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10 octobre 2023

Bloody Scotland : le polar écossais n'a pas fini de nous surprendre

 Après quatre jours de rêve à Edinburgh, ma ville de cœur, il était temps de partir pour Stirling. Un court trajet en train a suffi pour nous amener à la capitale du crime (tout au moins pour ce week-end) et au festival Bloody Scotland. Tout commence le vendredi soir à la Old Church of the Holy Rude, église médiévale entièrement reconstruite au XVe siècle : c'est là que débute la soirée inaugurale du festival, avec la procession aux flambeaux.  Il fait un peu frais, il pleut par intermittence, mais ça n'a aucune importance pour les dizaines d'amateurs de polars qui, après s'être donné rendez-vous à l'église (oui, même les mécréants étaient là), s'acheminent vers l'esplanade du château de Stirling où ils se voient remettre un flambeau remarquablement résistant au vent et à la pluie. Tout ce beau monde, lecteurs et auteurs confondus, redescend ensuite vers le cœur de la ville et les Albert Halls. Nous nous sommes prêtées au jeu et, en me retournant, je me suis aperçue que juste derrière nous marchaient... Alan Parks et Liam McIlvanney. Aux Albert Halls, la foule était accueillie par un joueur de cornemuse aussi stoïque que solitaire et s'acheminait vers la  salle de réception où allaient être décernés le "debut prize" et le grand prix McIlvanney. Les deux vont d'ailleurs récompenser des premiers romans : le "debut prize" va à Kate Foster pour The Maiden et le McIlvanney Prize à Callum McSorley pour son roman Squeaky Clean.
Old Church of the Holy Rude, Stirling


Bloody Scotland, défilé aux flambeaux sous la pluie

Stirling Council from Stirling, UK, CC BY 2.0 <https://creativecommons.org/licenses/by/2.0>, via Wikimedia Commons

29 juillet 2017

Harrogate 2017, journal de bord d'une cuvée exceptionnelle

Le festival de Harrogate fait partie de mes rituels annuels. Malgré la programmation décevante de la cuvée 2016, il était hors de question de rater cette édition-là, les deux invités d'honneur étant rien moins que Ian Rankin et Dennis Lehane. Retrouver là-bas Paul Cleave (dont le nouveau roman, Ne fais confiance à personne, particulièrement flippant, va paraître chez Sonatine en août - on en reparle bientôt), Martyn Waites, Val McDermid et tous les autres, ça ne se rate pas et ça vaut bien les heures de route sous la pluie, l'arrivée dans le Yorkshire sous la même, vent et froid en prime. Jeudi soir donc, à peine sortie de ma voiture, je me précipitais, parapluie déployé, vers l'hôtel Old Swan, où se tient chaque année ce festival unique en son genre et où, en 1926, Agatha Christie se réfugia pendant son escapade de 10 jours, durant laquelle la police anglaise mais aussi Arthur Conan Doyle et Dorothy Sayers se lancèrent à sa recherche. Comme chaque année, le festival commence par la remise du prix du Festival, qui cette année a récompensé l'Écossais Chris Brookmyre pour son roman  Black Widow, une sombre histoire de sexisme, de meurtre et de cyber-criminalité que le Guardian qualifie de "tour de force". On y reviendra bientôt. Lee Child a, lui, reçu un prix qui récompensait toute sa carrière.

Paul Cleave, Ian Rankin et Simon Kernick


Old Swan Hotel, Harrogate (photo geograph.org.uk Andrew Blades)

18 juillet 2015

Harrogate 2015 en images

William Ryan and myself
Val McDermid et moi, d'humeur rigolarde.
Le couple Nicci French
Belinda Bauer

James Oswald, dont le premier roman traduit en français, De mort naturelle, vient de sortir chez Bragelonne.
On y reviendra...



Harrogate 2015 : Sara Paretsky interrogée par Val McDermid

Sara Paretsky
Sara Paretsky ne fait pas beaucoup parler d'elle dans nos contrées francophones. Pourtant, une bonne partie de ses romans est disponible chez Points / Seuil ou au Masque. Si elle fait partie des écrivains cultes auprès du public anglo-saxon,  c'est sûrement parce qu'elle a été une des premières à créer un personnage de détective privé féminin, Victoria Iphigenia Warshawski, VIC pour les intimes. Privée à Chicago, VIC est une femme accomplie : grande sportive, c'est aussi quelqu'un qui réfléchit et qui ressent les choses. Ce personnage singulier est le porte-parole d'une auteure très engagée politiquement, à la fois pour les causes féministes et auprès des minorités. Ce n'est pas un hasard si Sara Paretsky est à l'origine du mouvement d'auteures de polars femmes "Sisters in Crime", qui n'a pas d'équivalent chez nous.  Créée en 1986, cette organisation est née d'un constat fait par Sara Paretsky : celui de la violence de plus en plus grande faite aux femmes dans les "graphic novels" qui commençaient alors à prendre leur essor.  Le but principal de l'organisation est, encore aujourd'hui, de promouvoir les femmes auteures de polars et de les aider à réussir et à se faire connaître et reconnaître. Elle compte aujourd'hui 3600 membres réparties en 48 chapitres en Amérique du nord.

4 mai 2015

Val McDermid, très en forme dans "Lignes de fuite"

La dernière fois que je vous ai parlé de Val McDermid, c'était sur le ton du dépit amoureux. Aujourd'hui, ce sera une déclaration, une vraie. Car avec Lignes de fuite, l'auteure écossaise a retrouvé toute sa fougue, son savoir faire et son côté fonceur. Lignes de fuite est un roman autonome, il ne s'inscrit dans aucune série. Polar, thriller, qu'importe : c'est un roman efficace, inspiré, avec un beau regard critique et empathique sur le monde qui nous entoure.
Tout commence par une scène plus terrible que n'importe quelle invention "gore". L'Anglaise Stéphanie Harker arrive à l'aéroport O'Hare de Chicago en compagnie de son fils adoptif, Jimmy, cinq ans. Ils sont en route pour des vacances en Californie. Les broches qui lui traversent la jambe suite à un accident de la route l'obligent à subir un contrôle de sécurité sévère. Et pendant qu'on l'inspecte, sous ses yeux, elle voit Jimmy s'éloigner en compagnie d'un homme en costume d'agent de l'aéroport, puis disparaître. C'est un enlèvement. L'homme n'est pas plus agent de l'aéroport que vous et moi. Stéphanie comprend tout de suite ce qui se passe, se débat, hurle... et est immédiatement arrêtée par les autorités. Le temps qu'elle parvienne à persuader la police de la réalité de l'enlèvement, elle croit devenir folle. De victime, elle est devenue accusée... Quand enfin on finit par la croire, plusieurs heures auront été perdues. L'homme et l'enfant se sont évaporés dans la nature.

6 avril 2015

Val McDermid et Ian Rankin - QDP 2015

Avec quatre auteurs écossais invités, les Quais du polar ont fait la part belle au polar calédonien. La rencontre au sommet entre Val McDermid et Ian Rankin, animée par Michel Abescat, a été l'occasion d'un bel échange entre deux auteurs qui se connaissent et s'apprécient, un débat à bâtons rompus sur des sujets aussi différents que la nature du roman policier écossais et les résultats du référendum sur l'indépendance.

Qu'est-ce que se sentir écossais ?
VM : L'histoire est différente, la culture est différente, le mode de vie est différent, la politique est différente la langue est différente. Nous parlons anglais, mais différemment. La sensibilité aussi est particulière. On parle volontiers du "Caledonian antisizygy", cette dualité sur laquelle le poète Hugh Mac Diarmid a réfléchi et écrit. Et c'est vrai : nous sommes un peu schizophrènes : d'un côté une obsession pour la culpabilité, le travail, la défiance vis-à-vis du plaisir; de l'autre, un vrai sens de la fête, des histoires, de la boisson. Tout cela est rassemblé en nous, ce qui nous rend très différents des Anglais.
IR : Oui, bien sûr. Si vous parlez à des auteurs de polar écossais, ils vous diront qu'ils sont inspirés par des romans comme Dr Jekyll et Mr Hyde de RL Stevenson, ou bien Les confessions d'un pécheur justifié de James Hogg, des livres qui traitent de ces émotions conflictuelles. Le polar ne nous a pas forcément été enseigné par Agatha Christie ou Raymond Chandler, mais par des romans gothiques des siècles précédents. Mais si on écoute les enregistrements de Conan Doyle, dont on oublie souvent qu'il était écossais, on s'aperçoit qu'il avait un accent écossais très prononcé. Bien qu'il ait quitté l’Écosse dès qu'il l'a pu, ce qui est fréquent. Robert Louis Stevenson, lui aussi, a quitté l’Écosse très jeune. Comme Muriel Spark. Beaucoup partent, certains reviennent...

7 août 2014

Un Val Mc Dermid tiédasse, c'est possible ? Oui, ça s'appelle Comme son ombre

Val Mc Dermid, c'est bien simple, je l'adore. Alors quand elle me déçoit, c'est un peu comme un coup de poignard dans le dos, voyez. Ce n'est pas d'un coup de poignard qu'est mort Philip Carlin le jour de son mariage, à Oxford. Battu à mort et noyé, voilà comment il a fait ses adieux à ce bas monde. Pourquoi s'est-on-débarrassé de ce jeune ingénieur de talent, co-créateur d'une start-up dans le domaine de l'imprimerie, spécialisée dans les travaux "sensibles"? L'enquête est rondement menée, et ses deux associés bientôt inculpés. Ils l'auraient assassiné parce qu'il était à la veille de révéler un délit d'initié dont ils s'étaient rendus coupables. Jusque-là, c'est sordide, mais ça n'a rien de bien palpitant. Sauf que... Charlie, psychiatre en mal de reconnaissance depuis qu'elle a eu le malheur d'innocenter au tribunal un type qui, dès sa libération, allait s'empresser de violer et de tuer deux femmes, reçoit de bien étranges courriers relatifs au meurtre de Philip Carlin. Et très vite, poussée par la curiosité et par l'insistance d'une de ses anciennes profs d'Oxford, elle va mener l'enquête... Car Carlin n'était pas celui qu'on croyait, et ses associés ont fait des coupables un peu faciles.

2 juillet 2014

Val McDermid : "Si je débutais aujourd'hui, je serais un écrivain raté..."

Voilà ce que confie Val McDermid au Telegraph. Malgré ses 10 millions de livres vendus, Val est persuadée qu'avec une industrie du livre qui exige des résultats et des honneurs immédiats, elle n'aurait aucune chance aujourd'hui. Selon elle, l'édition ne laisse plus aux auteurs le temps de construire leur carrière à leur rythme.
L'auteur de la série Tony Hill, qui a donné naissance à la série télé culte La fureur dans le sang, n'a pas eu des débuts faciles. Après avoir publié son premier roman en 1987, il lui fallu 4 ans pour signer son premier contrat à 2 titres... "Si je sortais mes trois premiers romans aujourd'hui, je n'en publierais pas de quatrième car maintenant les éditeurs se basent sur les scores des premiers titres (...) J'ai toujours écrit ce que je voulais, les romans qui me paraissaient nécessaires à l'époque. Mais au début, en tant qu'auteur, on tâtonne, on cherche (...) Quand j'ai débuté, on avait encore le droit de faire des erreurs On avait du temps, de l'espace pour grandir. Aujourd'hui, tout ça est terminé. Si votre livre n'entre pas dans la liste des best-sellers, s'il n'est pas sélectionné pour un prix, c'est au revoir."
L'article (en anglais) est à lire ici .

25 mars 2014

Val McDermid, "Châtiments" : la grande prêtresse du crime psychopathe est de retour

Si je chronique peu de romans à psychopathes et à serial killers, c'est la faute de Val McDermid. Car à côté de ses romans, la plupart des autres semblent artificiels, superficiels, mécaniques, sans la moindre profondeur, et surtout s'oublient au bout de 24 heures... Revoilà donc la grande Val, et son couple infernal le profileur Tony Hill et l'inspecteur Carol Jordan. Si vous aimez les séries télé qui arrachent, vous avez certainement vu La fureur dans le sang, série culte des années 2000 qui mettait en scène ces deux personnages aussi perturbés l'un que l'autre, unis pour empêcher de nuire les pires malades mentaux, coupables des crimes les plus atroces. Et si ça ne vous dit rien, allez voir par là...

30 octobre 2011

"La fureur dans le sang" de Val McDermid, sort en poche le 8 novembre...

Si vous n'avez encore jamais lu Val McDermid, c'est le moment de vous y mettre avec La Fureur dans le sang, la deuxième enquête du docteur Tony Hill et de l'inspecteur Carol Jordan après Le chant des sirènes. Un couple qui a fait les beaux jours de la télé anglaise avec la série du même nom, particulièrement réussie, avec le fabuleux Robson Green dans le rôle de Tony Hill, psychologue profileur extrêmement barré.

16 septembre 2011

Val Mc Dermid récompensée

Val McDermid a remporté la Barry award (prix des lecteurs) au festival Bouchercon 2011 pour son roman Fever of the Bone. Ce festival, qui a lieu cette année à Saint-Louis (Missouri), rassemble tous les ans le gratin des auteurs de romans policier et leurs lecteurs, ainsi que les éditeurs, libraires, journalistes spécialisés. Vous cherchez un auteur de polar (anglo-saxon) ? Ne cherchez plus, il est là-bas !
> Le site du festival
Le drôle de nom de cet énorme festival (Boucher Convention) qui a déjà été accueilli par l'Angleterre, le Canada et les Etats-Unis vient d'Anthony Boucher (1911-1968), auteur, éditeur, critique et homme de radio fou de romans policiers et de science fiction.

24 juin 2011

Val McDermid interviewée par Ian Rankin... Le luxe !

Une petite interview radio de Val McDermid ? Cliquez ici.

Bon, l'interviewer la classe entre Fred Vargas et Thierry Jonquet, je n'y aurais pas pensé...

Et puis, et puis, Val McDermid interviewée par Ian Rankin ? Pas mal, non ? L'interview d'origine se trouve sur mysteryreaders.org. Je l'ai traduite pour vous :

Ian Rankin: En Ecosse, nous n'avons pas vraiment de passé en termes de littérature criminelle. A votre avis, qu'est-ce qui a changé ces 15 dernières années ?

Val McDermid: En fait, c'est une combinaison de facteurs. Depuis que les débats sur l'autodétermination ont commencé à monter en pression dans les années 70, les Ecossais réfléchissent sur leur identité. Cela faisait tellement longtemps que nous vivions dans l'ombre des Anglais, que notre culture était marginalisée, notre identité brouillée, que nous avions tendance à nous définir en termes de ce que nous n'étions pas. "Nous ne sommes pas Anglais." Mais une fois confrontés à la possibilité de l'autodétermination politique, je crois que nous avons commencé à nous regarder d'un œil plus critique. Qui sommes-nous ? Quel genre de pays voulons-nous être ? De quel type de société voulons-nous faire partie ? Ce questionnement s'est manifesté, entre autres, par une renaissance littéraire. Dans le même temps, la littérature policière en Angleterre avait pris une place beaucoup plus grande, celle de la littérature de critique sociale. Au moment où la fiction littéraire devenait plus hermétique, moins préoccupée de narration, et beaucoup plus de théorie littéraire, les auteurs de littérature policière ont repris le flambeau et ont commencé à braquer les projecteurs sur le monde où nous vivons, et à le faire sous une forme où la narration gardait une importance primordiale. Les deux éléments se sont rencontrés, et bon nombre d'auteurs écossais ont choisi ce genre comme s'ils y étaient naturellement chez eux. A mon avis, il existe des différences essentielles de ton et de style entre la littérature policière anglaise et écossaise - nous avons tendance à aller vers le noir, l'exploration psychologique, à toucher là où ça fait mal, et en plus nous avons un sens de l'humour plutôt vicieux ... 

IR: Dans quelle mesure pensez-vous que votre éducation a influencé l'auteur que vous êtes devenue? Quand avez-vous commencé à comprendre que vous vouliez être écrivain, et comment avez-vous annoncé la terrible nouvelle à votre famille ?

VM: J'étais fille unique dans une famille ouvrière, où l'éducation était considérée comme la voie qui menait à une vie meilleure. On m'a toujours encouragée à lire, à lire de tout, de la BD, des livres de bibliothèque. Et comme je passais beaucoup de temps soit toute seule, soit avec des adultes, j'ai commencé à développer une vie secrète basée sur mon imaginaire. Je prenais ce que j'étais en train de lire et je m'injectais dans l'histoire, je la tiraillais dans toutes les directions, je la remodelais pour qu'elle s'adapte aux limites du monde que je connaissais, mais je m'autorisais de vrais accès de fantaisie. Il y a autre chose qui m'a marqué : très tôt, j'ai eu une conscience politique. Mon grand-père était un dirigeant syndical au syndicat des mineurs, il y avait parmi les amis de mon père beaucoup d'hommes politiques locaux, et je n'ai pas le souvenir d'une époque où je n'étais pas consciente qu'il fallait changer le monde ! J'imagine que puisque les livres m'avaient changée, je pensais qu'il s'agissait d'un des moyens pour y parvenir. J'ai voulu devenir écrivain dès que j'ai compris que c'étaient de vraies gens qui avaient écrit tous ces livres dans la bibliothèque, et qu'on plus ils étaient payés pour ça !
Je n'ai pas le moindre souvenir du jour où j'ai annoncé que je voulais être écrivain, mais je me rappelle parfaitement qu'à chaque fois que j'exprimais cette ambition, mes amis et ma famille réagissaient toujours avec une sorte de surprise dubitative. Les gens comme nous ne font pas des choses comme ça... Je suis le seul membre de ma famille à avoir manifesté quelques signes de capacités artistiques. Tous les autres sont soit des scientifiques, soit des gens très terre à terre. Et ils me trouvent encore bizarre.

IR: Vous préférez écrire des romans autonomes où des séries ? Pourriez-vous nous donner le pour et le contre de chaque, du point de vue de l'écrivain ? Vous pourriez peut-être me donner des idées, pour que je me fasse à l'idée que je peux rompre avec Rebus (l'interview date de 2003).

VM: Je n'ai pas de préférence. La plupart du temps, j'ai l'impression de ne pas avoir le choix... Chez moi, c'est toujours l'histoire qui vient en premier, et je sais très vite si cette histoire va convenir à mes personnages récurrents, où si elle va devenir un roman autonome.

L'avantage, quand on écrit une série, c'est qu'on démarre avec un noyau de personnages qu'on connaît. On sait ce dont ils sont capables, comment ils réagissent à toutes les situations, et en plus on a le plaisir de  retrouver de vieux amis. L'inconvénient est qu'il faut trouver le moyen de faire avancer le protagoniste dans l'histoire du livre, sinon on court le risque de stagner, de s'ennuyer, soi-même et les lecteurs avec. Et on ne peut pas emmener les personnages au-delà de leurs limites.
L'avantage, quand on écrit un roman autonome, c'est qu'on commence avec une toile blanche. On crée de nouveaux personnages, on explore certaines situations où on ne pourrait pas emmener des personnages récurrents. Littéralement et métaphoriquement, on peut aller dans des endroits où l'on ne pourrait pas se rendre s'il fallait que le personnage s'en tire suffisamment entier pour repartir pour un nouvel épisode. C'est excitant, effrayant, parce qu'il n'y a pas de filet de sécurité si vous perdez l'équilibre, mais c'est aussi un incroyable sentiment de liberté.

Je trouve aussi qu'en écrivant à la fois des séries et des romans autonomes, cela me permet de prendre de la distance par rapport à des personnages, et cela m'aide à les développer de façon plus lucide. Par exemple, je sortirai l'année prochaine un sixième roman avec Lindsay Gordon, Hostage to Murder. Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit de roman de Lindsay Gordon, et c'est principalement parce que je ne voyais plus où je pouvais l'emmener. Puis une histoire a frappé à ma porte, et cette histoire offrait de véritables possibilités, elle me permettait de faire quelque chose de vraiment différent avec le personnage, et du coup j'ai pris beaucoup de plaisir à la retrouver.


IR: A quoi ressemble une de vos journées de travail ? Comment jonglez-vous entre les obligations de la vie de famille et les pressions qu'on impose à un auteur de bestseller (nous sommes entre parents, après tout !)

VM: Maintenant, mon bureau est en-dehors de la maison. C'est le seul moyen que j'aie trouvé pour arriver à travailler. En gros, je travaille de dix heures à 16h30, du lundi au vendredi quand je suis en cours d'écriture. C'est un véritable combat d'arriver à finir un livre avec un emploi du temps aussi serré, et vers la fin, en général, je donne un coup de collier, il m'arrive de m'éclipser le soir et le week-end. Mais c'est la vie de famille qui me donne la stabilité et la sécurité, c'est grâce à elle que le reste est possible. Être parent, c'est terriblement exigeant, mais les récompenses sont largement plus importantes que les inconvénients.

C'est difficile d'équilibrer le temps d'écriture avec les exigences de voyages et d'interventions en public, car en fait j'aime les deux. Comme disait Yeats, "Tout peut me tenter s'il s'agit de m'éloigner de mon travail..." Quand on atteint un certain niveau de réussite, c'est très facile de se laisser glisser, d'"être un écrivain" au lieu d'écrire. Mais je continue à trouver l'ensemble très séduisant, alors je me débrouille pour me ménager des périodes où je ne voyage pas, où je n'interviens pas sur des événements loin de chez moi.

IR: Pour qui écrivez-vous ? Avez-vous la moindre idée de ce qu'est le public, ce grand inconnu, quand vous construisez un livre ?

VM: Je ne voudrais vexer personne, mais je ne pense jamais aux lecteurs quand j'écris. C'est suffisamment difficile de se satisfaire soi-même, s'il faut en plus imaginer ce que les autres vont penser de cette montagne de mots... Je ne pense pas au "marché" non plus. J'ai toujours écrit les livres que j'avais dans le cœur et dans la tête, et j'entends bien continuer comme ça. 

IR: Je suis fasciné par l'impact que la vie réelle peut avoir sur l'univers de fiction, et, comme vous le savez, on m'a toujours rapporté des coïncidences bizarres en rapport avec les histoires de Rebus (certains cas imaginaires qui s'avéraient réels, de gens qui se reconnaissaient dans les livres...). Vous est-il arrivé ce genre de mésaventures? Vous avez des exemples ?

VM: Oui, cela m'est arrivé plusieurs fois, et parfois c'était vraiment glauque. Curieusement, cela m'arrivait plutôt avec les romans de Kate Brannigan qu'avec les autres. Dans Arrêts de jeu, je parle d'une organisation de voleurs spécialisés dans l'art dont le modus operandi consiste à voler une pièce sur commande, la commande venant de musées ou de collectionneurs. Ils s'introduisent par une porte ou une fenêtre, vont droit à la pièce convoitée, et sortent aussitôt. Quelques minutes suffisent. J'étais au beau milieu de l'écriture, je suis descendue un soir, j'ai regardé les informations et il y avait un reportage sur le vol du tableau de Munch, Le cri - le vol ressemblait trait pour trait à ce que je venais d'écrire...

Dans Crack en stock quand le livre commence, Kate et son petit ami Richard font semblant de vouloir acheter une voiture car ils veulent dévoiler une escroquerie. La voiture qu'ils ont "achetée" est volée. Deux jours plus tard, Richard repère la voiture, garée en plein centre ville. Il a toujours les clés, donc il  la récupère mais oublie d'en informer la police... qui bien sûr l'arrête alors qu'il rentre chez lui. On refuse de le croire, surtout quand on retrouve un sac de cocaïne dans la voiture. Il est donc inculpé d'intention de trafic de drogue... C'est exactement au moment où j'écrivais ce passage que des amis sont arrivés pour dîner. L'une d'entre eux était avocat de la défense, et elle m'a raconté ce qui était arrivé à un de ses clients. C'était un voleur de voiture, et il avait volé une voiture loin du centre ville. En s'enfuyant, il s'était fait arrêter par la police qui avait fouillé la voiture et y avait trouvé un sac de drogue sous le siège passager. Il avait été inculpé d'intention de trafic de drogue... 

Dans le genre moins léger, quand j'écrivais La fureur dans le sang, il m'est arrivé quelque chose de pas très agréable. L'un des personnages du livre s'appelait Kayleigh. C'était une ado disparue. La police n'avait pas pris sa disparition très sérieux, ils pensaient qu'elle avait fugué. C'est alors que j'ai entendu aux infos l'histoire d'une jeune fille, Kayleigh, qui avait disparu, et sa mère se plaignait de ce que la police ne prenait pas sa disparition au sérieux parce qu'ils pensaient qu'elle avait fugué. Je me suis dit : "Drôle de coïncidence", et j'ai changé le prénom du personnage, je l'ai appelée Donna. J'ai envoyé le premier jet à mon éditrice, et la première chose qu'elle m'a demandé, c'était de rectifier la scène où l'on découvre la jeune fille. A l'origine, le lecteur n'était pas présent. Elle me demandait d'écrire une scène où le lecteur était témoin. Un matin, je me suis assise, j'ai écrit la scène, j'y ai travaillé pour la rendre aussi puissante et immédiate que possible. Je suis descendue déjeuner, et à la radio on annonçait que Kayleigh avait été retrouvée assassinée le matin même. Cette histoire m'a vraiment terrifiée. 

IR: Je suis souvent surpris par le nombre d'auteurs de romans policiers qui ne savent pas ce que va devenir leur histoire quand ils commencent un roman. (C'est sans doute une des seules choses que je partage avec PD James). Que savez-vous avant de commencer à écrire ? Votre roman ressemble-t-il toujours à votre première idée ?

VM: Je suis une maniaque de la planification. Je suis incapable de commencer à écrire tant que je ne sais pas où je vais et comment j'y vais. Je retravaille l'histoire dans ma tête jusqu'à ce que je sois prête, j'essaie toutes les possibilités imaginables, j'écarte celles qui ne me conviennent pas. Avant de commencer, j'écris un synopsis très détaillé et je m'y tiens au plus près. En cours d'écriture, il m'arrive souvent de penser à d'autres façons de faire, mais je ne m'écarte jamais beaucoup. Une fois, je suis allée jusqu'au bout d'un premier jet, puis j'ai décidé que le meurtrier n'était pas le bon, qu'un autre personnage était beaucoup plus plausible. Cela m'a vraiment découragée, car je pensais que j'allais être obligée de tout reprendre et de réécrire des passages entiers. En fait, j'ai pu me contenter d'écrire une scène supplémentaires, qui introduisait le meurtrier cinquante pages plus tôt. A l'évidence, mon subconscient savait mieux que moi où devait aller le livre... Mais la plupart du temps, j'arrive là où j'avais prévu d'arriver. Cela me permet de terminer l'écriture avant d'en avoir assez de tout ça !

IR: Comment percevez-vous la situation de la littérature policière, avez-vous une idée de ce qu'elle va devenir ?

VM: A mon sens, la littérature policière ne s'est jamais mieux portée. La gamme des styles, des tons et des sujets embrasse tout ce qu'on peut imaginer, et c'est difficile de ne pas être optimiste. Ce qui est particulièrement réjouissant, c'est la quantité de jeunes auteurs qui choisissent la littérature policière. Cela garantit une certaine fraîcheur, de nouvelles expériences. J'adore lire les premiers romans : cela me permet de rester vigilante lorsque je m'aperçois qu'il y a beaucoup de jeunes talents qui ne demandent qu'à me doubler !

IR: Si on vous demandait d'apparaître à l'émission d'Oprah Winfrey, quelle légende voudriez-vous qu'on mentionne après votre nom : auteure de roman policier, auteure écossaise, romancière, bonne vivante ?

VM: Icone culturelle internationale, bien sûr ! Si je passais chez Oprah, ils pourraient bien écrire tout ce qu'ils veulent !

IR: Votre maison brûle, vous pouvez sauver deux livres seulement. Un de vous, un d'un autre auteur. Lesquels ?

VM: Quatre garçons dans la nuit, c'est celui que j'écris en ce moment. Ce serait terrible de perdre tout ce que j'ai déjà écrit...
Et puis The Chalet School in Exile, d'Elinor M. Brent-Dyer (auteur d'une série d'une soixantaine de livres pour enfants publiés entre 1925 et 1970 - NdT) . Ce livre est mon réconfort, mon livre de chevet et l'original est épuisé. Tous les autres livres, je les retrouverais facilement.

IR: Pour vous, que signifie le mot "mal" ? 

VM: Changer des couches, faire ses dents...
Plus sérieusement, je ne crois pas à l'existence d'une force abstraite qu'on appelle le mal. Certains auteurs écrivent sur le mal comme si c'était un virus qu'on peut attraper, ou encore quelque chose avec lequel on naît, ce qui nous déculpabilise totalement. Certaines personnes infligent à d'autres des choses terribles, on ne peut pas le nier. Mais pour moi, de tels comportements sont le résultat d'une expérience individuelle et des conditions sociales. La personne à qui on a fait du mal a tendance à perpétuer le processus, voire à l'intensifier. Mais cette même personne, exposée à des circonstances différentes, agirait tout autrement. Je crois en la possibilité d'une rédemption personnelle. Mais c'est très difficile, avec toutes ces barrières personnelles et sociétales qu'on nous impose. C'est une des raisons pour lesquelles je suis profondément contre la peine de mort.

IR: Vous échouez sur une île déserte. Trois objets que vous aimeriez y trouver (ni bateau, ni hors-bord, bien sûr !) 

VM: Un ordinateur solaire avec tous mes jeux préférés, un traitement de texte et une webcam reliée à ma cuisine, qui me permettrait de voir grandir mon fils ; un fût sans fond de Macallan 18 ans d'âge ; un guide de la flore et de la faune régionale pour savoir ce que je peux manger sans risque.

28 avril 2011

Coup double pour Val McDermid

Pour un retour, c'est un retour : deux nouveaux McDermid en français, un poche (Sous les mains sanglantes) et un grand format (Sans laisser de traces). Val McDermid fait partie de mes auteurs préférés, et pourtant, paradoxalement, il n'en n'a guère été question sur ce blog : en fait, pour ne rien vous cacher, il y a sur ma table deux piles de livres : tous les Mc Dermid et tous les Rankin... Ils attendent bien sagement que j'aie suffisamment de temps pour leur consacrer un vrai gros dossier! Mais là, actualité oblige, je suis ravie d'avoir l'occasion de parler de cet auteure écossaise particulièrement attachante : quand on a commencé à lire ses romans, on les lit tous !
Sans laisser de traces est un gros livre de 450 pages dont l'action se passe en Ecosse. On sait que c'est là que Val McDermid a grandi, en pleine région minière. C'est là aussi, sur la côte Est,  qu'elle a fait figure de prodige en entrant à la prestigieuse Université d'Oxford, à l'âge précoce de 17 ans. Elle démarre dans l'écriture en tant que journaliste, puis se lance dans le roman au milieu des années 80, avec le succès que l'on sait. D'elle, on connaît surtout le célèbre tandem Tony Hill le profiler pas comme les autres / Carol Jordan la policière. C'est ce tandem qui a donné naissance à la série télé culte La fureur dans le sang avec Robson Green et Hermione Norris, que je vous recommande chaudement. 

Revenons à Sans laisser de traces. Le roman se passe donc en Ecosse, et son déroulement se partage entre une narration au présent et un passé douloureux: la grande grève des mineurs dans les années 80. Une période qu'a bien connue l'auteur, et qui lui a visiblement laissé un souvenir marquant. Elle dit d'ailleurs dans une interview qu'elle a porté ce roman longtemps : elle savait qu'elle devait, à un moment ou à un autre, écrire sur cette époque et sur ce lieu, mais il fallait que l'histoire "tienne la route". Et là, indubitablement, c'est le cas. Tout commence en 2007: Une femme vient signaler au commissariat la disparition d'un homme, Mick Prentice... 25 ans auparavant. Cet homme aurait fait partie des cinq mineurs qui choisirent d'abandonner la lutte pour aller travailler à Nottingham, laissant derrière eux famille et amis. Une famille qui a doublement souffert de la disparition et de l'accusation de trahison qui a pesé sur elle pendant des années. Mais la vérité n'est pas si simple... D'autant qu'à l'autre bout de l'Europe, en Toscane, la journaliste Bel Richmond fait des découvertes surprenantes qui pèseront lourd sur l'enquête de Karen Pirie. Dans ce roman, Val McDermid fait la preuve qu'il est possible d'écrire un roman noir efficace et intelligent, avec une intrigue brillamment construite, tout en décrivant de façon précise et vivante l'histoire d'un pays et celle d'un peuple. Peut-être plus émouvant qu'à l'habitude, ce roman est, on le sent, sorti tout droit de la mémoire de Val McDermid, de sa vie même. Il n'en n'est que plus passionnant.
Sans laisser de traces, traduit de l'anglais par Matthieu Farcot - Flammarion

Avec Sous les mains sanglantes, on se retrouve en territoire connu puisque le fameux tandem Carol Jordan / Tony Hill est à la peine pour découvrir les responsables d'une série de morts dans le milieu du football de Bradfield, cette ville imaginaire du nord de l'Angleterre qui sert de cadre aux enquêtes du couple. Seule différence, mais de taille, Tony Hill n'a pas les coudées franches, puisqu'il est hospitalisé après avoir été agressé par un des déments qu'il soigne. Au début du roman, c'est un footballeur star de l'équipe locale qui est victime d'un empoisonnement. L'ambiance dans la bonne ville de Bradfield devient d'autant plus irrespirable que bientôt, c'est au stade de Bradfield qu'une bombe explose... Carol Jordan ne s'en sortirait pas sans les lumières de son vieux complice, car Val McDermid nous a, là encore, concocté une intrigue particulièrement solide et résistante au simple bon sens... Autre particularité de ce roman : on en apprend davantage sur l'enfance de Tony Hill, et ça n'est pas triste ! Bref, un épisode largement à la hauteur de la série.
> Voir la bande annonce du roman

Sous les mains sanglantes, traduit de l'anglais par Philippe Bonnet et Arthur Greenspan - J'ai Lu

24 avril 2011

Quatre garçons dans la nuit

En tant que "fan" de Val McDermid, j'attendais avec impatience, et un peu d'inquiétude je l'avoue, l'adaptation télé de son roman Quatre garçons dans la nuit. Le "pitch" du roman : 1978, Rose, une jeune serveuse meurt poignardée à Saint Andrews, en pleine nuit, alors qu'elle rentrait du travail. Quatre étudiants bien imbibés, de retour d'une fête, la retrouvent et assistent, impuissants, à son agonie. La police les interroge et fait peser sur eux de lourds soupçons... Faute de preuves et d'indices, le dossier est classé, puis réouvert 25 ans plus tard lorsque l'un des étudiants, devenu médecin, est assassiné le jour anniversaire de la mort de Rose. Je viens de voir le premier épisode (il y en a 2, le deuxième passe demain soir sur la 2 et je ne saurais trop vous conseiller de le regarder), et franchement je suis agréablement surprise.

Bien sûr, ça se passe en Normandie, et pas en Ecosse, mais j'aime bien la Normandie! Bien sûr, dans le téléfilm, seuls 15 ans séparent les deux volets de l'histoire, au lieu de 25 dans le livre, ce qui mine de rien a son importance dans l'évolution des caractères. Mais les quatre comédiens (Julien Baumgartner, Thibault Vinçon, Pascal Cervo et Antoine Hamel), sont à la hauteur de la situation, le livre est bien servi par un scénario aux petits oignons, même si bien sûr on ne retrouve pas tous les détails qui caractérisent les romans très travaillés de Val McDermid, adaptation oblige. Dans ce premier épisode, le glissement insensible des relations entre les quatre garçons est plutôt bien rendu, chaque personnage acquiert facilement sa personnalité propre et forte, ce qui fait que l'on s'attache à chacun d'entre eux. Seul bémol (ha ha) : la musique, dont les effets font parfois dresser les cheveux sur la tête, involontairement hélas... Bon allez, on leur pardonne.

Le deuxième épisode se passe donc presque intégralement 15 ans plus tard. On retrouve nos quatre garçons devenus adultes. Les relations entre eux se sont pour le moins distendues, ils se voient de temps à autre mais en fait ni les uns ni les autres n'ont pu oublier l'atroce crime qui les a réunis autrefois. Bon, autant l'avouer, cette deuxième partie est assez décevante. On a un peu l'impression qu'il fallait à tout prix arriver au dénouement et que du coup, le travail sur la psychologie des personnages a souffert de l'urgence... Il manque également pas mal d'éléments par rapport au roman. Et pour tout dire, au bout d'une demi-heure, on a déjà compris qui était le coupable, ce qui fait que l'heure finale n'est plus qu'un long chemin balisé d'embûches jusqu'à la vérité. Les personnages qui étaient plutôt subtils deviennent presque caricaturaux, les lieux communs s'accumulent, bref ça part à vau l'eau... Dommage, le défi était relevé avec le premier épisode, l'échec est patent avec le deuxième.

La fureur dans le sang, série addictive

La fureur dans le sang (Wire in the Blood) est une série anglaise en 6 saisons diffusée de 2002 à 2008 par le réseau britannique ITV. Elle a également été programmée en France par Canal +, et est rediffusée par NT1. Très noirs, ces films ne sont pas à mettre entre toutes les mains, mais la violence n'y est jamais gratuite. Les premiers épisodes étaient directement inspirés de romans et de personnages créés par l'auteur de polar écossaise Val McDermid, qui s'y est beaucoup impliquée.Voici un extrait d'une interview qu'elle a donnée après avoir appris l'arrêt de la série : "Année après année, Coastal (la société de production basée à Newcastle) a produit des films d'une qualité fantastique avec un budget de bouts de ficelle. Ils ont rapporté des millions de livres à l'économie du nord-est de l'Angleterre, et dans la mesure où ils sont la seule entreprise de la région qui produise des séries télévisées, cela va engendrer une perte de talents qui va bien au-delà de nos intérêts personnels." Effectivement, cette série a été diffusée dans 30 pays différents, et ses derniers épisodes attiraient 4,5 millions de téléspectateurs. Visiblement, la qualité ne paie pas suffisamment...

L'acteur principal est Robson Green, qu'on a vu dans une autre série anglaise passionnante, Touching Evil (Les forces du mal), dont certains épisodes ont été diffusés en français, et le sont encore de temps à autre (à vous de guetter !).

Le héros de La fureur dans le sang est donc le Docteur Tony Hill, psychologue et universitaire, qui collabore avec la brigade criminelle de la ville fictive de Bradfield, dans le nord de l'Angleterre. Dans les premiers épisodes, il fait équipe avec Carol Jordan, incarnée par Hermione Norris, qui sera remplacée par Alex Fielding (Simone Lahbib). Dans la plupart des épisodes, le duo principal est confronté à un tueur en série qu'il s'agit d'arrêter avant qu'il ne récidive. Attention, pas n'importe quel tueur en série : les assassins ne manquent pas d'imagination pour masquer leur personnalité et déjouer les capacités psychiques étonnantes dont fait preuve le docteur Hill. En effet, ce dernier a la particularité de pouvoir entrer en empathie avec le tueur afin de mieux anticiper sa pensée et son action. Il va de soi qu'il a bien du mal à convaincre ses collègues policiers cartésiens de la crédibilité de ses hypothèses. D'autant que le docteur Hill est un drôle de bonhomme, peu soucieux des convenances, quelque peu sociopathe, et qu'il a parfois des réactions surprenantes.
Robson Green a réussi là une belle création avec ce "profiler" aux yeux troublants, sa silhouette hésitante, son bras toujours prolongé d'un sac en plastique bleu rempli de dossiers. Si un psychologue se penchait sur son cas, il aurait du travail : car son atout maître, sa capacité d'empathie avec les criminels, lui fait mener une vie franchement épuisante, avec ses insomnies, ses crises d'angoisse et ses visions souvent prémonitoires. Attachant, intriguant, le Dr Hill mériterait une aussi belle carrière que son compatriote le Dr House ! Avec les policiers, le Dr Hill forme une équipe singulière, où la défiance le dispute à l'admiration. Les intrigues sont très travaillées, et les meurtriers sont toujours des personnalités insondables, jamais des monstres inhumains. Ses méthodes peu orthodoxes le mettent sans cesse en danger, aussi bien physiquement que psychologiquement. Quant à la mise en scène, en fait elle varie beaucoup en fonction des épisodes, puisque pas moins de 8 réalisateurs se sont lancés dans l'aventure. Ainsi, certains épisodes bénéficient (ou souffrent, selon les goûts) d'une réalisation ultra rapide, avec des mouvements de caméra étourdissants. D'autres, en revanche, font la part belle aux plans plus longs et s'appesantissent d'avantage sur les personnages. Globalement, ces derniers sont tous particulièrement réussis et constituent une équipe qu'on a hâte de retrouver d'épisode en épisode. Quant aux criminels, ils constituent une galerie de portraits unique en son genre. L'évolution des relations entre les différents personnages est rendue avec sensibilité, notamment celle entre le Dr Hill et Carol Jordan, puis Alex Fielding, conférant à la série un aspect affectif à la fois très fort et subtil. Inutile de le cacher, La fureur dans le sang est une série très noire, et on dira pudiquement qu'elle n'est pas destinée aux enfants. Le suspense y est très efficace, les personnages se mettent vraiment en danger, et il est bien rare qu'on arrive à deviner la fin. Pour terminer, une mise en garde : cette série formidable est véritablement addictive : gare à ne pas devenir "accro"...

Les 5 premières saisons de la série sont disponibles en DVD

Les épisodes

SAISON 1
1.Le Chant des sirènes (The Mermaid Singing)
2.Chapelle ardente (Shadows Rising)
3.Anges et démons (Justice Painted Blind)

SAISON 2
1.Le Silence des collines (Still She Cries)
2.Illumination (Right to Silence)
3.Dans l'ombre du roi (The Darkness of Light)
4.L'Ange de la miséricorde (Sharp Compassion)

SAISON 3
1.Rédemption (Redemption)
2.Mauvaise graine (Bad Seed)
3.Quand la nuit tombe (Nothing But The Night)
4.Le Sniper (Synchronicity)

SAISON 4
1.La Remplaçante (Time to Murder and Create)
2.Le Mur du silence (Torment)
3.Les Âmes perdues (Hole in the Heart)
4.Retrouvailles fatales (The Wounded Surgeon)

SAISON 5
1.Enfance brisée (The Colour of Amber)
2.Nocebo (Nocebo)
3.Le Nom des anges (The Names of Angels)
4.Les péchés des mères (Anything You Can Do)
5.Massacre au Texas (Prayer of the Bone)

SAISON 6
1.Abomination (Unnatural Vices)
2.L'Ombre de la vengeance (Falls the Shadow)
3.Géniteur par procuration (From the Defeated)
4.Le Purificateur (The Dead Land)

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