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29 avril 2021

Adrian McKinty, Ne me cherche pas demain : Sean Duffy et le MI5


Quelle joie de retrouver Sean Duffy, flic à Carrickfergus, non loin de Belfast ! Il y a quelques semaines encore, Belfast s'embrasait, révélant le déchirement de l'Irlande du Nord face au Brexit : le retour d'Adrian McKinty est une bonne façon de se rappeler que la question irlandaise n'est pas une affaire classée. Après Une Terre si froide et Dans la rue j'entends les sirènes, l'inspecteur, catholique au milieu d'une police majoritairement protestante, n'a plus le cul entre deux chaises, mais il est carrément tombé entre les deux. Sa dernière affaire ne lui a pas valu que des amis, et le voilà prié de se mettre au vert ou, pour le dire clairement, radié de la police. Le motif officiel ne tient pas, les accusations qu'on lui oppose pas davantage : en réalité, Duffy dérange tout le monde et on est bien content, en haut lieu, d'en être débarrassé... Que fait un inspecteur irlandais radié de la police ? Pas grand-chose : boire, fumer, écouter de la musique, vérifier que sa voiture n'est pas piégée... La déprime menace. 

15 octobre 2019

Stuart Neville, « Ceux que nous avons abandonnés » : un très grand roman noir

J’aime beaucoup Stuart Neville, mais ses derniers romans m’avaient un brin désorientée. Un peu l’impression que l’homme se cherchait, et le lecteur aussi, du coup ! Avec Ceux que nous avons abandonnés, aucun doute n’est permis : tout est là. Le style, l’intrigue, le contexte, l’émotion, les personnages, le suspense. Et ce quelque chose en plus qui confère à Stuart Neville toute sa singularité.

Belfast. Ciaran Devine, 19 ans, vient de passer sept ans dans un centre de détention pour mineurs. Son frère aîné Thomas, lui, est sorti deux ans auparavant. Ciaran, à l’âge de 12 ans, a été condamné pour le meurtre de M. Rolston,  le père de la famille d’accueil où il avait été placé.   Un meurtre d’une violence inouïe, à peine croyable venant d’un enfant de 12 ans. 

8 octobre 2017

Colin O'Sullivan, "Killarney Blues" : while my guitar gently weeps...

Colin O'Sullivan est un artiste irlandais aux multiples talents - comédien, poète -. Il vit au Japon où il enseigne l'anglais, et Killarney Blues est son premier roman. Comme son titre l'indique, son action se déroule dans la jolie ville de Killarney,  aux portes du Parc national du même nom, au sud-ouest de l'Irlande. Killarney, ses jolies maisons, ses petites rues pavées, son château, ses calèches, ses pubs, sa musique irlandaise, ses touristes venus du monde entier. Et puis Bernard Dunphy. La trentaine, l'allure d'un ado attardé, vêtu d'un gros manteau noir qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse soleil. Bernard vit encore avec sa mère Brigid et leur vieille jument Ninny. Il gagne sa vie en tant que jarvey, c'est-à-dire qu'il promène les touristes dans sa carriole, aux rênes de Ninny. Il a une passion, celle que lui a transmise son père mort noyé dans des circonstances un peu troubles alors qu'il était enfant : le blues, le vrai, celui du Delta. Et ce qui va avec : la guitare. Il vit blues, dort blues, aime blues. 

8 mai 2017

Tana French, "L'Invité sans visage" : combat sans pitié pour enquêtrice farouche

Un nouveau roman de Tana French, c'est toujours un jour de fête pour moi... Et L'invité sans visage ne fait pas exception à la règle. Nous retrouvons l'inspecteur Antoinette Conway, de la brigade criminelle de Dublin, à la manœuvre d'une enquête bien tordue, en compagnie de Stephan Moran, son fidèle coéquipier sans lequel l'existence serait bien difficile. La vie n'est pas un jardin de roses pour une femme inspecteur.  Le roman commence par un prologue qui nous en dit un peu plus sur le passé d'Antoinette, et permet aux lecteurs qui n'ont jamais lu Tana French de faire la connaissance de cet inspecteur opiniâtre, sombre, qui a appris à l'âge de 13 ans que son père, qu'elle n'a jamais connu, était une sombre brute qui battait sa mère.

23 mars 2017

Stuart Neville, "Le silence court toujours": un serial killer bien tranquille

Un nouveau roman de Stuart Neville, c'est toujours une bonne nouvelle. Le silence pour toujours ne fait pas exception à la règle, qui nous permet de retrouver l'inspecteur  Jack Lennon, personnage désormais fétiche de l'auteur de Belfast. Quatrième de la série consacrée à l'enquêteur, après Les Fantômes de Belfast, Collusion et Les Ames volées, Le Silence court toujours nous transporte à Belfast, bien sûr. Les premières pages nous attachent aux pas d'un certain Raymond Drew : "Raymond Drew voulait mourir sur le chemin de hâlage". Nous y sommes, là, derrière lui. Il vient de sortir de chez lui, la petite maison de briques rouges qu'il habite depuis trente ans. 

Méticuleusement, Neville décrit les mouvements de cet homme : il descend Sunnyside street à pied, s'engage sur le quai, tête baissée, le corps en proie à une oppression affolante. Une halte au pub sur le quai, un whisky tourbé, le dernier. Et Raymond Drew repart sur le chemin de halage. Il a mal, étouffe, ressent la douleur violente dans son bras, continue à marcher, jette ses clés dans l'eau. Et tombe à leur suite, "englouti dans le silence de la fin".

Sunnyside Street, Belfast

17 mai 2015

Tana French, La cour des secrets : tous les garçons et les filles...

Voilà, le nouveau Tana French vient de sortir. Comment fait cette femme pour nous surprendre à chaque fois, comment fait-elle, tout simplement, pour être aussi douée? Avec La cour des secrets, nous retrouvons, dans un second rôle, une vieille connaissance déjà présente dans Les lieux infidèles, le flic Frank Mackey. Sa fille Holly, qui a joué un rôle clé dans l'enquête des Lieux infidèles alors qu'elle n'avait que 9 ans, est de retour également, et cette fois-ci au premier plan de l'action.
Nous sommes à Dublin, au lycée Sainte-Kilda, établissement religieux réservé aux jeunes filles de bonne famille au compte en banque bien garni. Holly Mackey vient de faire le mur pour apporter au commissariat un élément qui devrait faire redémarrer l'enquête sur un crime qui a coûté la vie au jeune Chris Harper, 16 ans, tué à coups de binette dans le crâne un an auparavant dans le parc de Sainte-Kilda. Coup de chance : c'est l'inspecteur Moran qui la reçoit. Celui-là même qui l'avait interrogée lors de l'affaire des Lieux infidèles. A l'époque, ils s'étaient bien entendus. L'objet en question : une carte punaisée sur le "panneau des secrets", où les jeunes filles ont le droit d'afficher de façon anonyme leurs messages au monde, pourvu qu'ils restent dans les limites de la bienséance. Sur cette carte, une photo de Chris Harper et un message : "Je sais qui l'a tué."

1 février 2015

Sam Millar, Le Cannibale de Crumlin Road : panique à Belfast

L'année dernière, Sam Millar, l'irréductible Irlandais, nous présentait son nouveau héros, le détective Karl Kane. Entre ses hémorroïdes, ses démêlés avec sa jolie assistante Naomi et ses vieux démons surgis d'une enfance particulièrement traumatisante, le personnage n'est pas banal. Oscillant entre truculence, humour un brin salace et gravité, revoilà Karl Kane, prêt à démarrer une deuxième enquête sous le soleil de plomb qui transforme Belfast en une fournaise insupportable.

2 décembre 2014

John Connolly et Thomas H. Cook chez Ombres noires : beau doublé !

Ça fait un moment que je voulais vous parler d'une série d'ouvrages courts publiés par Ombres noires. Un beau choix d'auteurs, des textes de grande qualité, une mise en page soignée et un petit format bien adapté à ces bijoux littéraires, une interview de l'auteur en complément du texte : le lecteur ne peut pas demander grand-chose de mieux. C'est dans cette série que sont parus deux textes signés respectivement John Connolly et Thomas H. Cook.

29 juin 2014

Eoin McNamee, Le Tango bleu : une histoire vraie, un roman troublant

Né en Irlande du nord en 1961, Eoin McNamee vit aujourd'hui dans le comté de Sligo, en République d'Irlande. Son premier roman, Resurrection man, a paru en 1994. Il a écrit le script de la version éponyme filmée, réalisée par Marc Evans et sortie en 1998. Le roman dont il va être question ici, Le tango bleu, est un "prequel" de Blue Orchid, sorti en France en 2013. Inspiré de faits réels, il constitue la chronique singulière d'une enquête particulièrement bâclée. Mais il ne s'agit pas d'un procedural, car Eoin McNamee a une façon bien à lui de nous conter cette épouvantable histoire...

Belfast, 1952. Le corps de Patricia Curran, 19 ans, est retrouvé criblé de 37 coups de couteau, à l'entrée du jardin de l'imposante et sinistre maison familiale, Glen House. Patricia, jeune fille moderne vivant à une époque et en un lieu où ça n'est pas si facile, est la fille du Juge Curran, homme ombrageux en proie à la passion du jeu. Un père joueur, une mère peu amène, un frère confit en dévotion. Bref, une famille qui donne envie de fuir. Ce que fait Patricia à chaque fois qu'elle le peut.

11 mai 2014

Stuart Neville, Ames volées : Belfast noir

Âmes volées est le troisième volet de  la série Jack Lennon, commencée avec Les fantômes de Belfast et Collusion.Nous retrouvons l'inspecteur Jack Lennon qui a bien du mal à se remettre des péripéties vécues dans Collusion, au cours desquelles la mère de sa fille a perdu la vie. Il se retrouve donc tout seul pour élever la petite Ellen, ce qui pour un flic frôle la mission impossible. Heureusement, sa fidèle amie Susan veille au grain... Car l'inspecteur Lennon va avoir fort à faire.

Le roman commence par une scène qui donne le ton : Galya, jeune Ukrainienne prostituée de force, vient de tuer un homme avec un tesson de verre, et Stuart Neville décrit la scène avec précision mais sans froideur. Le goût du sang sur la main de Galya, son bouillonnement sur le maillot du mort, son cheminement sur le linoléum : rien de ce sang ne nous reste inconnu...

19 janvier 2014

Sam Millar, Les chiens de Belfast : Le privé nouveau est arrivé, et il est irlandais!

Si vous avez lu les romans précédents de Sam Millar, vous allez être surpris. De Redemption Factory à On the Brinks en passant par Poussière tu seras, on connaît un Sam Millar auteur très noir, ne reculant pas devant la violence extrême s'il la juge nécessaire à son récit. De l'autobiographie au roman noir, on a pris l'habitude d'une narration relativement linéaire, tendue. Avec ce premier volume de sa série policière, il nous présente son héros récurrent, le détective privé Karl Kane. Sacré animal, ce Karl. Quadragénaire, divorcé, il vit et travaille avec la brune Naomi, très amoureuse, un brin autoritaire (pour la bonne cause) et est amoureux de sa voiture. Karl Kane est un homme qui souffre le martyre. D'hémorroïdes, pour commencer. Douloureuses, persistantes, humiliantes...

16 octobre 2013

Ken Bruen, Sur ta tombe : le chemin de croix de Jack Taylor

Où en est donc Jack Taylor ? Nous l'avons quitté aux prises avec Le Démon, nous demandant ce qui pouvait lui arriver de pire. Eh bien voilà... Avec Jack Taylor et Ken Bruen, on ne risque jamais de souffrir de ce syndrome bien connu des amateurs d'enquêteurs "récurrents" : le confort, le train-train. Avec Jack, pas question de chausser ses pantoufles, d'allumer sa pipe et de se laisser aller à lire paresseusement une enquête bien tranquille. Et c'est pour ça qu'on l'aime.
Page 1 : Jack vient de faire un sort à sa pinte. Avant celle-là, il s'est tapé deux Jamesons. Et maintenant, il crève d'envie d'une cigarette. Attention, pas une Marlboro light, une Major irlandaise, la plus forte. Connaissant Jack et sa lutte perpétuelle contre l'alcool, la clope et la drogue, on se fait une petite idée de l'état de l'homme... Qui ne va pas aller en s'arrangeant : il fait nuit, Jack est devant l'église Saint Nicholas, il allume sa cigarette et se prend un vieux coup derrière la tête, immédiatement suivi d'un coup de pied dans le ventre et d'un autre qui le colle au sol. Trois silhouettes, une fille parmi elles, dépouillage en règle, un dernier coup de latte, fini, dans les pommes, Jack. Les jeunes n'ont plus de respect pour rien.

26 juillet 2013

La canicule vous épuise : Une pinte de Bruen, et ça repart...

Comment patienter jusqu'en octobre, date de la sortie du nouveau Ken Bruen ? Facile, en lisant du Ken Bruen... Mais du Ken Bruen canal historique, du Ken Bruen des débuts. Car quand on aime un auteur, rien n'est plus passionnant que de découvrir les premiers écrits. Mon conseil : ne lire ces deux recueils qu'après avoir lu plusieurs romans du maître, pour avoir le plaisir d'y trouver des thèmes, des sources, des débuts d'intrigue, des personnages, des figures de style qui, un peu plus tard, prendront leur envol dans un roman d'une des deux séries de Ken Bruen.

10 avril 2013

Tana French, "La maison des absents" : attention, fascination ! Prévoyez un week-end en solo..

Parce que ce livre, vous aurez beau essayer de le poser, il ne vous lâchera pas. Je n'en fais pas mystère, j'adore ce que fait Tana French. Et ce n'est pas La maison des absents qui va me faire changer d'avis. Voilà une auteure qui ne se repose pas sur ses lauriers, qui progresse de livre en livre. Un signe : dans ses premiers romans, on pouvait ajouter foi à sa propre affirmation "En fait, mon style change en fonction des personnages: à chaque fois, je dois trouver la voix qui lui est propre." Avec La maison des absents, son écriture a pris de la puissance, sa façon de construire l'histoire s'est considérablement sophistiquée, et pourtant son style n'a rien perdu de sa fraîcheur ni de sa fantasque élégance. Ian Rankin lui-même affirme qu'il a été impressionné par ce roman, et en particulier par le fait que la plus grande partie du livre se situe en un lieu unique, ce qui mine de rien a quelque chose de virtuose.

4 avril 2013

On the Brinks, de Sam Millar : un bout d'histoire contemporaine en forme de roman noir

En lisant Poussière tu seras (voir la chronique ici), on se demandait où Sam Millar pouvait bien puiser une inspiration aussi noire. Avec On the Brinks, nous voilà avec quelques pistes. On the Brinks n'est pas un roman, et pourtant c'est peut-être l'histoire la plus noire que j'aie lu depuis longtemps. C'est un récit autobiographique, et la vie de Sam Millar est bien plus effroyable que les frayeurs fugitives et dérisoires que peuvent nous inspirer les thrillers jetables, les cauchemars en plastoc qui viennent encombrer les étagères des librairies. Sam Millar est né à Belfast en 1958, et il est catholique. Pas gagné dans les années 60... Les orangistes sont là, agressifs, dangereux. Les Anglais, les "Beef" comme il dit, veillent au grain et répriment dans la violence toute velléité de révolte.

21 octobre 2012

Avec Le Démon, Ken Bruen nous donne un avant-goût de l'enfer

On l'a échappé belle ! Un peu plus et Jack Taylor se retrouvait aux Amériques, ce qui ne m'aurait pas convenu du tout. Car ce qu'on aime chez ce bon vieux Jack, c'est l'Irlande, Galway plus précisément, c'est le Jameson et la Guinness, les pubs à l'ancienne, sans chichis branchés. Donc, égoïstement, on est bien content que Jack Taylor se soit vu refoulé par la police des frontières au moment où il se préparait à embarquer pour les Etats-Unis. Pour la deuxième fois, si on se souvient bien. Il faut dire que depuis un moment, Jack ne se sent pas dans son assiette. "Ma tentative de fuite aux States avait pour but de mettre derrière moi mon passé minable de trouduc privé." Plus clair, on ne peut pas. Mais voilà, si Jack Taylor a ses démons, la vie lui réserve la rencontre majeure, celle qu'il nargue depuis un bon moment, la confrontation avec LE démon. Oui, Satan, le diable, Lucifer, Belzébuth, quelque soit le nom que vous préférerez lui donner.

19 septembre 2012

Tana French, La mort dans les bois : un premier roman fragile et prenant

Vous avez remarqué, avec Tana French, je vous le fais à l'envers. On a commencé avec les Lieux infidèles, on a persisté avec Comme deux gouttes d'eau , alors on termine avec le plus ancien, La mort dans les bois, paru chez Michel Lafon en 2008. Et ce n'est pas ce roman-là qui va me donner envie d'arrêter !

Nous sommes dans les années 80, à Knockaree, près de Dublin. Trois gamins d'une douzaine d'années, Jamie, Adam et Peter, inséparables, filent jouer dans le bois tout proche. Il fait beau, c'est l'été, rien de plus normal. Sauf qu'à 18h30, personne n'est rentré... Les trois enfants ont tout simplement disparu. Enfin, deux seulement. Plus tard dans la soirée, Adam Ryan est retrouvé, en état de choc, par un policier qui participait à une battue. Les baskets pleins de sang, les yeux hagards, Adam ne se rappelle rien et ne parle pas. Pour lui épargner les questions incessantes des voisins et des copains d'école, ses parents l'envoient en pension en Angleterre. Pour autant, il ne retrouvera pas la mémoire.

6 août 2012

Avec Sam Millar, une seule certitude : Poussière tu seras...

Sam Millar n'est pas exactement un auteur comme les autres. Ancien activiste de l'IRA, il a passé de nombreuses années en prison dans des conditions particulièrement dures - torture, privations, isolement... Des années qui ont laissé sur l'homme et sur l'auteur des traces profondes et indélébiles. Il n'est pas inutile de le savoir avant de commencer la lecture de Poussière tu seras, son premier roman paru en français. Une lecture qui n'est pas de tout repos, je vous le garantis...

30 novembre 2011

Mon premier Ken Bruen : mieux vaut tard que jamais !

J'oscille entre honte et exultation... Honte parce depuis le temps que je lis des polars, jamais je ne m'étais décidée pour Ken Bruen. Exultation parce que pour une découverte, c'est une découverte. Ken Bruen, auteur irlandais né en 1951, docteur en métaphysique, rien que ça, a publié une vingtaine de polars (je parle de ceux qui ont été traduits), dont deux séries (Jack Taylor et Roberts & Brants). Je viens de m'offrir le baptême du feu avec London Boulevard, un roman paru en 2008 et adapté au cinéma sous le même titre, avec Colin Farrell et Keira Knightley, sous la direction de William Monahan
Voir la bande annonce.

24 avril 2011

Hugo Hamilton - Triste flic

L'Irlande n'est plus ce qu'elle était...
Pat Coyne, ex-flic, est en colère. Sa femme l'a plaqué pour un sale type, sa carrière a sombré un jour d'incendie, son fils Jimmy fume, et pas que du tabac, prend des substances diverses, picole et accumule les erreurs. En plus sa ville de Dublin n'est plus ce qu'elle était, les gangsters et les escrocs y font la loi, sans parler de l'Anchor Bar, son pub à lui, qui ne ressemble plus à rien. Tout fout le camp, à commencer par la danse irlandaise, et pour couronner le tout sa psy a des pieds de canard. Au début du livre, on retrouve un cadavre dans le port, celui d'un pauvre type, Tommy Nolan, battu à mort. Jimmy Coyne est un suspect parfait... c'est compter sans Pat Coyne, qui va se redécouvrir un instinct paternel puissant, et ne pas ménager sa peine pour sauver son fiston qui, s'il n'est pas malin, n'en est pas autant un assassin.

Hugo Hamilton a écrit son roman d'une traite, dirait-on : il n'y a pas de chapitres, des paragraphes qui se succèdent, d'adroits changements d'ambiance. Un vrai travail sur le style, avec une façon quasiment durassienne d'oublier les tirets et les guillemets dans les dialogues. Une pratique qui donne une vraie fluidité au texte, comme l'ont déjà observé Hervé Houdard et Sylvie Prioul dans L'art de la ponctuation. Des tours de force narratifs aussi, comme ce long passage où Hamilton fait un récit circonstancié du repas que prennent les protagonistes. A chaque fois, c'est l'occasion de mieux comprendre les personnages, et aussi de saisir sur le vif ce qu'est la vie à Dublin, avec la perte de repères que le brusque changement de cap des années 2000 a impulsé à l'économie irlandaise. Un conseil : choisissez un moment où vous avez du temps devant vous pour commencer votre lecture. Le style de Hamilton est fait pour s'apprécier sur la durée, c'est sur la longueur qu'il produit son effet, comme le bon whiskey!

L'extrait
"La dernière ligne de défense des faubourgs résidentiels. Tout le quartier s'était barricadé derrière ces cailloux. Des rues appeleées Tivoli, Adelaide et Villarea, Maritimo Terrace, Sefton et Grafton. Des villas dont le nom paraissait sorti d'un putain de poème de Yeats, dans le genre "Ben Bulben", "Lissadel". Mais où donc se croyaient les gens? Où était Phil Lynott Avenue ?"

Hugo Hamilton - Triste flic - Traduit de l'anglais par Katia Holmes - Points Seuil

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