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6 janvier 2016

"Le grand jeu", thriller politique, vraiment ?

 Le grand jeu, réalisé par Nicolas Pariser, vient de sortir dans les salles. Un thriller politique avec André Dussolier, Melvil Poupaud et Clémence Poésy, c'était tentant. Il y a quelques semaines, le réalisateur était présent au cinéma Les Toiles de Saint-Gratien pour présenter son film. Un film où il est question de l'affaire de Tarnac et de la mort du ministre Robert Boulin, c'était plutôt alléchant. Des comédiens formidables, des intentions intéressantes : des thrillers politiques français, finalement, il n'y en a pas tant que ça. L'affaire semblait valoir le déplacement. 
Pierre Blum (Melvil Poupaud), quadra désenchanté, romancier d'un seul roman, traîne sa vie d'ex-jeune prodige de la littérature, triste, alangui, le sourire amer, le regard fuyant, et promène son grand corps vêtu d'un pardessus genre poil de chameau années 50. Ce soir-là, il assiste au mariage de son ex-femme. Il s'y ennuie, il s'y agace, il sort sur la terrasse. Il veut être seul. Dommage. André Dussolier est là aussi. Et il a quelque chose à lui dire, ou plutôt un projet à lui proposer, à lui qui n'en a plus depuis longtemps. Joseph Paskin (André Dussolier), éminence grise du monde du pouvoir, veut qu'il écrive un essai, une incitation à la révolte, pour servir un complot politique. Pour Blum, la manipulation ne fait que commencer... 

6 juillet 2014

Black Coal : un film noir comme l'encre... de Chine

1999 en Mandchourie. L’inspecteur Zhang enquête sur l'apparition incongrue de morceaux de cadavre au milieu de cargaisons de charbon, aux quatre coins de la Mandchourie. Selon toute vraisemblance, la victime était employé dans une carrière. Mais l'inspecteur est stoppé net dans son élan alors qu'il s'apprête à arrêter les suspects. Il échappe de peu à une tuerie qui coûtera la vie à plusieurs de ses collègues. Cinq ans plus tard, ça recommence. Mais l'inspecteur Zhang est devenu une sorte d'agent de sécurité ou de détective privé, alcoolique, complètement à la ramasse. Comme par hasard, la victime est liée à la veuve de l'homme assassiné en 1999. Une veuve particulièrement séduisante, qui travaille dans un pressing en ville, et dont Zhang va se rapprocher...un peu trop.

20 février 2014

Avec Only Lovers Left Alive, Jim Jarmusch offre un film de vampires sombre, romantique et magnifique

Tilda Swinton (Eve) et Tom Hiddleston (Adam), l'une à Tanger, l'autre à Detroit. Deux êtres solitaires, mystérieux, deux vampires, deux amants qui s'aiment depuis la nuit des temps. Deux presque humains, ou plus qu'humains, magnifiques, fragiles et menacés. Tanger, ses ruelles sinueuses, ses marchés où l'on trouve tout, vraiment tout, ses échoppes, ses cafés où Eve retrouve Kit. Kit, alias Christopher Marlowe (incarné par John Hurt), dramaturge et poète anglais du XVIe siècle contemporain et rival de Shakespeare, réputé mort dans de mystérieuses et violentes circonstances, vampire de son état,  qui l'approvisionne en sang bel et bon. Detroit, ex-empire de l'automobile, ses usines désaffectées, ses beaux quartiers désertés, en ruines. Et Adam, musicien maudit, tapi dans une villa ancienne aux airs franchement gothiques, collectionneur de guitares exceptionnelles que lui fournit son homme de confiance, un gentil zombie rocker. Adam qui a conclu avec un médecin de l'hôpital un pacte faustien : le médecin lui fournit le sang qui le fait vivre moyennant monnaie sonnante et trébuchante.
Ces deux-là, Adam et Eve, ne peuvent pas se passer longtemps l'un de l'autre. Adam, fragile, a besoin d'Eve, qui accourt en un vol de nuit pour le sauver de ses démons, le tirer de ses fascinations morbides. Quand survient Ava, la jeune sœur d'Eve, sorte de jeune barbare qui sème le malheur et le trouble partout où elle passe. Jarmusch ne faiblit pas, il persiste dans ses obsessions qui sont aussi, un peu, les nôtres. Il a soixante ans. Et alors ? Jarmusch ne se range pas, ne devient pas raisonnable. Il fait partie de ceux qui ne déçoivent pas, qui ne cèdent pas devant les pressions, sautent par-dessus les obstacles, s'obstinent dans leurs partis pris esthétiques. Il nous présente là deux vampires beaucoup moins monstrueux que bien des êtres dits "normaux". Deux êtres perdus dans un monde de plus en plus barbare et vénal, deux héros éminemment romantiques, terriblement attachants. Et du même coup, il nous offre un de ses meilleurs films, sans doute un des plus libres et des plus déchirants. Ce qui ne l'empêche pas, à coups de clins d’œil et d'allusions cocasses, de nous faire sourire tout au long de ce très beau film.

8 décembre 2013

Le démon des armes (Gun Crazy) : un bijou de film noir restauré et présenté au Film noir festival de Gisors

Réalisé en 1950 par Joseph H. Lewis, ce film était invisible depuis longtemps. Il a fait l'objet d'une restauration qui a permis au Film noir festival de Gisors de le présenter ce soir. On dit souvent que l'âge d'or du film noir correspond aux années 40, avec les chefs d’œuvre de Howard Hawks, John Huston, Raoul Walsh, Nicholas Ray ou Fritz Lang. Pourtant, la décennie suivante réserve encore de belles surprises, dont la plus marquante est sans doute le En quatrième vitesse de Robert Aldrich, sorti en 1955. Le démon des armes fait partie de ces découvertes tardives et sous-estimées. Joseph H. Lewis a la réputation de privilégier le style par rapport au contenu. Ici, les deux sont parfaitement équilibrés. Le démon des armes, tourné en 30 jours pour 400 000 $, est notamment apprécié par Martin Scorsese qui dit de ce film qu'il est "sans répit, totalement prenant". Et ça n'est pas moi qui vais lui donner tort.

2 novembre 2013

"Investigations", de Sebastian Cordero, un film très noir sur le pouvoir des médias

En 2004, le réalisateur équatorien Sebastian Cordero sort un long métrage passé largement inaperçu, Investigations. Le premier rôle est tenu par John Leguizamo, acteur colombien qui a tourné avec Brian de Palma, Baz Luhrmann et Spike Lee, entre autres. Ce film étonnant, très violent et très noir, met en scène une équipe de télé américaine, celle d'un show populaire intitulé "Une heure avec la vérité", qui présente des reportages chocs et des "scoops" spectaculaires. L'équipe est en Equateur, où sévit un tueur d'enfants redoutable, baptisé "Le monstre de Babahoyo", et assiste par hasard à un accident au cours duquel un enfant meurt dans un accident de la route. Les villageois, qui ont perdu plusieurs enfants victimes du monstre et désespèrent de le voir arrêté, catalysent leur désir de vengeance sur le chauffeur de la voiture impliquée dans l'accident. Le lynchage semble inévitable... jusqu'à l'intervention de Manolo Bonilla, la vedette du show télé, qui sauve la vie du malheureux conducteur, Vinicio Cepeda. Mais cet homme étrange n'est-il qu'une malheureuse victime ? Telle est la question qui va obséder l'équipe de tournage, tiraillée entre sa volonté de faire du spectacle et un sens moral pas encore tout à fait éteint. Le film montre la pauvreté dans laquelle vivent les villageois équatorien, leur impuissance face aux meurtres abominables commis par le "monstre", le manque d'énergie de la police locale. Le réalisateur prend le parti du réalisme le plus direct, avec des scènes de violence difficilement soutenables. Il choisit des couleurs sombres, à l'image de son sujet, et refuse catégoriquement de céder à la tentation du folklore coloré et du soleil de l'Amérique du sud. Le dilemme qui accable l'équipe de tournage, provoquant des conflits entre Manolo et son équipe, est particulièrement bien rendu, et la manipulation de l'information-spectacle est traitée de façon d'autant plus réaliste que le film est inspiré par des faits réels. Le rythme, soutenu, conduit inéluctablement à une fin d'autant plus dure qu'elle n'est pas explicite, et qu'elle laisse le spectateur tirer ses propres conclusions. Un film âpre, très pessimiste et réalisé avec conscience et passion, à ne pas rater si vous tombez sur le DVD ou sur une hypothétique diffusion sur une chaîne du câble ou du satellite.

9 février 2013

"7 Psychopathes", ça remonte le moral. Est-ce bien normal?

Il y a des films comme ça. Quand vous sortez de la salle de cinéma, un peu ébloui par la lumière du jour, vous avez un sourire idiot, vous vous rappelez les répliques, les mimiques, les situations... Un peu comme un bon whisky : vous sentez, vous buvez, puis vous savourez l'arrière-goût et la délicieuse petite brûlure qui vous descend le long du corps. Eh bien 7 Psychopathes, c'est exactement ça. Après son premier film magistral, Bons baisers de Bruges, le cinéaste d'origine irlandaise Martin McDonagh était attendu de pied ferme. Dramaturge prolifique, sa dernière pièce, A Behanding of Spokane, s'est montée à Broadway, avec dans les premiers rôles Christopher Walken, qui dans le film 7 Psychopathes tient sans doute un de ses plus formidables rôles, et Sam Rockwell qui s'en donne à cœur joie devant la caméra, dans le registre "allumé de première".

28 janvier 2013

Sept psychopathes, ça vous dit ?

Ça s'appelle Sept psychopathes, et ça sort mercredi 30 janvier! Qu'est-ce que c'est? Le nouveau film de Martin McDonagh, enfin! Qui ça? Le réalisateur de Bons baisers de Bruges, film noir, drôle et culte sorti en 2008 dont la seule évocation me remplit de joie! A l'affiche, Colin Farrell, encore lui, mais aussi Christopher Walken, Tom Waits, Woody Harrelson. Pas mal... De quoi ça cause? Marty est scénariste à Hollywood. Son nouveau scénario est très bien, problème: il n'en a que le titre, Sept psychopathes. Bon titre, mais après, qu'est-ce qu'on fait? Billy, le meilleur ami de Marty, s'en va lui trouver une solution vite fait bien fait. En lui faisant rencontrer... Sept psychopathes, tous aussi allumés les uns que les autres. Pour l'anecdote, le film a été classé "R" (interdit aux moins de 17 ans) aux Etats-Unis pour son langage fleuri. Une petite bande annonce, peut-être ?

 

14 novembre 2012

Sweet Sixteen de Ken Loach, déjà 10 ans et toujours no future !

Les infos qui ne parlent que de délinquance et de crise économique m'ont donné envie de revoir Sweet Sixteen de Ken Loach. Nous sommes en 2002, le cinéaste décrit le quotidien sordide et sans espoir de jeunes loubars écossais qui passent successivement de la vente de clops dans les bars au deal de drogues au coin des rues pour finir dans la grande délinquance et le crime. Le personnage principal, un gamin à peine sorti de l'enfance, n'a pas encore fêté son seizième anniversaire. Liam est un idéaliste même si son environnement est totalement décalé et sordide.

9 novembre 2012

Christopher Nolan, de "Following", film expérimental, à "Batman", blockbuster absolu

Al Pacino, Michael Caine, Christian Bale, Gary Oldman, Morgan Freeman : tous ont en commun d'avoir été dirigés par le réalisateur Christopher Nolan. Parcours exemplaire mais atypique pour ce metteur en scène anglais né en 1970. Vu hier sur Arte, son premier long métrage, Following. Un film court (70 mn), sorti en 1999, en noir et blanc. Une étrange réussite, avec la création d'un univers esthétique très personnel, faisant un peu penser à l'Antonioni de Blow Up.

29 juillet 2012

Dans ses yeux, un film noir bouleversant

Découvert ce week-end un film noir formidable, récompensé en 2010 par l'Oscar du meilleur film étranger et par le Prix du Festival de Beaune, Dans ses yeux est une pure merveille. Réalisé par le metteur en scène argentin Juan José Campanella sur la base du roman de Eduardo Sacheri, qui a également collaboré au scénario, le film se déroule entre 1974 et 1999 à Buenos Aires. Benjamin Esposito (Ricardo Darin), auxiliaire de justice à la retraite, est obsédé par une affaire criminelle qui remonte à plus de 20 ans, le viol et le meurtre d'une jeune femme. L'époque, 1974, est marquée par une crise politique gravissime avec le retour au pouvoir de Peron, puis de sa femme, et par une corruption généralisée. La victime, Liliana Coloto Morales, vient de se marier avec Ricardo, un jeune employé de banque dévasté par la perte de sa femme. Son meurtre, particulièrement violent, constitue un traumatisme pour tous ceux qui y sont mêlés, surtout les deux juristes Esposito et Sandoval, qui promettent à Morales de retrouver le coupable.

7 mai 2012

Un film, un soir en compagnie de Richard Widmark et Samuel Fuller

Le cycle noir du ciné-club de la 3 continuait hier soir avec Pickup on South Street en VO de Samuel Fuller, traduit curieusement par Le port de la drogue dans la version française. Il parait même que les traducteurs avaient gommé toute allusion au communisme dans leur adaptation qui perdait ainsi tout son sens car ce long métrage est un film militant à une époque où l’espionnage et le communisme étaient considérés comme une plaie aux USA.

10 octobre 2011

"Zodiac", une édition en Blu-Ray qui vaut le détour

Entre 1966 et 1978, le tueur en série surnommé "Zodiac", non identifié à ce jour, a fait au moins 5 morts en Californie - selon les spécialistes, le nombre réel de ses victimes varierait en fait entre 37 et 200... En 2007, David Fincher réalise son film Zodiac, une fiction réalisée sur un mode presque documentaire qui raconte l'enquête menée par la police, mais surtout, en parallèle, par un journaliste et un illustrateur tous deux totalement obsédés par ce criminel qui signait ses forfaits par des lettres anonymes assorties de signes mystérieux.

9 octobre 2011

"La piel que habito", Almodovar inspiré par Thierry Jonquet

Vous avez aimé Mygale, de Thierry Jonquet, roman noir tout à fait terrifiant? Eh bien que cela ne vous empêche pas d'aller voir le dernier film de Pedro Almodovar, La piel que habito, avec un Antonio Banderas très en forme, très sombre et très sobre, de retour auprès du metteur en scène qui l'a révélé. Ce qui est formidable avec ce film, c'est qu'on y retrouve l'idée force du roman de Jonquet, mais que c'est résolument un film d'Almodovar, avec ses obsessions, sa mise en scène saisissante mais loin du spectaculaire, et même une retenue qu'on ne lui connaissait pas. Ceux qui ont été agacés par l'aspect un brin flamboyant et "hyper-émotionnel" de certains de ses précédents films seront agréablement surpris par La piel... Car avec un sujet pareil, il aurait été facile de friser le Grand Guignol.

3 octobre 2011

La disparition d'Alice Creed, un film atypique et fascinant

Nominé au Festival international du Film Policier de Beaune 2010, ce film en forme de huis clos à trois est une perle bien angoissante. Vic (Eddie Marsan) et Danny (Martin Compston) se sont connus en prison. Le second est aussi mignon que le premier est laid... Ils ont l'idée fumante d'enlever une riche héritière (la craquante Gemma Arterton) afin d'obtenir le pactole sous forme de rançon. Leur coup est bien préparé, rien ne manque, tout a été étudié dans les moindres détails.

5 septembre 2011

Belmondo face à Vanel dans un Simenon mis en scène par Melville... Que demander de mieux ?

Un Melville sur la TNT cela ne se rate pour aucun prétexte d'autant que ce metteur en scène réputé pour ses films noirs n'est plus programmé autant qu'il y a une quinzaine d'années. Certes L'aîné des Ferchaux programmé ce soir n'est pas son chef d'œuvre mais il mérite tout de même le détour pour trois raisons. Tout d'abord il y a le face à face Vanel/Belmondo avec un numéro d'acteurs qui permet de retrouver un monstre sacré du temps du noir et blanc aux prises avec la vedette en pleine ascension qu'était Bebel en 1962. Ensuite l'aspect anecdotique avec ce road movie censé se passer sur des routes américaines mais tourné entièrement dans le sud de la France! Enfin c'est le film de rupture entre Melville et Belmondo qui avaient pourtant signé ensemble Léon Morin prêtre et Le Doulos. On raconte même qu'à la fin du tournage les deux acteurs et le metteur en scène ne s'adressaient plus la parole... cela n'a pas dû être facile de diriger un film dans de telles conditions. A vous de juger sur Arte ce soir 5 septembre à 20h.40

8 août 2011

"Killing Angel", un thriller hallucinant

Toujours dans la série des DVD improbables, je suis tombée sur une étrange chose intitulée Killing Angel, un thriller signé Paul Sarossy (le directeur de la photographie attitré d'Atom Egoyan) et sorti en 2001, qui avait obtenu le prix de la première œuvre au Festival de Cognac. L'histoire ? Celle d'un tueur à gages, mais pas le genre à sortir son flingue bêtement. Non, un tueur raffiné et pervers, sanglant et cruel, et surtout au regard totalement vide, indifférent, absolument terrifiant. Jon, c'est son nom, n'est donc pas un tueur à gages comme les autres : il travaille exclusivement pour l'Homme tatoué, un être glaçant lui aussi, un homme plutôt âgé, baraqué (pour être gentil), au torse recouvert de tatouages représentant des visages... On ne saura pas quelle est l'activité réelle de ce Tatoué, juste qu'il habite une sorte de local industriel et souterrain, qu'il a un goût prononcé pour les paradis artificiels et la torture, et dispose d'une véritable garde rapprochée d'hommes très dévoués. Jon est jeune, la trentaine, on pourrait presque dire qu'il est beau, sauf qu'on a l'impression que son visage est un masque de cire, et ça, ça gâche un peu la séduction. Il est grassement payé pour ses horribles missions, a un penchant certain lui aussi pour les drogues et l'alcool, et habite un appartement ultramoderne et ultravide à Londres. Un jour, il tombe sur un de ses anciens copains de collège, qui n'a pas eu la chance (?) comme lui de rencontrer un riche commanditaire et qui, au chômage chronique, végète dans un HLM avec sa femme et sa fille. C'est là que tout se gâte. Car soudain, Jon le froid prend un coup de chaud sous la forme d'un coup de cœur pour la femme de son copain. Mais voilà : ça n'était pas prévu par l'Homme Tatoué, qui n'apprécie pas du tout, mais alors pas du tout.

Une curiosité que ce film à l'ambiance très très glauque, aux décors sophistiqués, à la musique obsédante (tiens, on entend les Murder Ballads de Nick Cave, dont je vous parlais il y a quelques jours), à la mise en scène soignée et aux images choc. Le comédien qui joue le rôle de Jon, Andrew Howard, a une physionomie qu'on n'oublie pas. Il tient là un rôle vraiment difficile et s'en sort plutôt bien en évitant le risque du "surjeu" qui caractérise ce genre de personnage. Vous le connaissez peut-être d'ailleurs : c'est lui qui jouait le rôle de Jerry dans Le rêve de Cassandre de Woody Allen. Ce film est un thriller vraiment très noir, à ne pas mettre en toutes les mains ; seule réserve : on aurait aimé qu'on nous donne une piste pour comprendre le pourquoi du comment. Comment Jon en est-il arrivé là ? Quelle est la vraie nature de son lien avec l'Homme Tatoué ? Bref, qu'on approfondisse un peu ce personnage et, sans tout nous dire, qu'on nous donne un peu de "grain à fantasme". Cela aurait conféré davantage de profondeur à ce film qui, tel quel, est impressionnant sur le coup, mais s'oublie un peu vite...

5 août 2011

Hitchockiennes, hitchockiens, une grande nouvelle !

Les trois premières bobines de The White Shadow, un des premiers films muets sur lesquels avait travaillé Sir Alfred en 1923, ont été retrouvées en Nouvelle-Zélande. Ce film avait en fait été réalisé par Graham Cutts, mais Hitch y avait largement contribué, sous différents aspects (scénario, décor, montage...). Il s'agit de l'histoire tragique de la destinée de deux sœurs, véritables incarnations du bien et du mal. Peut-être un jour connaîtra-t-on la fin de l'histoire, contenue dans les dernières bobines ? Cette trouvaille miraculeuse provient d'un lot de documents légués par un ancien projectionniste. Ce dernier, refusant de laisser détruire ces précieux témoignages, les avait jalousement conservés et protégés jusqu'à sa mort.

31 juillet 2011

"Lady Jane", film noir désenchanté de Robert Guédiguian

Jetant un œil distrait sur un rayon DVD d'occasion, je suis tombée en arrêt devant ce Lady Jane signé Robert Guédiguian. Aucun souvenir d'avoir lu la moindre critique sur ce film sorti en 2008, pas le moindre souvenir non plus d'avoir entendu dire que Robert Guédiguian faisait dans le film noir. Curiosité, quand tu nous tiens... DVD acheté, film vu le soir même !
Robert Guédiguian nous a habitués à la chaleur: la chaleur humaine, celle du soleil de Marseille et des accents chantants. Dans Lady Jane, il fait incontestablement moins chaud que dans Marius et Jeannette, mais on n'en a pas moins le cœur serré. Après la chronique du roman de Thierry Crifo La ballade de Kouski, il semblerait que cette semaine soit vouée à la nostalgie. Celle des années 60-70, version activiste très à gauche pour ce film. Lady Jane, c'est le titre d'une chanson des Stones sortie en 1966 sur leur album Aftermath. 1966, c'est aussi l'année où l'héroïne Muriel (Ariane Ascaride), avec sa bande de potes marseillais et idéalistes, volait des manteaux de fourrure pour les redistribuer dans les quartiers pauvres. En 2008, le monde a bien changé. Muriel est maintenant propriétaire d'un magasin de chaussures de luxe baptisé... "Lady Jane", installé sur une jolie place aixoise. Elle est aussi mère d'un ado, qui a pris l'habitude de ne pas nécessairement rentrer à l'heure. Ce jour-là, il est plus en retard qu'à l'accoutumée. Et pour cause : il a été enlevé. Muriel reçoit une demande de rançon. Impensable d'appeler les flics, c'est vers ses vieux complices François et René (Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan) qu'elle va se tourner.

Là, on pourrait imaginer (voire redouter) une ode à l'amitié comme nous en a souvent concocté Guédiguian. On se tromperait lourdement... Le passé qu'on pressent entre ces trois-là est bel et bien révolu, et les sentiments qui restent ressemblent à des étiquettes abandonnées dans la vitrine vide d'un magasin fermé depuis longtemps. Les deux lascars ne sont pas vraiment rentrés dans le rang, eux. L'un d'entre eux officie dans une boîte marseillaise un peu sordide, l'autre est installé sur la côte dans une petite maison de rien du tout, avec sa femme et ses deux filles, il y bricole bateaux et scooters des mers. Mariage raté, couple qui s'effrite, rien de tout cela ne fait vraiment envie. Quant à Muriel, c'est une femme seule, très seule. Une femme qui en a certainement vu de toutes les couleurs. Dure, froide, vieillissante mais belle encore, toute de noir vêtue, Ariane Ascaride campe là un très beau et très singulier personnage de femme en détresse, sans pathos. La brève et dernière aventure qu'elle va vivre avec ses deux anciens amis la laissera encore plus seule qu'avant. Leur parcours chaotique, ponctué de morts violentes sur fond de vengeance froide, laisse le spectateur un peu hagard et incrédule. Un film construit tout en subtilité et en audace, élégant et désespéré. Des comédiens épatants, comme toujours, dans des emplois inattendus. Une belle surprise.

True Grit, un polar dans l'ouest américain du XIXe siècle

Les frères Coen nous ont habitués aux films noirs, parfois même très noirs, qui entrent parfaitement dans la case polar sans aucune contestation possible. C'est pour cette raison que True Grit, leur petit dernier aujourd'hui disponible en DVD n'est pas un western au sens restrictif mais plutôt un "polar western" que les amateurs de films policiers ne doivent surtout pas ignorer sous prétexte qu'il se passe au XIXe siècle dans l'Ouest américain. Prenons l'histoire : une jeune fille veut venger l'assassinat de son père et fait appel à une sorte de sheriff détective privé à ses heures qui part avec elle à la recherche du présumé coupable. Ils sont aidés par un policier officiel, une sorte d'agent du FBI qui a le droit de poursuivre un fuyard dans tous les états américains. Comment retrouveront-ils la piste du tueur? Comme dans tout polar qui se respecte, en interrogeant des témoins et avec, en plus, un peu de chance. A la fin on a même droit à la confrontation avec une bande de gangsters avec poursuite et coups de feu à gogo. Dans l'action, la jeune fille est blessée et ne doit son salut qu'au courage du détective même si elle y laisse quelques plumes au passage.

Transposez cette histoire dans la Rome antique et vous avez un un polar historique, mettez les protagonistes dans les mêmes conditions à Las Vegas ou Los Angeles et vous aurez un roman à la Connelly, voire Ellroy. Ce film noir est le remake d'un ancien western avec John Wayne dans le rôle du shériff alcoolique. A l'époque il s'agissait bien d'un western car tous les poncifs du genre étaient au rendez-vous alors qu'avec les frères Coen on est plus plus dans l'univers du film noir avec des personnages ambigus, moins manichéens. Même le décor américain des grands espaces est traité différemment, avec des scènes sous la neige éclairées comme dans un thriller. Alors ne boudez pas votre plaisir et ajoutez True Grit à votre vidéothèque, vous ne le regretterez pas.

28 juillet 2011

Du beau monde à la Mostra de Venise !

La 68e édition de la Mostra de Venise (31 août au 10 septembre) promet d'être passionnante. On y retrouvera David Cronenberg, Steven Soderbergh, Roman Polanski, Abel Ferrara et Philippe Garrel, mais aussi le nouveau thriller politique de et avec George Clooney, Ides of March, qui ouvrira les festivités. Roman Polanski devrait présenter Carnage, avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz, John C. Reilly . Adaptation d'une pièce de Yasmina Reza, le film se passe à New York et n'est pas, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, un film d'horreur ! Quant à David Cronenberg, il apportera sous son bras A Dangerous Method, avec Keira Knightley, Viggo Mortensen, Michael Fassbender et Vincent Cassel. Le réalisateur y développe sa vision de la relation entre Freud et Jung... Abel Ferrara, de son côté, montrera 4:44 Last Day on Earth avec William Dafoe, un film qui se déroule un jour avant la fin du monde.

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