix de petite fille ou de vieille femme. Seul bémol peut-être, les courts intermèdes sonores entre chaque chapitre, qui en rajoutent un peu côté dépressif... Le plus surprenant, c'est l'effet que font les noms de lieux, ceux auxquels on s'habitue aisément quand on les voit écrits. Prononcés, ils retrouvent leur âpreté, leur étrangeté et leur noirceur.

30 août 2012

Le léopard, de Jo Nesbo, Harry Hole en super-héros

Par quelle interjection commencer cette chronique ? Waouh !? Non, sûrement pas !? Brrrr ? Non, trop mou.. Shazzam... ? Oui, ça ça me plaît. Ça fait super-héros. Et justement, Harry Hole est un super-héros. Neurasthénique, certes, mais super-héros quand même. Dans Le léopard, notre Harry chéri échappe à la mort bon nombre de fois, et avec quel brio ! On pardonne à Jo Nesbo son côté "papa de Superman", car son Léopard est assez épastrouillant, ma foi. Alors voilà, l'inspecteur Harry Hole, d'Oslo, vous connaissez, bien sûr. Mais si, la quarantaine passée, le crâne chauve, la carrure impressionnante et la taille qui va avec, c'est à Hong Kong qu'il a choisi d'aller faire oublier sa carcasse après être venu à bout - mais à quel prix - du Bonhomme de neige, le serial killer qui a bien failli lui faire la peau dans le volume précédent, et qui en plus s'en est pris à Rakel, sa bien-aimée, et à Oleg, le fils de Rakel. A Hong Kong, Hole ne mène pas la grande vie. Came et jeu ont eu raison de ses économies, et puis de toute façon, le confort ça n'est pas son truc. Pire encore, il s'est mis à dos la pègre locale pour cause de dettes de jeu. Du coup, il est obligé de se planquer dans un lieu improbable et sordide. Pendant ce temps-là, à Oslo, la mort rôde. Et la police de la ville a dépêché la très belle et très sauvage inspectrice Kaja Solness jusqu'à Hong Kong, avec pour mission de ramener illico presto l'inspecteur Harry, le seul qui soit capable d'arrêter l'hécatombe. Kaja devra faire appel aux arguments les plus puissants pour convaincre Harry Hole de regagner son pays natal...

31 mai 2011

L'hypnotiseur, de Lars Kepler, pas si fascinant...

Voici un roman écrit à quatre mains. Lars Kepler n'est pas un auteur unique, mais un couple qui s'essaie pour la première fois à l'écriture conjugale. Le personnage principal, Erik Maria Bark, est psy à l'hôpital Karolinska de Stockholm. Sa charmante épouse, Simone, vient de s'offrir une galerie d'art dans le quartier "bobo" de la ville, leur fils préadolescent, Benjamin, souffre d'hémophilie. Tout irait bien si une famille n'avait pas la mauvaise idée de se faire littéralement massacrer dans d'épouvantables conditions. Seul le fils, Joseph, un adolescent, échappe à l'extermination. On finit par le retrouver en état de choc. C'est alors que le flic chargé de l'enquête, Joona Linna, demande à Bark de revenir à ses premières amours auxquelles il s'était juré de ne plus retoucher : l'hypnose. Pour faire parler ce Joseph et protéger la seule survivante de la famille, une soeur aînée qui vit seule. Bien mal lui en prend : on imagine bien que si Erik a renoncé à l'hypnose 10 ans auparavant, ce n'est pas pour rien... 

Toutes les clés de cette histoire sont dans le passé, l'histoire des personnages. Le livre est donc construit en conséquence, avec un long passage qui nous ramène 10 ans en arrière, à l'époque des expériences d'hypnose de Bark, celles qui l'ont conduit au renoncement. Jusque-là, le rythme est plutôt régulier, les événements surviennent à une cadence bien calculée, les personnages prennent un peu de corps, même si j'ai eu du mal avec les histoires de Pokemon qu'ont exhumées les auteurs pour justifier les pratiques d'une bande de gamins franchement mal élevés qui tournent autour du jeune Benjamin. On commence à s'intéresser à leur sort, à s'inquiéter pour le fils disparu, pour le couple qui va à vau-l'eau. Et puis bam ! Les auteurs nous plongent tout droit dans un cours d'hypnose et nous ramènent dix ans en arrière, du temps où Erik Maria Bark soignait ses patients en groupes de thérapie. Certes, les auteurs se sont documentés (je n'ai pas de compétences pour en juger, mais je suis sûre qu'ils n'auraient pas commis une telle erreur). Mais franchement les quelques chapitres qui nous mettent en présence d'un groupe de patients et de leurs névroses et psychoses diverses à travers des séances interminables ont bien failli avoir raison de ma patience. Bon, je me suis accrochée, et je dois dire que j'ai bien fait, car la fin du roman est particulièrement réussie dans le genre suspense et action en pays glacial !

Je ne vais pas vous mentir, je n'ai pas été hypnotisée par ce livre (facile, mais ils l'ont bien cherché). L'écriture est plutôt factuelle, les quelques passages non narratifs n'ont pas beaucoup d'intérêt - sauf peut-être si on est Suédois, car les noms des rues et des lieux sont soigneusement détaillés. Sauf que quand Mankell et Piersanti écrivent un nom de rue, on a immédiatement envie d'aller voir sur Google maps à quoi ça ressemble. Là, à vrai dire, on s'en fiche un peu. Les personnages gagneraient à davantage de subtilité pour être vraiment attachants, les situations à échapper aux clichés - les scènes de sexe souffrent particulièrement de ce défaut-là. Enfin, on notera que certaines réactions des personnages sont... surprenantes. Les auteurs ont fait leur travail, satisfait au cahier des charges (on va jusqu'au bout), mais pas réussi à me donner envie de lire un autre roman signé Lars Kepler.

Lars Kepler, L'hypnotiseur - Actes sud - Traduit du suédois par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier

30 avril 2011

"L'hypnotiseur" donne de la voix

L'hypnotiseur de Lars Kepler a fait l'unanimité. Aucune critique négative sur ce pavé de plus de 500 pages écrit par un couple d'auteurs qui s'intéresse de près à la psychanalyse et à l'hypnose. La version proposée par Audiolib pour voyager dans ce texte avec vos oreilles est interprétée par Thierry Janssen, un jeune acteur belge (metteur en scène, clown formé à la Commedia dell'arte) qui met tout son savoir faire pour nous faire partager l'angoisse qui sue de ce roman noir au langage cru. Le livre qui fourmille de longs dialogues n'a pas dû être une mince affaire à enregistrer. Pour nous permettre de suivre le parcours fiévreux de ce psy qui a eu le malheur de plonger dans le cerveau déjanté d'un jeune garçon témoin d'un meurtre sanglant, il utilise plusieurs voix (graves, aiguës, enfantines, féminines...), ce qui rend l'écoute délicate. Pas question de faire autre chose, genre bricolage ou tâche ménagère bruyante sans risquer de perdre le fil. Ce roman audio raconté au présent nécessite pratiquement la même concentration que sa version sur papier sinon on ne parvient pas à apprécier ce travail en finesse de l'analyse d'une folie meurtrière. Le rythme du texte est plutôt lent et les 17 heures d'écoute s'écoulent elles aussi doucement. Prévoyez un long, très long week-end pour écouter ce texte en continu, bien assis dans un fauteuil confortable, les yeux fermés. Sinon vous risquez de perdre rapidement le fil et de ne plus entendre qu'une série de phrases sans contenu. D'autant que ce roman fait appel à de nombreux personnages récurrents qui guident l'auditeur dans l'intrigue complexe en ajoutant minute après minute de petits éléments par strates successives indispensables à la compréhension. Pour compliquer encore plus votre mission, les auteurs nous jettent soudainement dans le passé de l'hypnotiseur afin d'expliquer certains de ses comportements. Ajoutez à cela les noms bizarres des personnages souvent résumés à leur prénom et vous aurez compris que ce ne sera pas une sinécure à laquelle vous vous attelez en appuyant sur la touche « play » de votre lecteur MP3. Alors bon courage et attention de ne pas vous endormir sous les suggestions de cet hypnotiseur qui sait y faire !

Lars Kepler – L'hypnotiseur – Traduit du suédois par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier - Actes Sud 2010 et Audiolib (2 CD Mp3 sortis en avril 2011)

24 avril 2011

Arnaldur Indridason : L’homme du lac

Ca y est, je viens de terminer la lecture de L’homme du lac, de l’auteur islandais Arnaldur Indridason. Ce formidable auteur m’avait habituée à une vision en profondeur de ce pays que je ne connais pas, une plongée dans l’âme islandaise, sa géographie, son histoire.

Son héros, le commissaire Erlendur, est un homme renfermé, plutôt solitaire, désespérément étranger à son ex-femme et à ses deux enfants qui ne le comprennent pas plus qu’il ne les comprend. J’avais pris l’habitude d’histoires insulaires, mais cette fois le mystère d’un squelette retrouvé au fond d’un lac sans eau va forcer Erlendur à se pencher sur notre passé européen, et en particulier sur la RDA pendant la période de la guerre froide. Une période pendant laquelle des étudiants islandais socialistes, enthousiastes et naïfs, partaient étudier en RDA. Je ne vais pas vous raconter l’histoire, vous m’en voudriez... En tout cas le livre est fascinant car il est construit en flash back, on voit évoluer la psychologie des personnages, leurs passions, leurs déceptions, leurs peurs, leurs obsessions. On suit Erlendur et son équipe qui s’attachent à reconstituer des vies perdues, des hommes et des femmes disparus ou oubliés.

Ne parlant pas l’islandais, je ne suis pas a priori pas qualifiée pour affirmer que la traduction est excellente, et pourtant j’en ai bien envie. La langue coule, on a vraiment l’impression que c’est l’auteur qui nous parle "en direct", que son travail d’écrivain nous parvient sans trahison : à mon sens, voilà ce qu’est une belle traduction.

J’en profite donc pour vous renvoyer vers le blog du traducteur, Eric Boury

Chambre n°10 de Ake Edwardson

Encore du polar nordique ! Eh oui, voici Ake Edwardson, créateur du flic snob de Göteborg, Erik Winter. En fait, Edwardson est le premier auteur de polars suédois que j’aie lu, avant même l’indispensable Mankell.

Il a démarré en trombe avec Danse avec l’ange paru en 2002 en France. C’est dans ce livre que j’ai fait la connaissance du plus jeune commissaire de Suède, 37 ans, célibataire, habitant Göteborg. A vrai dire, pas si sympathique que ça, M. Winter. amateur de chaussures coûteuses, de whisky idem, et de free jazz chic... on est loin du John Rebus de Ian Rankin avec sa vieille Saab, son rockn’roll et sa déprime. Winter, je n’ai jamais eu envie de lui taper sur l’épaule et de lui payer une bière, et encore moins de passer une nuit blanche avec lui. Pas désagréable, mais pas franchement chaleureux. Autour de Winter, une équipe de flics qu’on suivra dans toute la série, une mère qui a choisi de s’installer du côté de Marbella (quelle horreur !) pour y siroter ses cocktails... Mais l’intrigue de son premier bouquin vaut le détour : deux meurtres en parallèle, deux jeunes gens, un à Londres, l’autre à Göteborg, tués de la même manière. L’enquête est minutieuse, on suit les enquêteurs, on partage leurs espoirs, leurs doutes, leurs frayeurs. Du beau boulot, bien ficelé, on ne lâche pas l’affaire jusqu’à sa conclusion. No spoilers ici, vous n’avez qu’à lire ! Bon ça, c’était mon premier contact avec Erik Winter. Pas le grand coup de foudre, mais bien hameçonnée quand même, la lectrice ! A vrai dire, ce pays décrit avec une sorte de distance méfiante, d’affection déçue, a fini par m’intriguer. C’est là que j’ai commencé à lire les livres de Mankell, dont je vous reparlerai bientôt, si ça ne vous dérange pas. Et que j’ai cédé à mon vieux vice : la comparaison. Wallander versus Winter, qui gagne ? Pour moi, c’est sans conteste Wallander. Déprimé soit, Kurt Wallander, mais d’une tendresse à faire fondre même les plus dures à cuire. Chez Mankell, les paysages de Scanie sont si présents, évoqués avec une telle force que j’ai plus d’une fois eu envie de prendre ma voiture pour y aller faire un tour. La mer, le ciel, les bateaux, le port, la petite ville de province qu’on voit se transformer peu à peu, choper toutes les maladies des métropoles... Wallander et son papa peintre qui peint toujours le même tableau (presque), sa fille empêtrée dans ses histoires de drogue. Tout un univers vraiment attachant, et qui reste dans la tête : Edwardson peut difficilement rivaliser, même si certains disent qu’il est le successeur de Mankell. Oui, peut-être : Winter est un citadin, même s’il entretient soigneusement au fil des livres son rêve de maison en bord de mer. Il vit à Göteborg, et là, les maladies modernes sont solidement implantées déjà. Point commun avec Mankell, malgré la différence d’âge, on sent une nostalgie, peut-être envers un système politique et social qui ne tient pas ses promesses. La Suède n’est donc pas le paradis social qu’on nous décrit ? Eh bien non, Mankell et Edwardson en sont la preuve.

Je viens de terminer un autre Edwardson, Chambre n°10. Intrigue sans bavure : on retrouve une jeune femme pendue dans une chambre d’hôtel sordide, sa main est soigneusement peinte en blanc. Et c’est Winter qui s’y colle. Ce serait trop facile si on s’arrêtait là : dans la même chambre, 18 ans auparavant, le jeune flic Winter relevait les dernières traces d’une autre jeune femme disparue corps et bien, qu’on n’a jamais retrouvée. Là encore, l’enquête est minutieuse, Winter est opiniâtre et légèrement obsessionnel. L’échec ne fait pas partie de son paysage mental. Ca fonctionne, même si - est-ce le style d’Edwardson ou la traduction - les flash backs sont parfois un peu déroutants. Sans prévenir, on se retrouve avec les mêmes personnages qu’au chapitre précédent, mais 18 ans plus tôt. Il faut parfois un petit moment pour s’adapter ! Mais après tout, ça fait partie du jeu. Autre chose : le style. Il change avec les livres. Dans les premiers, un style précis, sans trop de fioritures. Là, c’est une autre affaire : des dialogues parfois surprenants, des réflexions à haute voix, des hésitations formulées, des échanges en forme de partie de ping pong entre les enquêteurs. Intéressant...

Dans les deux cas, on suit l’évolution de la vie privée du héros. Winter, qui démarre célibataire, genre un peu séducteur voire macho, nous le retrouvons dans Chambre n°10 marié à un médecin et père de deux petites filles. Entre temps, on aura suivi ses errances sentimentales, ses projets avortés, ses espoirs inavoués... jusqu’à la stabilisation finale et au bonheur familial. Bof, on est contents pour lui, mais bon !

Pour conclure, Edwardson est un bon spécialiste du suspense, il transcrit à merveille le malaise d’une société qui a cru se trouver pour mieux se perdre. Un conseil : ne faites pas comme moi, essayez de lire ses livres dans l’ordre, car l’évolution de la vie personnelle des personnages fait partie du plaisir.

Les livres de Ake Edwardson sont disponibles chez 10/18, collection "Grands détectives"

Jo Nesbo: Rue sans souci

Je viens de terminer un bouquin de Jo Nesbo, Rue Sans-Souci. Eh bien me voilà partie dans une grande série, car cette première expérience avec cet auteur norvégien, ex-journaliste, ex-star du rock, va engendrer, je le crains, ce qui m'est déjà arrivé avec Rebus et Wallander : une forte addiction. Nesbo a créé un personnage hors du commun. Harry Hole n'est plus tout jeune, il est grand, très grand et chauve, très chauve. Il est aussi bien alcoolique : le whisky est sûrement son meilleur copain, ou bien son pire ennemi. Chez Nesbo, il faut le savoir, on vomit beaucoup... A cause de l'alcool, des migraines, de la déprime, de l'horreur, de l'insomnie. J'ai acheté au hasard Rue Sans-Souci, sans savoir qu'il s'agissait en fait déjà du 4° opus de Nesbo. Du coup, j'ai apprécié que l'auteur prenne la peine de resituer le bonhomme et d'en rappeler discrètement les précédentes aventures, si l'on peut qualifier d'aventures les très noires enquêtes auxquelles il est confronté. Dans Rue Sans-Souci, l'inspecteur Harry (le norvégien, pas l'autre, attention, ça n 'est pas le même genre !) se trouve dans une sale posture : en l'absence de son amie "régulière" Rakel, il passe une soirée très arrosée avec une vieille flamme, Anna l'artiste, qui a le mauvais goût de se faire trucider dans la nuit... L'enquête va se révéler fertile en rebondissements et en surprises. Dans le même temps, Harry Hole enquête sur une série de hold-ups sanglants au "modus operandi" étrange et dramatique, sans pour autant cesser de chercher le véritable responsable de la mort de son ancienne collègue et amie, Ellen. Du pain sur la planche en quelque sorte. Nesbo a le don pour camper en peu de mots des personnages hors du commun auxquels on s'intéresse très vite. Dans ce roman, on citera en vrac un taulard fascinant et amateur d'échecs, une traductrice effacée finalement pas si effacée que ça, un veuf éploré qui a d'étranges méthodes pour faire son deuil... Le roman m'a littéralement "scotchée", à tel point que, craignant de me trouver en manque, j'ai acheté dans la première librairie de gare venue la suite de la série, L'étoile du diable. Je vous raconterai...

Matti Rönkä , un polar scandinave pas comme les autres

David Pujadas auteur de polars, vous imaginez ? Eh bien en Finlande, Matti Rönkä, c'est un peu l'équivalent. Journaliste donc, Matti Rönka publie des romans policiers depuis plusieurs années, il a même obtenu en 2007 le Key Glass Award, qui couronne le meilleur polar nordique. Frontière blanche est son premier titre à paraître en français.
Alors, encore du polar nordique ? Oui, indubitablement si l'on se fie à la géographie. Et pourtant, pas grand-chose de commun entre Rönkä et, par exemple, Mankell ou Edwardson. Car la Finlande, c'est un peu particulier... Un passé douloureux avec l'URSS, un présent où ce passé est encore fortement prégnant, et cela donne une atmosphère très spéciale, ni blanche, ni noire, mais grise. Voilà, grise... C'est la sensation qui ressort quand on a terminé ce livre. Grise parce que le héros est russe et qu'il s'est installé en Finlande tout en conservant avec ses anciens petits camarades du KGB des relations plus que troubles. Grise parce qu'il a beau avoir une officine de détective privé, ça ne l'empêche pas de cultiver des rapports franchement ambigus avec la pègre locale et trans-frontière. Bref, Viktor Kärppä est plutôt du côté des anti-héros...
L'intrigue de Frontière blanche est relativement simple, mais peut-être n'est-ce pas là l'essentiel. Pour résumer, Kärppä est chargé de retrouver la femme disparue d'un homme qui fait profession de libraire  spécialisé dans le livre ancien, mais dont la vie n'est pas si claire que ça. Pour couronner le tout, la femme en question n'est autre que la soeur d'un trafiquant estonien notoire. C'est dire que Kärppä s'engage là dans un beau guêpier... Ce mic-mac est le prétexte à de multiples rencontres plus ou moins rassurantes, et surtout à la peinture par l'auteur, dans un style sobre, d'un pays où rien n'est jamais sûr, où la frontière physique avec l'ex-URSS traverse une région encore peu développée, la Carélie, sorte d'enclave du passé enchâssée entre la modernité finlandaise et l'essor sauvage de la Russie, oubliée par le libéralisme économique. Contrairement à beaucoup de ses confrères du nord, Rönkä n'accorde à la nature qu'un rôle très secondaire. Les amateurs d'exotisme septentrional en seront donc pour leurs frais. En revanche, les lecteurs intrigués par la Finlande, ce pays dont on parle finalement peu et qui pourtant est un témoin unique et atypique de l'histoire contemporaine, liront avec intérêt ce roman de facture classique mais au ton très personnel.
Matti Rönkä - Frontière blanche - L'Archipel - Traduit du finnois par Johanna Kuningas

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