En 2015, avec Ténèbres, ténèbres (voir chronique ici), John Harvey mettait un point final à la carrière d'un de ses deux principaux héros récurrents, Charlie Resnick. Il annonçait du même coup qu'il mettait un terme à sa carrière d'auteur de romans policiers, préférant se consacrer à d'autres projets (théâtre, poésie, musique...). La parution de Le corps et l'âme est donc à la fois une divine surprise et le résultat d'une démarche logique, puisqu'il raconte la fin de la carrière de Frank Elder, le deuxième héros créé par John Harvey, qu'il aura mis en scène dans quatre romans aux titres symboliques : De chair et de sang, De cendre et d'os, D'ombre et de lumière et enfin Le corps et l'âme. On trouvera d'ailleurs dans son interview de 2014 des réponses aux questions qu'on se pose inévitablement face aux héros récurrents et à leurs auteurs.
L'actualité totalement subjective du roman policier et du roman noir, films, salons, rencontres avec des auteurs,...
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1 février 2021
John Harvey, "Le corps et l'âme" : Adieu aux armes pour Frank Elder
En 2015, avec Ténèbres, ténèbres (voir chronique ici), John Harvey mettait un point final à la carrière d'un de ses deux principaux héros récurrents, Charlie Resnick. Il annonçait du même coup qu'il mettait un terme à sa carrière d'auteur de romans policiers, préférant se consacrer à d'autres projets (théâtre, poésie, musique...). La parution de Le corps et l'âme est donc à la fois une divine surprise et le résultat d'une démarche logique, puisqu'il raconte la fin de la carrière de Frank Elder, le deuxième héros créé par John Harvey, qu'il aura mis en scène dans quatre romans aux titres symboliques : De chair et de sang, De cendre et d'os, D'ombre et de lumière et enfin Le corps et l'âme. On trouvera d'ailleurs dans son interview de 2014 des réponses aux questions qu'on se pose inévitablement face aux héros récurrents et à leurs auteurs.
3 juin 2020
Kate Atkinson, Trois petits tours et puis reviennent : Jackson Brodie fait son cirque
J'ai beau vérifier, il faut se rendre à l'évidence : je n'ai jamais parlé de Kate Atkinson dans le Blog du polar. Et pourtant la dame du Yorkshire, édimbourgeoise d'adoption, est probablement une des autrices anglaises les plus originales, les plus fantasques et les plus délicieuses à lire... Mais il faut dire que le polar n'est qu'une des facettes de son savoir faire. Dès son premier roman, Dans les coulisses du musée, publié en 1995 et qui lui vaudra plusieurs prix littéraires, elle faisait preuve d'une créativité hors du commun en adoptant une structure audacieuse, un discours à plusieurs voix, un humour ravageur et un fabuleux sens de l'observation et de la critique sociale. Le reste de sa bibliographie est tout autant digne d'intérêt...
Ces Trois petits tours et puis reviennent sont le 5e volume de la série Jackson Brodie, démarrée en 2005. Neuf ans que nous n'avions pas eu de nouvelles de Jackson... dont le nom dira peut-être quelque chose aux amateurs de séries télé ; les premiers volumes ont fait l'objet d'une adaptation certes agréable à regarder, mais qui ne rendait pas forcément justice à l’œuvre originale, avec le comédien Jason Isaacs dans le rôle de Jackson. La première saison a été diffusée en France en 2013. Jackson Brodie, ex-militaire, ex-flic, et actuel détective privé, a exercé à Cambridge, Leeds, et Edimbourg avant de revenir dans une petite ville côtière du Yorkshire, non loin de Whitby. Mélancolique, tendance blasé, philosophe à ses heures, pas très heureux en amour, Jackson traîne derrière lui une sorte de scoumoune à l'anglaise qui le rend attachant mais qui donne envie de le secouer de temps en temps, tant on voit venir avant lui les galères dans lesquelles il va immanquablement s'engouffrer. Il faut dire que sa vie n'a pas commencé sous une bonne étoile : "A l'âge de treize ans, sa mère était déjà morte d'un cancer, sa sœur avait été assassinée et son frère s'était suicidé, en laissant obligeamment son corps - pendu au luminaire du plafond - au milieu de la pièce pour que Jackson le découvre en rentrant de l'école." Comment en vouloir à Jackson Brodie ?
Ces Trois petits tours et puis reviennent sont le 5e volume de la série Jackson Brodie, démarrée en 2005. Neuf ans que nous n'avions pas eu de nouvelles de Jackson... dont le nom dira peut-être quelque chose aux amateurs de séries télé ; les premiers volumes ont fait l'objet d'une adaptation certes agréable à regarder, mais qui ne rendait pas forcément justice à l’œuvre originale, avec le comédien Jason Isaacs dans le rôle de Jackson. La première saison a été diffusée en France en 2013. Jackson Brodie, ex-militaire, ex-flic, et actuel détective privé, a exercé à Cambridge, Leeds, et Edimbourg avant de revenir dans une petite ville côtière du Yorkshire, non loin de Whitby. Mélancolique, tendance blasé, philosophe à ses heures, pas très heureux en amour, Jackson traîne derrière lui une sorte de scoumoune à l'anglaise qui le rend attachant mais qui donne envie de le secouer de temps en temps, tant on voit venir avant lui les galères dans lesquelles il va immanquablement s'engouffrer. Il faut dire que sa vie n'a pas commencé sous une bonne étoile : "A l'âge de treize ans, sa mère était déjà morte d'un cancer, sa sœur avait été assassinée et son frère s'était suicidé, en laissant obligeamment son corps - pendu au luminaire du plafond - au milieu de la pièce pour que Jackson le découvre en rentrant de l'école." Comment en vouloir à Jackson Brodie ?
5 février 2020
Eva Dolan, "Les oubliés de Londres" : la gentrification assassine
On connaît Eva Dolan depuis Les chemins de la haine (voir chronique ici), lauréat du Prix des lectrices de Elle, et Haine pour haine (voir chronique ici), deux romans situés dans la ville de Peterborough, non loin de Cambridge, centrés autour du thème des migrants et d'un couple d'enquêteurs. Avec Les oubliés de Londres, comme le titre l'indique, direction la capitale. Une capitale que ceux qui la connaissent depuis longtemps ont vu se métamorphoser ces trente dernières années sous les coups de boutoir conjugués de la finance toute-puissante et de la gentifrication galopante. Nous sommes donc à Londres, au bord de la Tamise, près du pont de Vauxhall.
9 janvier 2020
Benjamin Myers, "Noir comme le jour" : qu'elle était sombre, ma vallée
Benjamin Myers revient, et avec lui le tandem d'enquêteurs dont on a fait la connaissance dans le premier épisode, Dégradation, paru en 2018. L'inspecteur James Brindle et le journaliste Roddy Mace évoluent, cette fois encore, dans le décor riche en paysages pittoresques et en atmosphères troublantes des Yorkshire Dales et des Pennines, cette région du nord-est de l'Angleterre nichée entre Leeds, York et Teesdale. On remarquera au passage que le Yorkshire est une généreuse source d'inspiration pour bien des auteurs de romans noirs, allez savoir pourquoi... D'ailleurs David Peace a écrit tout le bien qu'il pensait de Benjamin Myers, et ce n'est pas surprenant car la parenté entre les deux auteurs ne se limite pas à la localisation. Pour autant, n'allez pas vous imaginer une promenade touristique. Ceux d'entre vous qui ont lu Dégradation savent que ça n'est pas le genre de la maison... Les autres vont vite le comprendre.
James Brindle, grand, efflanqué, élégant, froid, le visage défiguré par un angiome, membre de l'unité d'élite spécialisée dans les crimes majeurs surnommée la Chambre froide, est en congés prolongés. Ses supérieurs lui ont fortement conseillé de prendre un repos bien mérité après l'affaire traumatisante que Benjamin Myers racontait dans Dégradation, et qui impliquait la mort violente - c'est un euphémisme - des multiples victimes d'un psychopathe à la personnalité particulièrement complexe.
Roddy Mace, de son côté, rumine ses ambitions passées, repense à sa carrière londonienne avortée, songe à son projet de livre et, en attendant mieux, travaille pour le Valley Echo, une feuille de chou locale sans moyens ni ambition. Brindle vit seul dans son appartement tiré au cordeau, s'adonne à ses légendaires TOC et à ses exercices physiques dûment comptés, se coupe volontiers du monde extérieur. Mace, lui, habite une sorte de péniche certes originale, mais inconfortable, froide et humide. Seul, lui aussi, avec son manque d'alcool. C'est un flash d'actualités de la chaîne locale de la BBC qui va faire basculer les deux hommes de l'autre côté du miroir...
28 novembre 2019
Philip Kerr, "L'offrande grecque" : treizième enquête pour Bernie
Dans son dernier roman, Bleu de Prusse (voir chronique ici), Philip Kerr nous avait entraînés à la suite de Bernie Gunther à Berchtesgaden en 1939 pour l'enquête de tous les dangers... Nous retrouvons Bernie pour une treizième aventure : nous sommes en 1957, il est employé à la morgue d'un hôpital de Munich, il ronge son frein, rumine sa solitude. Aussi quand une vieille connaissance lui propose un emploi d'inspecteur dans la plus grosse compagnie d'assurances du pays, il n'hésite pas longtemps. Un bon salaire, une voiture de fonction, un emploi honorable... Bernie a 61 ans, il se dit qu'après tout, se ranger des voitures n'est peut-être pas une si mauvaise idée. Mais son destin en décide autrement, heureusement pour nous : c'est en Grèce que va l'entraîner sa première affaire, qui bien sûr va le mener bien au-delà d'une simple escroquerie à l'assurance. Ce deuxième ouvrage publié en français après la mort de Philip Kerr est un roman puissant, au rythme impeccable, aussi intelligent qu'addictif (voir la chronique complète ici).
Philip Kerr, L'offrande grecque, traduit par Jean Esch, Le Seuil
7 octobre 2019
Joseph Knox, "Chambre 413" : quand un auteur tient ses promesses
Le premier roman de Joseph Knox, Sirènes (voir chronique ici
) révélait un auteur inspiré, tourmenté, surdoué. Dans l’interview qu’il
m’accordait lors de Quais du polar à Lyon (à lire ici),
où il présentait son premier roman, il m’avait prévenue : « Je pense que
le deuxième est bien meilleur ! Le premier, j'ai la sensation que c'était du
pur instinct. Je l'adore parce qu'il a changé ma vie, mais je pense que pour le
deuxième, je contrôle mieux les choses. » J’ai pris cela pour une
promesse, et elle est tenue haut la main…
Chambre 413 commence par une scène de cauchemar, première
d’une série de « flashes » qui vont émailler tout le roman. Tout de
suite après, nous sommes replongés dans la vie de la patrouille de nuit :
Aidan Waits et son coéquipier Sutcliffe
- qu’on appelle plus volontiers Sutty, vu sa fâcheuse homonymie avec le
célèbre éventreur du Yorkshire – répondent à un appel venant d’une résidence
étudiante de Manchester. Une jeune fille est victime de harcèlement : un
homme avec qui elle a couché une fois menace de rendre publique une vidéo de leurs
ébats si elle ne veut pas "remettre le couvert".
7 juin 2019
Cathi Unsworth," London Nocturne" : Londres sous les bombes, des femmes massacrées
Quel plaisir de retrouver Cathi Unsworth ! Avec London Nocturne, son dernier roman habillé d'une couverture magnifique, elle reprend son bâton de pèlerin, celui qui la guide à rebours de l'histoire de l'Angleterre. Avec Bad Penny Blues (voir chronique ici), elle nous attirait à la fin des années 50, jusqu'à la veille des années pop. Dans London Nocturne, c'est le Londres de la Seconde Guerre mondiale qui sert de toile de fond à un roman très noir, où les femmes sont une fois de plus les victimes de terribles violences, de meurtres barbares... En 1942, les rues de Londres sont dévastées, les bombardements ont chassé de la capitale bon nombre de familles parties se mettre en sécurité à la campagne. Celles et ceux qui sont restés en ville doivent se battre pour survivre. Surtout les femmes... Pour celles qui gagnent leur vie en donnant du plaisir aux hommes, c'est double peine. Non seulement il faut survivre aux bombardements, aux privations, continuer à gagner sa vie, mais en plus il faut échapper aux violences et aux agressions. Depuis quelques semaines, un meurtrier particulièrement violent sévit, laissant derrière lui les cadavres mutilés de femmes de tous horizons, seules, abandonnées à leur sinistre destin...
13 mai 2019
Philip Kerr, "Bleu de Prusse" : Bernie Gunther à la recherche du temps perdu
Bleu de Prusse est le dernier roman de son auteur paru en français depuis sa mort prématurée en mars 2018. Nous espérons pouvoir lire bientôt les deux derniers volets de la série, dont le tout dernier, Metropolis, vient de sortir en anglais. Bleu de Prusse est le 12e épisode de la série dont le héros, Bernie Gunther, a rendu Philip Kerr célèbre dans le monde entier. Les onze romans précédents nous ont promenés dans l'espace et dans le temps, de la veille de la Deuxième Guerre mondiale jusqu'à la fin des années 50, de Berlin à Cuba en passant par Prague, Zagreb ou Buenos Aires. Et aussi dans l'histoire mondiale, puisque l'une des marques de fabrique de Kerr est sa capacité à mettre le doigt là où l'histoire cache ses secrets les plus douloureux, et sa virtuosité quand il s'agit de mettre en scène de façon parfaitement fluide personnages réels et héros de fiction au cœur d'intrigues complexes, diaboliquement construites.
17 mars 2019
Eva Dolan, "Haine pour haine" : intrigue détonnante, portrait au vitriol de l'Angleterre contemporaine
On a découvert Eva Dolan fin 2017 avec Les chemins de la haine (voir chronique ici) qui a obtenu le Grand Prix des lectrices de Elle dans la catégorie roman policier. On se doutait bien qu'avec cette auteure-là, ce ne serait pas un feu de paille. Gagné : Haine pour haine tient toutes ses promesses, et bien au-delà.
Nous sommes toujours à Peterborough, cette ville du Cambridgeshire où la vie ne ressemble guère aux ambiances feutrées de Cambridge et de la campagne environnante. L'inspecteur Zigic et le sergent Ferreira sont toujours à leur poste, prêts à en découdre avec la délinquance qui croît de façon exponentielle dans leur ville, avec le racisme et la xénophobie qui se développent à un rythme alarmant, avec la pauvreté qui ne fait que s'aggraver dans les quartiers les plus défavorisés.
Nous sommes toujours à Peterborough, cette ville du Cambridgeshire où la vie ne ressemble guère aux ambiances feutrées de Cambridge et de la campagne environnante. L'inspecteur Zigic et le sergent Ferreira sont toujours à leur poste, prêts à en découdre avec la délinquance qui croît de façon exponentielle dans leur ville, avec le racisme et la xénophobie qui se développent à un rythme alarmant, avec la pauvreté qui ne fait que s'aggraver dans les quartiers les plus défavorisés.
18 novembre 2018
Joseph Knox, Sirènes : Manchester dans le noir
C'est toujours un bonheur que de découvrir un nouvel auteur de l'envergure de Joseph Knox. La première fois que j'ai entendu sa voix, c'était en 2017 au festival de Harrogate : il faisait partie du "plateau" des espoirs ("New blood") présidé par Val McDermid. Un plateau qui, traditionnellement, permet de repérer des auteurs prometteurs. De tous ceux présents lors de cette table ronde, Joseph Knox était celui dont la parole semblait à la fois la plus sincère et la plus tourmentée. L'homme, né en 1986, a travaillé huit ans sur Sirènes, son premier roman, profitant des moments de temps libre que lui laissait son job d'acheteur et vendeur au rayon polar d'une librairie de chaîne; son exigence envers lui-même était sans doute à la mesure de sa connaissance du polar contemporain... C'est ce qu'il explique, entre autres, dans une interview accordée au site Crime Fiction Lover : "Je pense que la meilleure chose qui puisse arriver à un jeune auteur - surtout s'il écrit de la littérature noire -, c'est une rupture sentimentale dramatique. C'est ce qui m'est arrivé : pendant des années, j'ai mené une vie de misère et j'ai pourri l'existence de mon entourage : je buvais, je pleurais, je prenais des pilules, je travaillais dans des bars épouvantables, j'habitais des appartements humides, tristes, minuscules, me spécialisais dans les relations minables et sans issue, j'ai perdu beaucoup d'amis, et - surtout - j'ai lu tout ce que je pouvais lire. A l'époque, je ne pensais pas que cette lecture compulsive était en fait un travail de recherche, je pensais que j'avais raté ma vie et que rien de changerait. Sirènes m'a servi à y déverser tout ce noir. Sans ce roman, je n'ose même pas imaginer où j'en serais aujourd'hui."
18 septembre 2018
Mick Kitson, "Manuel de survie à l'usage des jeunes filles" : une cavale au féminin pluriel
Manuel de survie à l'usage des jeunes filles est le premier roman de Mick Kitson, Gallois d'origine, ex-musicien de rock avec les Senators, puis journaliste et prof d'anglais. Mick Kitson vit aujourd'hui en Ecosse, et c'est tout naturellement là qu'il a choisi de situer son roman. Certes, son récit n'est ni un polar, ni un thriller. Et pourtant, en le lisant, on éprouve la même hâte à tourner les pages que celle qui nous saisit face une intrigue à suspense. Une hâte doublée d'un plaisir de lecture et d'une émotion rares.
Quand le roman commence, Peppa et Sal, respectivement dix et treize ans, vivent depuis quatre jours dans la forêt du Ayrshire, à des kilomètres de toute habitation, en pleine nature. Toutes seules. Pendant un an, Sal a préparé leur fuite, a lu et assimilé le Guide de survie des forces spéciales, a acheté avec la carte de crédit de sa mère ou de son compagnon tout ce qui était nécessaire à leur expédition. Il fallait partir.
16 août 2018
Stav Sherez, "The Intrusions" : le grand méchant loup est-il électronique ?
Dans un récent article écrit pour le site Dead Good Books, Stav Sherez s'interrogeait sur l'influence de la technologie sur la littérature en général, et le polar en particulier. Son article commence ainsi : "Les années 1990 ont apporté un nouveau défi aux auteurs de polars. L'utilisation généralisée des téléphones portables nous a privés de la liberté qui était la nôtre de mettre nos personnages en situation de danger, sans la moindre possibilité de contacter qui que ce soit, isolés, forcés de recourir à leur seule force intérieure pour se sortir de la situation. Aujourd'hui, de plus en plus en plus souvent, les auteurs sont obligés de placer leurs personnages dans des zones non couvertes par les réseaux, ou bien de provoquer la perte, la chute ou la destruction du téléphone."
7 janvier 2018
Eva Dolan, "Les chemins de la haine" : polar efficace, vrai roman politique
Eva Dolan est une des "étoiles montantes" du polar britannique, dit le Guardian : et de fait, elle est de tous les festivals qui comptent, ses "collègues" auteurs ne tarissent pas d'éloges sur son talent, il était donc temps de la découvrir. C'est chose faite grâce aux éditions Liana Levi et à la traductrice Lise Garond. Eva Dolan a franchi la barrière qui sépare la critique littéraire - elle était chroniqueuse de polars - de l'état d'auteure, et on peut dire, à la lecture de ce premier roman traduit en français, qu'elle a su tirer parti de sa connaissance du genre. Eva Dolan fait sienne la croyance de bon nombre d'auteurs britanniques: pour elle, le polar n'a pas son pareil pour raconter le monde qui nous entoure, et pour s'immiscer dans les failles les plus intimes de la société.
Riche de son savoir-faire, de son esprit d'investigation et d'analyse, elle nous emmène avec Les chemins de la haine sur les pas de l'inspecteur Zigic et du sergent Ferreira, qui exercent dans la ville de Peterborough, non loin de Cambridge la très snob, et surtout pas très loin non plus des ports d'arrivée des migrants.
Riche de son savoir-faire, de son esprit d'investigation et d'analyse, elle nous emmène avec Les chemins de la haine sur les pas de l'inspecteur Zigic et du sergent Ferreira, qui exercent dans la ville de Peterborough, non loin de Cambridge la très snob, et surtout pas très loin non plus des ports d'arrivée des migrants.
6 mars 2017
Peter Robinson, "Moissons sanglantes" : quand l'inspecteur Banks s'en mêle...
Peter Robinson fait partie de ces auteurs anglais qui savent renouveler leur personnage récurrent. Son Inspecteur Banks a beau vieillir, dans son commissariat du Yorkshire, on a toujours plaisir à le retrouver, à prendre de ses nouvelles - où en est-il de sa vie sentimentale, comment va l'équipe, et la santé, ça va ? Et Robinson a le chic pour répondre à toutes ces questions-là en ne cédant pas à la facilité, en mettant en scène son héros dans des contextes très contemporains, tout en l'ancrant dans les paysages du Yorkshire qu'on finit par voir à travers ses yeux, et par connaître même si on ne les a jamais vus "en vrai". L'inspecteur Chef Alan Banks a d'ailleurs fait l'objet d'une série télévisée tout à fait regardable, DCI Banks, dont Arte nous a distillé quelques épisodes, avec Stephen Tomkinpson dans le rôle titre.
![]() |
| Stephen Tomkinpson dans le rôle de DCI Banks dans la série du même nom |
12 février 2017
Jeremy Gavron, "Je vous aimais, terriblement" : une performance d'équilibriste émotionnel
Le livre de Jeremy Gavron surprend et trouble. Le joli titre est trompeur : il pourrait laisser croire à un roman sentimental des années trente... Nous en sommes très loin. Ces mots, "Dites aux garçons que je les aimais, terriblement, je vous en prie" constituent le message que Hannah Gavron laisse à ses fils Jeremy, quatre ans, et son frère aîné Simon. Nous sommes en 1965, à Londres. Hannah Gavron a 29 ans et elle vient de se donner la mort... Dans les années qui suivront, la famille Gavron jettera un voile pudique sur le suicide de cette jeune et jolie universitaire prometteuse, rieuse, pétillante et anticonformiste. Il faudra attendre 40 ans pour que Jeremy Gavron retrouve le message d'adieu de sa mère et décide d'en savoir plus sur cette mère dont il ne garde qu'un souvenir flou et fugace. Jeremy est journaliste. Rechercher l'information, enquêter, il sait faire. Et il va nous le démontrer tout au long des pages de ce livre étrange, roman souvenir, roman hommage construit comme une fiction.
16 novembre 2015
John Harvey, Ténèbres, ténèbres : la dernière enquête de Charlie Resnick
Le
dernier Charlie Resnick... On a du mal à y croire, surtout après
avoir refermé Ténèbres, Ténèbres. L'enquêteur de John Harvey
est seul, à nouveau. Lynn, sa collègue et compagne, a trouvé la
mort, abattue à la fin de sa dernière enquête. Charlie Resnick est
donc seul avec son vieux chat. Le seul qui lui reste. Charlie Resnick
est vieux, las, terriblement triste. Pas vraiment à la retraite
puisqu'il a accepté un poste d'enquêteur civil à temps partiel :
il intervient sur certaines affaires pour assurer des
interrogatoires, des vérifications. Charlie Resnick écoute du jazz,
toujours. Mange des sandwiches, toujours. Et cède aux instances de
la jeune et brillante Catherine Njoroge, remarquable inspectrice
d’origine kenyane qui vient d’arriver à Nottingham.
28 octobre 2015
Tony Parsons, Des garçons bien élevés : entre agacement et reddition
Ce livre est agaçant. A maintes reprises pendant la lecture, j'ai sursauté, failli le refermer, me drapant dans ma dignité, et puis finalement impossible. Il fallait que j'aille jusqu'au bout. Non pas que le suspense soit haletant : l'énigme de base est banale, une histoire de vengeance. Le mobile des crimes est dévoilé dès le début. Cool. Seul le coupable reste dans l'ombre. Et finalement, au bout du bout, on s'en fiche un peu, du nom du coupable. Aurais-je perdu l'esprit ? Oui, sans doute.
Reprenons. Pourquoi ai-je sursauté si souvent ? Eh bien parce que Monsieur Tony Parsons a des femmes une vision bien singulière : salopes, veuves joyeuses ou mères indignes, son catalogue est haut en couleurs mais pour le moins biaisé. Seule la petite fille du héros échappe à sa vindicte misogyne. A force de s'agacer, on se renseigne. Alors voilà, je vous épargne les recherches : la 4° de couverture nous dit que le sieur Parsons a été longtemps journaliste musical au New Musical Express, notamment à l'époque punk. Pas étonnant: dans le livre, on retrouve des allusions à Jam, aux Sex Pistols et aux Clash. Jusque-là, tout va bien. Le problème, c'est que le bonhomme fait partie de ces ex-rockers qui tournent mal avec l'âge. Il épouse une autre journaliste du NME plutôt célèbre au Royaume Uni, Julie Burchill. Qui le plaque un beau jour, le laissant seul pour élever leur petit garçon. Voilà la source de cette amertume envers les femmes. Encore faudrait-il connaître la version Burchill de la séparation...Bref, Parsons ne perd pas le nord : il publie en 1999 un roman, Man and Boy (Un homme et son fils, disponible chez J'ai Lu), consacré aux relations entre un père et son fils, qui remporte un joli succès un peu partout dans le monde. Puis éclipse... il écrit d'autres romans, sans grand retentissement. Il fait parler de lui en tant que journaliste le jour où il se mêle de parler de l'enquête sur la disparition de la petite Madeline, traitant la maréchaussée portugaise avec un mépris xénophobe particulièrement odieux... Très fort pour se faire des copains, Tony Parsons s'attaque bientôt aux tatouages et à ceux qui les portent. Enfin, il se met au polar avec Des garçons bien élevés. Et bien sûr, se met à dos le petit monde du polar anglais en affirmant que le roman policier, c'est bien gentil, mais ça manque de cœur... Il était temps qu'il arrive. Ce qui lui vaudra des dizaines de listes de lecture aimablement fournies par ses collègues auteurs de polars et leurs lecteurs furibards. Terminons en précisant, s'il en était besoin, que Tony Parsons n'est pas franchement à gauche - il a même laissé entendre qu'il était prêt à voter Ukip, et nous en aurons fini avec le portrait de cette grande gueule atrabilaire qu'on n'arrive pas à détester.
5 juillet 2015
Liam McIlvanney, Là où vont les morts : le roman noir de Glasgow
Dans la famille McIlvanney, voici donc le fils, Liam. Dans Là ou vont les morts, nous retrouvons Gerry Conway, le personnage principal de son roman précédent, Les couleurs de la ville. A l'époque, il dirigeait le service politique du Sunday Tribune de Glasgow. Dans Là où vont les morts, on comprend vite qu'il a lâché les rênes pour d'autres aventures, et s'en est revenu au bercail pour trouver à sa place de star du Tribune le journaliste Martin Moir, qu'il a quasiment porté sur les fonds baptismaux du journalisme quelques années auparavant. Martin Moir est presque un archétype de journaliste de roman noir : alcoolique, spécialiste des affaires troubles et du milieu glaswégien, Moir s'est fait une spécialité de disparaître plusieurs jours de suite...
4 mai 2015
Val McDermid, très en forme dans "Lignes de fuite"
La dernière fois que je vous ai parlé de Val McDermid, c'était sur le ton du dépit amoureux. Aujourd'hui, ce sera une déclaration, une vraie. Car avec Lignes de fuite, l'auteure écossaise a retrouvé toute sa fougue, son savoir faire et son côté fonceur. Lignes de fuite est un roman autonome, il ne s'inscrit dans aucune série. Polar, thriller, qu'importe : c'est un roman efficace, inspiré, avec un beau regard critique et empathique sur le monde qui nous entoure.
Tout commence par une scène plus terrible que n'importe quelle invention "gore". L'Anglaise Stéphanie Harker arrive à l'aéroport O'Hare de Chicago en compagnie de son fils adoptif, Jimmy, cinq ans. Ils sont en route pour des vacances en Californie. Les broches qui lui traversent la jambe suite à un accident de la route l'obligent à subir un contrôle de sécurité sévère. Et pendant qu'on l'inspecte, sous ses yeux, elle voit Jimmy s'éloigner en compagnie d'un homme en costume d'agent de l'aéroport, puis disparaître. C'est un enlèvement. L'homme n'est pas plus agent de l'aéroport que vous et moi. Stéphanie comprend tout de suite ce qui se passe, se débat, hurle... et est immédiatement arrêtée par les autorités. Le temps qu'elle parvienne à persuader la police de la réalité de l'enlèvement, elle croit devenir folle. De victime, elle est devenue accusée... Quand enfin on finit par la croire, plusieurs heures auront été perdues. L'homme et l'enfant se sont évaporés dans la nature.
Tout commence par une scène plus terrible que n'importe quelle invention "gore". L'Anglaise Stéphanie Harker arrive à l'aéroport O'Hare de Chicago en compagnie de son fils adoptif, Jimmy, cinq ans. Ils sont en route pour des vacances en Californie. Les broches qui lui traversent la jambe suite à un accident de la route l'obligent à subir un contrôle de sécurité sévère. Et pendant qu'on l'inspecte, sous ses yeux, elle voit Jimmy s'éloigner en compagnie d'un homme en costume d'agent de l'aéroport, puis disparaître. C'est un enlèvement. L'homme n'est pas plus agent de l'aéroport que vous et moi. Stéphanie comprend tout de suite ce qui se passe, se débat, hurle... et est immédiatement arrêtée par les autorités. Le temps qu'elle parvienne à persuader la police de la réalité de l'enlèvement, elle croit devenir folle. De victime, elle est devenue accusée... Quand enfin on finit par la croire, plusieurs heures auront été perdues. L'homme et l'enfant se sont évaporés dans la nature.
18 janvier 2015
Louise Welsh, La fille dans l'escalier : de solitude en obsession
Longtemps je me suis demandé comment vous présenter mes vœux. Chagrin, colère, dégoût ne sont pas très compatibles avec le côté festif et optimiste des souhaits de début d'année. Alors je vais me contenter de vous souhaiter de belles lectures, de fulgurants moments de bonheur, de salutaires instants de sérénité.
Et pour commencer, voilà Louise Welsh, romancière écossaise libraire à Glasgow, et sa Fille dans l'escalier.
Et pour commencer, voilà Louise Welsh, romancière écossaise libraire à Glasgow, et sa Fille dans l'escalier.
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