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19 septembre 2019

Joe Meno, « La crête des damnés » : entre roman punk et roman d’apprentissage


A l’heure où un grand magasin parisien particulièrement apprécié par la grande bourgeoisie du VIIe arrondissement fait la publicité d’une grande exposition baptisée « So punk » dont se font l’écho avec une délectation un peu effarouchée les blogs dits « tendance », il est grand temps de se demander ce que peut bien être un roman punk. Le roman de Joe Meno va-t-il nous donner la réponse ?

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Punk (définition Larousse) : "Se dit d'un mouvement musical et culturel apparu en Grande-Bretagne vers 1975 et dont les adeptes affichent divers signes extérieurs de provocation (crâne rasé avec une seule bande de cheveux teints, chaînes, épingles de nourrice portées en pendentifs, etc.) afin de caricaturer la médiocrité de la société."
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Joe Meno, dans La Crête des damnés (paru aux Etats-Unis en 2004), déborde allègrement de la définition du Larousse. Le punk dont il est question dans le roman est plutôt américain, et date plutôt des années 90, puisque c’est en octobre 1990 que démarre le roman. Les puristes, qui pensent que le punk, c’était fini en 1980, protesteront peut-être : il faut dire que le mouvement anglais, dont l’esprit « no future » et naturellement éphémère se révoltait contre l’establishment et la société, et dont la musique entendait bien mettre fin à l’hégémonie des groupes « dinosaures » des années 70, avait parfaitement rempli sa double mission.  

7 septembre 2019

Seth Greenland, "Mécanique de la chute" : où le pire n'est jamais sûr

Seth Greenland a grandi dans le milieu de la publicité, et a écrit pour la télévision et la presse avant de se consacrer à la littérature. Il est l’auteur de cinq romans, tous traduits chez Liana Levi. S’il vit en Californie, c’est New York qui est au centre de ses livres, et Mécanique de la chute ne fait pas exception à la règle. Satire, humour, vision cruelle sur la vie de ses contemporains dans l’Amérique d’aujourd’hui, Seth Greenland est tout à la fois un témoin et un acteur distancié de la « modernité » qui nous entoure. Il n’a pas son pareil pour démonter les mécanismes tapis derrière les apparences, pour révéler les médiocrités, les faiblesses et la monstruosité du monde où il habite.

25 février 2019

Megan Abbott, "Prends ma main" : le sang des femmes

Megan Abbott n'a pas son pareil pour raconter des histoires qui se situent dans des milieux fermés où la compétition fait rage. Quand en plus, ces milieux sont féminins, les enjeux sont plus complexes encore. Dans Avant que tout se brise (voir chronique ici), elle avait choisi le monde des gymnastes, nœud de vipères notoire... Avec Prends ma main, changement de registre : c'est la recherche scientifique qui va servir de cadre à ce thriller psychologique sans pitié.

Kit est en post-doctorat. Elle travaille depuis plus d'un an au Labo du Dr Severin. Tous les matins, elle arrive la première. Ce matin-là compte encore plus que les autres : le Labo vient d'obtenir une subvention des National Institutes of Health pour un nouveau projet de recherche, et les places dans l'équipe vont être chères, très chères. Le sujet : le trouble dysphorique prémenstruel. Un syndrome bien pire que le simple syndrome prémenstruel, un état de désordre indescriptible : sautes d'humeur, crises d'agressivité et de violence incontrôlables, ce trouble mal connu et mal décrit, s'il touche peu de femmes, est d'une gravité extrême et peut déboucher sur de véritables drames. C'est dire que l'enjeu, réel comme symbolique, est fort et déchaîne les ambitions, y compris des hommes qui forment la majorité de l'équipe de recherche. Pour Kit, le défi est double : scientifique et personnel... 

21 janvier 2018

Martin M. Goldsmith, "Détour" : c'est la faute au destin...

Détour, publié en 1939 pour la première fois, a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Edgar G. Ulmer six ans plus tard, et le film éponyme est devenu un grand classique du film noir, à tel point qu'il a peut-être occulté l’œuvre d'origine. Riche idée des éditions Rivages : Détour ressort en ce début d'année, et c'est une bonne nouvelle. Publié pour la première fois aux Etats-Unis dix ans après Moisson rouge de Dashiell Hammett et la même année que Le grand sommeil de Raymond Chandler, Détour se ressent encore de la grande crise de 1929, mais Goldsmith ne se prive pas de recourir à l'humour cynique qui deviendra la marque du grand Chandler. Martin M. Goldsmith, né en 1913, a publié trois romans avant de devenir scénariste pour le cinéma et la télévision. A la lecture de Détour, on comprend pourquoi... 

Détour se lit en une traite. Pour la bonne raison que Goldsmith, dès les premières pages, enchaîne son lecteur au sort d'Alexander Roth, violoniste de son état, amoureux de l'irrésistible Sue, "chorus girl" dans le cabaret new-yorkais où il joue. Alexander a du goût pour la musique classique, c'est un peu frustrant pour lui que de jouer dans un orchestre de club... Mais que ne ferait-il pas pour rester près de Sue ? Tout se passe bien, c'est l'amour fou, mariage en vue malgré l'opposition de la mère de Sue. Et puis Alex se fait virer : il a mis son poing dans la figure d'un client aux mains un peu trop baladeuses... Retrouver du travail à New York après ça relève de la gageure. 

21 octobre 2017

Dennis Lehane, "Après la chute" : entre frustration et ressentiment

Le problème quand on ouvre un roman signé d'un nom aussi vénéré que celui de Dennis Lehane, c'est qu'automatiquement, on a des attentes qui ne sont pas petites. L'homme est prolifique, ses inspirations multiples, son talent impossible à cantonner dans des limites stylistiques, sa bibliographie impressionnante. Ces dernières années, ses activités de scénariste pour la télévision et le cinéma ont sans doute pris le pas sur la littérature.

Mais lors de sa prestation au dernier festival de Harrogate (voir ici), il affirmait : "Le travail que j'ai effectué pour la télévision m'a encore plus engagé à faire de vrais romans. Le dernier fait 700 feuillets, et il m'a fallu trois versions pour y arriver... Je déteste les gens qui disent qu'un roman est "cinématographique". La littérature vient avant. C'est le cinéma qui est littéraire."  Une telle profession de foi ne pouvait qu'encourager à la lecture de Après la chute, c'est donc avec un bel enthousiasme que je l'ai entreprise.

14 septembre 2017

Ron Rash, "Par le vent pleuré" : le fantôme de la rivière

1969, en Caroline du nord, dans la petite ville de Sylva. Au bord de la rivière,  deux frères, Bill, l'aîné, qui a cinq ans de plus qu'Eugene, se livrent à des parties de pêche bucoliques et à des baignades rafraîchissantes sous le soleil brûlant. C'est Eugene, le cadet, qui va endosser le rôle du narrateur et prendre la parole, 46 ans plus tard, pour nous raconter l'histoire de Par le vent pleuré. 

Sylva, de nos jours. En première page du journal local, l'info du jour : on vient de retrouver les restes d'une jeune fille ... 

En 1969, à Sylva, on ne veut pas savoir ce qui se passe ailleurs : les hippies, la musique pop, le Vietnam, la contestation, la drogue, tout cela n'existe pas, ou alors dans un autre monde. Cet autre monde-là va se manifester sous les traits de Ligeia, jeune fille rousse venue de Floride passer quelque temps dans sa famille, à la campagne. Ligeia surgit pour la première fois dans la vie de Bill et Eugene au beau milieu d'une partie de pêche. 

21 juin 2017

Chuck Palahniuk, "Le Purgatoire": Madison au pays des horreurs

Revoilà Mademoiselle Madison Spencer, jeune morte assassinée de son état. Et elle va faire tout ce qu'il faut pour mettre un bazar sans nom dans le monde des vivants... Les fans de Chuck Palahniuk reconnaîtront tout de suite Madison, puisqu'on a fait sa connaissance dans Damnés, sorti en 2014 chez Sonatine. A l'époque, Madison était en enfer, où elle côtoyait toutes sortes de personnages plus célèbres les uns que les autres, rock stars, stars de cinéma et du show bizz échouées là suite à une vie de dépravation et d'excès. Que diable faisait une fillette de 13 ans dans ce lupanar des damnés ? Qu'à cela ne tienne, dans Le Purgatoire, Palahniuk en extrait Madison pour la parachuter dans le monde des non-morts, où elle va poursuivre sa quête. Elle ne va pas être déçue du voyage, et nous non plus.

15 janvier 2017

Joe Meno, "Le Blues de La Harpie" : "Personne n'est jamais totalement innocent" (Ian Rankin)

Tout commence avec Johnny Cash, Folsom Prison Blues, et c'est Joe Meno qui l'a décidé. Agullo éditions nous offre là le premier roman traduit en français d'un romancier dramaturge et journaliste né en 1974. Le Blues de La Harpie est son deuxième roman, initialement publié en 2001. Ce qui n'a rigoureusement aucune incidence puisque, si on sait dès le départ que l'histoire se déroule à La Harpie, bourgade de l'Illinois, l'époque n'a absolument aucune importance... 

Adoubé par Hubert Selby Jr lui-même, Joe Meno débarque donc en contrées francophones avec ce roman qui nous dévoile les codes de vie d'une petite ville un brin paumée en pleine campagne du MidWest. 




11 octobre 2016

SG Browne, "La Destinée, la Mort et moi" : y a-t-il une vie après la mort ?

Scott G. Browne est, selon le site Kirkus, "un des meilleurs romanciers satiriques américains." Après avoir lu La Destinée, la Mort et moi - Comment j'ai conjuré le sort, on ne va pas vous dire le contraire. SG Browne vit à San Francisco, et le public français a pu le découvrir à travers Heureux veinard, paru en Série noire en 2012, Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour et Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël, tous deux parus chez Mirobole en 2013 et 2014.

Avec La Destinée, la Mort et moi, il n'a rien perdu de sa verve ni de ses inquiétudes métaphysico-politiques... Le héros du roman s'appelle Sergio, mais ne vous y trompez pas, il n'est ni coiffeur ni barman... Dans la vie, il s'occupe du Sort des 83% d'humains qui ne relèvent pas de la Destinée. C'est-à-dire très probablement vous et moi, qui n'allons devenir ni Prix Nobel, ni Président des Etats-Unis...

25 septembre 2016

Megan Abbott, "Avant que tout se brise" : de monstrueux prodiges

J'ai eu le plaisir de rencontrer, brièvement, Megan Abbott au festival America. J'ai juste pu lui glisser à l'oreille que plus elle écrivait, plus j'aimais ses romans, et c'était parfaitement sincère. Je n'avais pas encore lu Avant que tout se brise, qui vient de sortir aux éditions du Masque, et qui ne fait que confirmer, à la puissance 10, mon admiration pour cette auteure qui, avec chaque roman, affirme un peu plus son originalité et sa force singulières.

14 août 2016

Shirley Jackson, "Nous avons toujours vécu au château" : quand l'écriture vous ensorcèle

Nous sommes au mois d'août... Bientôt la rentrée littéraire et son raz-de-marée de nouveautés dont nous ne lirons pas le dixième. Désespérant. Alors tant qu'à faire, pourquoi ne pas aller puiser dans la longue liste de ces romans qu'on a toujours eu envie de lire, mais jamais eu le temps de déloger de leur place là-bas, dans l'étagère aux trésors ? Pour commencer, un grand merci à Jean-Paul Gratias, le traducteur du roman, dont l'éloquence a largement contribué au choix (voir ici). Shirley Jackson, romancière américaine morte en 1965 à l'âge de 48 ans, est notamment connue pour avoir inspiré quelques films cultes, parmi lesquels l'effrayant La maison du diable, de Robert Wise (1965), d'après son roman The Haunting of Hill House, que Stephen King considérait comme un des meilleurs romans fantastiques. Quant à Neil Gaiman, il voue à Nous avons toujours vécu au château une admiration indéfectible : "C'est un merveilleux roman littéraire, et aussi un roman de mystère, l'étude parfaite de ce qui se passe à l'intérieur de la tête d'une personne - un roman étrange, qui se tient à la limite du fantastique sans jamais y tomber. J'aime le malaise qui s'en dégage."

10 juin 2016

Jon Bassoff, "Corrosion" : le titre parfait

Premier roman d'un natif de New York vivant dans le Colorado, Corrosion , comme son titre l'indique, attaque d'emblée la peau superficielle de son lecteur, puis fait son chemin, lentement, sûrement, vers l'intérieur, abattant sur son passage tous les barrages que ledit lecteur a pu dresser au fil de son expérience, semant le désordre dans toutes ses certitudes, grillant tous les feux rouges, roulant à tombeau ouvert vers son destin, sa fatalité, son ultime apocalypse.

En 228 pages où ne subsiste que l'essentiel, Jon Bassoff, plus que nous raconter l'histoire de ce vétéran de la guerre en Irak défiguré, revenu au pays par fatalité plus que par nostalgie ou par choix, nous entraîne avec lui vers une catastrophe inéluctable, on le sait dès le début... Mais ce qui est intéressant, c'est, justement, ce qui survient entre le début et la fin du livre : ce par quoi l'auteur choisit de nous faire passer, nous transformant en équilibristes, en randonneurs des mots, en aventuriers de la page imprimée. Il ne nous ménage pas ...

27 mars 2016

Jake Hinkson, "L'homme posthume" : comment vit-on quand on est mort?

Jake Hinkson a fait son entrée dans le paysage de la littérature noire en même temps que dans la collection néonoir de Gallmeister l'an dernier, avec L'enfer de Church Street, qui a remporté à peu près tous les suffrages. Le deuxième roman, c'est l'obstacle redoutable, disent souvent les auteurs et les éditeurs. Avec L'homme posthume, Jake Hinkson le passe d'une drôle de façon, avec un roman impossible à lâcher, où l'on retrouve les thématiques de L'enfer de Church Street intégrées à un récit que sa longueur apparente à la nouvelle, avec les codes qui vont avec, en tout cas en matière de roman noir : rapidité d'exposition, rapidité d'action, personnages et situations choc.

Nous sommes à Little Rock, Arkansas. Et ça ne ressemble pas à ce que nous en chantaient Marilyn et Jane dans Les hommes préfèrent les blondes :



18 janvier 2016

Castle Freeman Jr., "Viens avec moi" : quand le lecteur obéit au titre...

Viens avec moi est le premier roman de Castle Freeman Jr. traduit en français, et son troisième roman publié. Castle Freeman Jr. a une bonne tête, et il n'est pas un perdreau de l'année puisqu'il a quand même 72 ans. Né au Texas, il s'est très vite installé dans le Vermont, où se déroule l'histoire de Viens avec moi.

18 octobre 2015

Ross Macdonald, Les oiseaux de malheur : un panier de crabes pour Lew Archer

En 2012, les éditions Gallmeister ont l'idée de génie de retraduire la série d'enquêtes du privé Lew Archer signée Ross Macdonald. Si vous vous imaginez que ça ne valait pas la peine, jetez un coup d’œil ici, et vous verrez tout de suite à quel point la qualité d'une traduction change radicalement la perception du lecteur... Gallmeister ne s'y est pas trompé : l'éditeur a choisi Jacques Mailhos pour ce projet à long terme (18 volumes dont l'écriture s'échelonne entre 1949 et 1976). Ross Macdonald, digne successeur de Raymond Chandler et Dashiell Hammett, admiré par James Ellroy et Michael Connelly, est né en 1915 en Californie. Vie mouvementée, drames familiaux, guerre : avant de devenir romancier, Ross Macdonald a eu une vie bien remplie. Il publie son premier roman, The Dark Tunnel, en 1944. Mais sa vie personnelle et familiale traverse des tourmentes : tentative de suicide, maladie mentale, délinquance et fugue de sa fille... Autant d'épreuves qui vont marquer un tournant dans le style de Macdonald, qui s'attache de plus en plus à des thématiques difficiles, sombres, profondes. Pour en savoir plus sur l'auteur, rendez-vous sur le site de Gallmeister.

9 février 2015

Lawrence Block, La musique et la nuit : des nouvelles de Matt Scudder

Cela faisait plusieurs années que je n'avais pas fricoté avec le privé de Lawrence Block, Matt Scudder, ex-flic alcoolique devenu détective suite à un dérapage incontrôlé de sa vie professionnelle, et au naufrage de sa vie privée. Comme souvent, le format "nouvelles" est un excellent moyen de renouer avec une vieille connaissance. Scudder est un homme attachant, comme beaucoup de perdants magnifiques. Il vit à New York, dans un hôtel de la 57e rue, seul bien sûr, et il a ses repères, des bars pour la plupart, où il retrouve ceux et celles qui constituent maintenant sa famille, son décor. Des paumés, des solitaires, fous ou sages, tristes ou gais, hommes et femmes. Ceux qui sont là tous les jours, au même endroit, et qu'on finit par ne plus voir jusqu'à ce qu'autour d'eux se noue un drame, absurde ou émouvant. Intrigues, histoires mortelles, vies fracassées ou existences tordues : voilà ce que racontent les onze nouvelles qui composent ce recueil.

2 décembre 2014

John Connolly et Thomas H. Cook chez Ombres noires : beau doublé !

Ça fait un moment que je voulais vous parler d'une série d'ouvrages courts publiés par Ombres noires. Un beau choix d'auteurs, des textes de grande qualité, une mise en page soignée et un petit format bien adapté à ces bijoux littéraires, une interview de l'auteur en complément du texte : le lecteur ne peut pas demander grand-chose de mieux. C'est dans cette série que sont parus deux textes signés respectivement John Connolly et Thomas H. Cook.

26 octobre 2014

James M. Cain, Bloody Cocktail : un dernier roman d'une noirceur absolue

Je vais vous faire un aveu : parmi les grands du roman noir américain, j'ai un gros faible pour James M. Cain. J'aime le style de Chandler et son héros humaniste et désespéré, la violence froide et l'écriture épurée de Dashiell Hammett, Jim Thomson, Chester Himes... Mais James M. Cain est celui qui m'a toujours fascinée, probablement pour sa façon d'écrire sur les femmes. Les héroïnes de Cain sont des femmes brisées, fatales à elles-mêmes et à ceux qu'elles aiment, sous le coup d'un destin terrible ou d'une passion mortelle. Ce sont des femmes qui s'en sortent à la force du poignet, si j'ose dire. Des femmes qui bossent, comme Mildred Pierce et ses restaurants à succès. Des femmes qui subissent des hommes haïssables ou méprisables, qui font l'erreur de penser que le prochain prince charmant qui s'arrêtera sur leur chemin les sauvera du sort qui leur est réservé. Des femmes prêtes à tout pour échapper à la noirceur dans leur destin, des femmes d'origine modeste, souvent, qui croient pouvoir fuir un temps ce que réserve la société américaine aux personnes dans leur genre, qui ne sont pas nées avec une cuiller en argent dans la bouche. Le mépris des femmes qui ont la légitimité de leur naissance et de leur appartenance à la bonne société, le mépris doublé de désir des époux de ces femmes-là. Et finalement, toujours, le drame. Oui, James M. Cain est le champion de ces femmes-là. D'aucuns le disent misogyne. Il est juste réaliste face au sort que réserve aux femmes la société américaine puritaine et sans pitié. Beaucoup de critiques contemporains le considèrent comme le parent pauvre du hard boiled américain. Ils le jugent un peu vulgaire, l'accusent d'insister sur les aspects sexuels de ses histoires pour séduire le bon peuple. Ils ont tort, bien sûr...

25 mai 2014

Adrian McKinty, A l'automne, je serai peut-être mort : l'Irlandais de New York... et d'ailleurs

Adrian McKinty, né en Irlande du Nord en 1968 et diplômé d'Oxford, vit aujourd'hui en Australie, après avoir habité New York puis le Colorado. Il est l'auteur de 14 romans dont 9 se répartissent en trois trilogies. C'est sur le premier volume de la trilogie Michael Forsythe, qui est également le premier roman publié de l'auteur,  que nous allons nous pencher, A l'automne je serai peut-être mort, paru en 2003. Autant le dire tout de suite, voilà un auteur qui prend d'ores et déjà sa place dans mon Panthéon personnel. Voix singulière, approche sensuelle et physique de la géographie et des déplacements des personnages, accès de violence extrême suivis de passages à l'humour ravageur, McKinty a tout de l'auteur à suivre...

4 avril 2014

James Ellroy à Paris, le sage, le fou et le poète

Il y a deux jours, James Ellroy présentait son nouveau roman, Extorsion, à la librairie Le thé des écrivains. Un roman bref, sous-titré Les confessions de Fred Otash. Si ce nom vous dit quelque chose, c'est que ce personnage bien réel figurait déjà dans l’œuvre d'Ellroy : ancien flic, ancien détective privé, éternel pourri, cet homme peu recommandable, maître chanteur et proxénète, jouait son propre rôle dans deux des volumes de Underworld USA. Ce soir-là, plus d'un blasé s'est redécouvert un coeur de fan... D'autant que James Ellroy, précédé d'une réputation d'homme irascible et légèrement caractériel, s'est montré sous un jour inhabituel, drôle, ironique, souriant, acteur consommé. Et puis laisser la parole à Dylan Thomas, c'est quand même d'une grande élégance...

James Ellroy
Morceaux choisis :
Fred Otash, c'est un clochard, un cochon et un "deep shit" - une sombre merde, un casse-couilles. Quand je l'ai rencontré, j'étais persuadé qu'il ferait un formidable personnage pour American Tabloid, dans le cadre des assassinats de J.F. Kennedy et Martin Luther King. Je lui ai fait signer un papier me promettant qu'il ne contredirait pas ce que j'allais écrire, et bien sûr je m'engageais à le payer. J'étais sûr qu'il allait m'entuber... Mais il est mort, et du coup j'ai pu utiliser sa vie gratuitement et librement.

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