
L'actualité totalement subjective du roman policier et du roman noir, films, salons, rencontres avec des auteurs,...
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16 novembre 2012
"Le troisième homme" de Graham Greene à lire d'un oeil averti !

27 mars 2012
Sherlock Holmes, un détective indémodable !

22 mars 2012
Conan Doyle, auteur de polars historiques

11 mars 2012
Arsène Lupin face à Isidore Beautrelet, le choc des générations

26 janvier 2012
La compil Dashiell Hammett, un bilan mitigé !

16 janvier 2012
Dashiell Hammett, un drôle d'oiseau !

13 janvier 2012
"Sang maudit", Dashiell Hammett joue les feuilletonistes

11 janvier 2012
La vraie vie des gangsters vue par Dashiell Hammett

1 janvier 2012
2012, retour aux fondamentaux !
Une affaire de style
Les lecteurs habitués aux textes de la fin du XIXe siècle seront certainement étonnés de la fluidité du style dans cette histoire écrite en 1887 et racontée par le docteur Watson sous la forme de mémoires abondamment commentées. L'auteur fait preuve de subtilité pour nous décrire son détective dont les défauts sont aussi présentés comme des qualités. Ne lisant pas l'anglais couramment c'est une version traduite que j'ai eue entre les mains et peut-être devons-nous cette modernité de vocabulaire à l'art du traducteur qui a su nous plonger dans un univers fascinant, entre Jack l'éventreur et Dickens. Décrivant avec moults détails les rues surpeuplées de personnes de toutes conditions du plus simple gamin indicateur à ses heures au noble en carrosse armorié. Il est important de suivre les aventures de Sherlock Holmes en respectant la chronologie des parutions, disponibles à l'époque sous la forme de fascicules destinés à un public de toutes conditions. Cette forme de littérature populaire a gardé tout son charme, à l'instar des Mystères de Paris de Eugène Sue, parus quarante ans plus tôt.
De 7 à 77 ans
J'ai le souvenir d'avoir lu Sherlock Holmes dans les années 60 alors que j'usais mes culottes courtes sur les bancs de bois de l'école primaire. Frissonnant à la description des crimes crapuleux ou souriant de l'incompétence des policiers de Scotland Yard. C'est le même plaisir que j'ai retrouvé cinquante ans plus tard en parcourant ce roman saisissant, prétexte pour l'auteur à une description des pratiques douteuses des sectes qui ont laissé leurs empreintes sur l'histoire de l'Amérique et qui sont toujours d'actualité.
4 septembre 2011
Réouverture du Blog avec un bon plan signé Frédéric

Eh oui il faut savoir se baisser pour trouver une pépite. L'affaire se passe au sous-sol de Gibert (26-34, boulevard Saint Michel - 75006 Paris) il y a deux jours. Là où se retrouvent les amateurs de polars qui cherchent la perle rare dans la multitude d'occasions classées et qui plus est à prix plus que raisonnable. Cachées sous le comptoir d'accueil du rayon, il y a toujours deux ou trois caisses dans lesquelles sont entassés en vrac les polars de moindre importance. Je n'oublie jamais de jeter un œil sur ces rogatons car il m'arrive d'y dénicher de petits bijoux pour bibliophile. Le dernier en date est tout simplement une première édition de Dare-dare de Chester Himes dans sa belle robe noire et blanche des éditions Gallimard - Série Noire. Le papier est un peu jauni mais le livre est en parfait état au point d'hésiter à le relire sans risque de voir les pages se décoller. En général quand on a une bonne adresse de restau dans son carnet on hésite à la communiquer pour éviter de perdre le bénéfice de sa trouvaille mais comme je suis plutôt partageur je vous conseille donc de ne pas bouder ces caisses pour amateurs avisés... peut-être même que nous nous croiserons, penchés sur quelques polars inoubliables qui ne demandent qu'à trouver un nouveau propriétaire.
Quelques mots sur le livre de Chester Himes
Chester Himes est considéré par les spécialistes du genre comme un auteur majeur de la culture noire américaine (au sens humain et stylistique) même si c'est en partie grâce à sa rencontre avec Marcel Duhamel à la fin des années 50 qu'il orientera sa carrière d'écrivain exclusivement vers le polar. Ses premiers romans, plus sociaux, ne rencontreront pas leur public dans son pays natal et c'est en 1958 avec La reine des pommes qu'il voit enfin le bout du tunnel. Chester Himes privilégie l'action et le suspens mais il témoigne aussi de la condition des noirs au USA en milieu urbain. Dénonçant racisme et exploitation. Dare-Dare, le numéro 492 de la mythique collection Série-Noire dirigée par Marcel Duhamel pour Gallimard démontre la plénitude du style du romancier. Les personnages sont dépeints avec un réalisme qui échappe à la caricature encore trop souvent en vigueur à cette époque. L'histoire est relativement simple: Deux noirs, des travailleurs nocturnes irréprochables, sont assassinés dans la chambre froide d'un restau de quartier par un pochard blanc. Le tireur rate de peu le dernier témoin de son crime et va le poursuivre pendant 250 pages jusqu'au dénouement final. Bien sûr le lecteur ne sait pas qui est ce tireur au pistolet muni d'un silencieux et s'identifie immanquablement au jeune homme en danger même si celui-ci fait preuve d'une insouciance qui frise la bêtise. Tous les ingrédients du thriller à l'américaine sont en place dès les premières pages de ce texte qui se passe à New York au temps des grosses limousines et des bars louches où des créatures aux seins démesurés chantent le blues jusqu'à pas d'heure. On suit la course effrénée et maladroite de Jimmy, jeune étudiant et témoin du crime, qui se débat contre un destin inéluctable tiraillé par la trouille, l'amour pour une belle petite chanteuse de blues et l'hystérie d'une bande d'amis plutôt déjantés. En parallèle, deux inspecteurs blancs mènent l'enquête, Walker ambigu et gros buveur en compagnie de son beau frère Block, un dur à cuire qui a la tête sur les épaules. Le récit est haletant sans temps mort. Chester Himes connaît son affaire en nous plongeant dans cette fable brutale dans laquelle on retrouve l'ambiance des films noirs qui ont marqué les années 50/60. Les règles du théâtre classique sont en partie respectées puisque le récit se situe dans une zone géographique réduite et pratiquement en continu (à peine quelques jours au lieu de quelques heures habituelles). Le nombre de protagonistes est réduit et concentré sur quatre personnages majeurs. La lecture de ce roman qui portait un nom plus adapté en anglais: Run man run, fut un réel plaisir et démontre s'il en est besoin que comme pour la littérature classique la lecture d'un bon vieux polar est une nécessité pour celui ou celle qui veut s'immerger dans l'univers noir d'une Amérique incandescente.
Dare-Dare, Chester Himes traduction de Pierre Verrier, Série Noire Gallimard 1959
11 juillet 2011
Retour aux sources avec Dashiell Hammett

Ce livre de Dashiell Hammett se classe volontiers dans la tradition du roman noir dans lequel le lecteur est constamment au côté du protagoniste principal. C'est une forme de moins en moins pratiquée de nos jours où les auteurs talentueux se font un devoir de rédiger leurs livres sur le modèle cinématographique des récits à destins croisés, sautant d'un chapitre à l'autre dans la peau des différents personnages jusqu'à la rencontre finale. Il est certain que cette forme actuelle demande une préparation soignée et un grand nombre de notes en post-écriture alors que le récit linéaire façon Dashiell Hammet n'est pas sans évoquer un corps à corps schizophrénique entre l'auteur et son personnage. Certains écrivains célèbres prétendent même qu'il est arrivé plus d'une fois que celui-ci leur échappe et n'en fasse qu'à sa tête. Dans le cas de Ned Beaumont, les spécialistes s'accordent d'ailleurs pour estimer qu'il fait partie de ces "doubles" que Dashiell Hammett se plaisait à créer.
Est-il vraiment utile de souligner que le style de Hammett a servi de révélateur et de modèle à de nombreux successeurs, et pas seulement dans la catégorie polar ? Des descriptions au scalpel, des dialogues ciselés, une rigueur impressionnante : Dashiell Hammett est un vrai "maître".
Pour conclure, n'oubliez pas que Moisson rouge, Sang maudit, Le Faucon maltais, La Clé de verre et L'Introuvable ont fait l'objet d'une nouvelle traduction en 2009 signée Pierre Bondil (dont nous avons déjà parlé dans le blog) et Natalie Beunat. Gallimard, coll. Quarto-rom. Vous n'avez donc aucune excuse pour ne pas vous replonger vous aussi dans ces textes fondateurs qui restent indémodables.
Dashiell Hammett naît le 27 mai 1894 à Baltimore, Maryland - Alcoolique et tuberculeux, il meurt à New York en 1961, il y a exactement 50 ans.
Les livres qu'il faut lire:
1924 : Dollars de sang ou Le Grand Braquage (The Big Knockover)
1929 : La Moisson rouge (Red Harvest)
1929 : Sang maudit (The Dain Curse)
1930 : Le Faucon maltais (The Maltese Falcon)
1931 : La Clé de verre, (The Glass Key)
1934 : L'Introuvable (The Thin Man)
et aussi le formidable Hammett signé Joe Gores, qui a servi de base à l'étrange film éponyme de Wim Wenders.
A voir, l'adaptation cinématographique de La clé de verre, tournée par Stuart Heisler en 1942, avec Veronika Lake et Alan Ladd.
10 mai 2011
Simenon crée le commissaire Maigret avec Pietr le Letton, paru en 1931

Dans le premier Maigret paru en 1931, Simenon nous dévoile un personnage beaucoup plus dynamique que l'image que nous en avons eue à travers les interprétations au cinéma et à la télévision. Le Maigret de la première heure est un flic plutôt baraqué, de bonne taille, portant un pardessus qui lui donne encore plus d'ampleur, et sur la tête une sorte de chapeau melon typique des policiers de l'époque. Il entre dans l'action et participe volontiers à la traque sur le terrain du fameux Pietr le Letton, gangster pour le moins dangereux qui n'hésite pas à se servir d'une arme, même contre les forces de police.
Commentaire
Il y a effectivement du Bruno Cremer dans Pietr le Letton, mais un Bruno Cremer plus jeune, capable de courir quand il faut après un fuyard, capable aussi d'esquiver une voiture qui lui fonce dessus. Ce roman augure d'une série qui se prolongera pendant plusieurs décennies en nous faisant partager les us et coutumes du petit monde du Quai des Orfèvres. Côté assassins et consorts, Simenon a le chic pour nous faire pénétrer dans les arcanes de la petite et moyenne bourgeoisie parisienne et provinciale qu'il décrit au scalpel. Dans ce premier livre, c'est plutôt l'action qui est privilégiée avec cette traque pleine d'embûches et de rebondissements.
L'extrait
"Il dut s'y prendre à trois fois. Dès qu'il retirait sa main de la blessure, le sang commençait à couler avec une abondance alarmante. Il finit par prendre la serviette qui se trouvait sur la table et par la caler sous son gilet, dont il serra très fort la boucle. L'odeur qui régnait dans la chambre l'écoeurait. Les gestes mous, il souleva un côté du canapé, fit pivoter le meuble sur deux pieds. Il s'y attendait : c'était Torrence qui gisait là, recroquevillé, un bras tordu, comme si on lui eût brisé les membres pour le tasser dans un petit espace. (...) Torrence avait trente ans. Depuis cinq ans, il ne travaillait pour ainsi dire qu'avec le commissaire."
Georges Simenon, Pietr le Letton, Le Livre de Poche.
2 mai 2011
Hubert Bonisseur de La Bath, un espion qui n'a pas vu le vent tourner

OSS 117 fut réellement un phénomène de librairie traduit en 17 langues et vendu à plus de 75 millions d'exemplaires aux dires des spécialistes (de nombreux sites et blogs traitent d'ailleurs du sujet) et cela quatre ans avant son concurrent britannique James Bond 007 créé par Ian Fleming. Il connut de nombreuses ramifications avec le cinéma et la BD. Il est amusant de se souvenir que OSS 117 rencontre un succès certes modéré avec en 1957 Ivan Desny dans le rôle-titre. Trois ans après cette première tentative infructueuse Michel Piccoli interprètera à son tour ce rôle mais sous le nom de Brian Cannon car les droits du roman Documents à vendre qui servit au scénario n'étaient pas libres d'adaptation à l'époque. Enfin André Hunebelle réalisera à son tour Banco à Bangkok pour OSS 117 et Furia à Bahia pour OSS 117 avec Frederick Stafford un peu plus crédible dans le rôle d'Hubert. Enfin A tout coeur à Tokyo sera porté à l'écran par Michel Boisrond toujours avec Frederick Stafford en vedette. Il faut attendre 2005 pour découvrir les parodies signées Michel Hazanavicius: Le Caire, nid d'espions suivi de Rio ne répond plus avec Jean Dujardin.
Aujourd'hui ces romans de gare sont relégués dans les malles au grenier. Certainement sous-évalués dans le genre espionnage à la française, Hubert Bonisseur de La Bath qui puise ses racines dans la Louisiane du XVIIIe siècle, n'a qu'à s'en prendre qu'à lui-même. Ah, s'il avait été un peu plus lucide sur ce qui se passait autour de lui il aurait compris que le style macho était déjà en perte de vitesse et que son improbable croisade au service des valeurs de l'Occident était vouée à l'échec. L'Office of Strategic Services ou bureau des services stratégiques pour qui il bossait a véritablement existé. Il s'agissait d'une agence de renseignements (parmi tant d'autres) qui a vu le jour en 1942 après l’entrée en guerre des Etats-Unis. Durant la Seconde Guerre mondiale ses agents s'occupaient de recueillir des renseignements et participaient à des missions spéciales. Démantelée le 1er octobre 1945 par Harry Truman l'OSS voit ses hommes incorporés notamment dans la CIA où notre très cher OSS 117 se voit porté au grade de Colonel. A la lecture de cette chronique vous aurez compris que Jean Bruce a essayé à sa façon de raconter les derniers jours d'une période coloniale qui allait laisser la place à la guerre froide que l'on trouvera dans la plupart des romans d'espionnage de la fin des années 60.
Fiche de lecture - Tu parles d'une ingénue renommé plus tard Ici OSS 117 de Jean Bruce
En bref
Pour sa première apparition, Hubert Bonisseur de La Bath, espion et détective patenté, débarque en France pour représenter une banque américaine et négocier avec le « Gang des Tractions » des documents secrets relatifs à un trafic d'armes réformées via l'Amérique du Sud vers quelques pays soumis à l'embargo. Ces papiers compromettants ont été volés lors d'un hold-up dans lequel le gang est visiblement impliqué mais pas question de prévenir la police car le secret doit être bien gardé. Dans ses aventures Hubert Bonisseur de La Bath est secondé par un ami français, Pierre Dru, qu'il a connu pendant la guerre. Il enquête tambour battant au rythme de ses conquêtes féminines dont une Baronne fatale et pour le moins ambigüe, la jeune fille mineure d'un homme d'affaires qui le retiendra quelques temps prisonnier et quelques autres filles faciles qui passent à sa portée. Il n'hésite pas à donner du poing et à sortir son arme quand il le faut même si ça doit faire mal jusqu'au dénouement qui réservera une surprise.
Question de style
Rien à dire puisqu'il n'y en a pas. L'auteur privilégie l'aspect narratif en utilisant un langage simple sans finesse. Tout est dans l'action en continu (déplacement, visite des lieux classiques du polar, sexe soft et bagarres). Lorsqu'il fait dialoguer des truands entre eux, il utilise volontiers le langage façon mauvais garçons que l'on retrouve dans tous les films noirs à la française de cette époque. Enfin lorsqu'il veut faire preuve d'un trait d'humour celui-ci tombe généralement à plat pour un œil du XXIe siècle.
Drôle de type, drôles de mœurs
On ne peut s'empêcher de remarquer la façon dont ce personnage caricatural d'espion viril traite ses chères compagnes. Coup poing dans l'estomac si elles résistent et un bon uppercut au menton en cas de crise d'hystérie. Rien de tel pour remettre les idées en place en ce temps-là où visiblement se "taper" une jeune fille de 16 ans (même nymphomane) n'avait strictement aucune conséquence, littéraire en tout cas. Pour peu que cette aventure répréhensible permette à Hubert Bonisseur de la Bath de prendre la tangente au bon moment.
Quelques lignes
« Le visage épanoui, Pierre se dit que son ami n'avait pas changé. Svelte, large d'épaules, avec un rude visage de prince pirate orné d'une épaisse moustache, des yeux perçants bleus de glace surmontés de sourcils en broussaille, des cheveux châtain clair coupés très court, Hubert Bonisseur de la Bath était de ces hommes qui attirent l'attention, surtout des femmes ».
Tu parles d'une ingénue - éditions Fleuve Noir - 1949 (première édition cotée environ 400 euros sur internet)
Ici OSS 117 - Presses de la cité - numéro 16
24 avril 2011
Les carnets de Raymond Chandler

Et pour finir, une nouvelle intitulée English summer - A gothic romance, son dernier texte publié juste avant sa mort en 1959, témoigne de sa passion pour la littérature anglaise et pour le vieux continent - n'oublions pas que Chandler, avant de s'installer en Californie, a grandi à Londres et a même passé plusieurs mois en Allemagne et en France. Dans ce conte désabusé et amer qui a pour décor la campagne anglaise, on retrouve la précision et la cruauté des descriptions, les phrases cinglantes, les pirouettes ironiques ou à la limite du tragique. En particulier, la description toute en longueur et en sinuosité d'une blonde chevelure féminine...
Cette nouvelle, et beaucoup d'autres, viennent d'être republiées en français dans la collection Omnibus, sous le titre Les ennuis, c'est mon problème
Le livre fondateur du genre: Edgar Poe - Double assassinat dans la rue Morgue
D'après les spécialistes, c'est le livre fondateur du polar, en particulier du style "meurtre en chambre close", qui sera repris plus tard par Gaston Leroux avec son fameux détective Rouletabille. Ce petit livre, disponible en collection Librio, fait la part belle au raisonnement et à la déduction en tant que moteurs de la résolution de l'énigme. Le chevalier Auguste Dupin est le père spirituel de tous les détectives qui apparaîtront dans la littérature policière. Il est d'ailleurs, comme il se doit, accompagné d'un assistant comme le seront plus tard tous les grands enquêteurs (Sherlock Holmes et Watson, Hercule Poirot et Hastings, San Antonio et Bérurier, Rebus et Siobhan, Adamsberg et Danglard...) Traduit en français par Baudelaire, ce texte est souvent utilisé dans le contexte scolaire car il est à la fois assez littéraire pour passionner les connaisseurs et suffisamment moderne pour distraire un public plus jeune. Le ton est évidemment très XIXe siècle, mais l'histoire n'en reste pas moins palpitante, en particulier la façon dont le personnage principal trouve la solution de l'énigme à partir d'une réflexion et d'une analyse du contexte social et des lieux que ne renierait pas Hercule Poirot. A vos loupes!
En bref...
L'histoire se passe en 1841, dans la fameuse rue Morgue à Paris. On y découvre dans une chambre évidemment hermétiquement close le cadavre d'une femme la gorge tranchée et celui de sa fille coincé dans le conduit de la cheminée. Le chevalier Dupin prend la relève de la police qui reste perplexe sur cette affaire.
Edgar Poe, Double assassinat dans la rue Morgue, traduit par Charles Baudelaire - éditions Librio
En bref...
L'histoire se passe en 1841, dans la fameuse rue Morgue à Paris. On y découvre dans une chambre évidemment hermétiquement close le cadavre d'une femme la gorge tranchée et celui de sa fille coincé dans le conduit de la cheminée. Le chevalier Dupin prend la relève de la police qui reste perplexe sur cette affaire.
Edgar Poe, Double assassinat dans la rue Morgue, traduit par Charles Baudelaire - éditions Librio
Agatha Christie - La mystérieuse affaire de Styles, Roman policier: l'art et la manière dès son premier opus !
Nous sommes en pleine guerre de 14/18 et les réfugiés affluent en Angleterre. Parmi eux des Belges d'un exotisme déconcertant pour une jeune fille tout à fait bien élevée qui vit dans un charmant village typiquement britannique avec ses espaces verts entretenus et ses cottages aux toits de chaume. Voilà-t-y pas que mademoiselle Agatha, c'est bien d'elle qu'il s'agit, est mise au défi par sa sœur de concocter un roman policier, genre très en vogue à cette époque. Celle-ci voit en elle un potentiel d'écrivain à énigme.
Agatha ne fait ni une ni deux et prend la plume à ses heures perdues pour nous narrer l'histoire d'un crime inexpliqué commis dans le village de Styles Saint-Mary par une belle journée de juillet. Bien sûr il sera question de poison car c'est sa spécialité de par son travail en milieu hospitalier. En quelques lignes elle brosse avec le succès que l'on connaît les portraits des trois protagonistes principaux de son œuvre à venir. Il y a tout d'abord le fameux Hercule Poirot, un détective belge reconnaissable à sa moustache lissée et à son crâne en forme d'œuf. Sans oublier ses petites cellules grises qui ne demandent qu'à s'agiter. Agatha Christie se sert comme modèle de ces réfugiés belges, qu'elle côtoyait alors, pour façonner son personnage récurernt dans ses nombreux romans basés sur le schéma du crime à énigmes. Ensuite elle nous présente son capitaine Hastings, en quelque sorte le faire valoir de Poirot qui, contrairement au docteur Watson décrit comme le souffre-douleur de Sherlock, tiendra véritablement un rôle d'ami fidèle auprès d'Hercule qui le considèrera toujours avec bienveillance voire avec un petit côté paternel et protecteur. Hastings doit avoir avoir environ 30 ans de moins que Poirot (65 ans alors); ce dernier est décrit comme détective à la retraite dans ce premier roman fondateur. Chacun veillant sur l'autre, ils vont dénouer bien des mystères sans trop se fatiguer car ces deux lascars sont des calmes. Bien sûr Hastings est dépeint comme un aimable naïf complice des excès de son mentor, toujours prêt à prendre le volant pour voler au secours de la veuve et de l'orphelin, participant avec plus ou moins de succès mais toujours bonne humeur et flegme aux enquêtes du boss en permettant ainsi à l'auteur de nous balader sur de fausses pistes, la spécialité du cap'tain. Enfin apparait le dernier de la bande: l'inspecteur Japp de Scotland Yard, s'il vous plaît. Là aussi une comparaison avec les protagonistes de Conan Doyle s'impose. Les flics de Sherlock sont des ânes bâtés, stupides et prétentieux, incapables de voir plus loin que le bout de leur nez, refusant systématiquement l'aide que peut leur apporter le détective avisé. Alors que chez Agatha Christie, Japp est tout de suite sympathique et sait apprécier les talents de Poirot. On sent qu'il existe entre eux les prémices d'une sincère amitié basée sur l'admiration de l'élève envers le maître. Japp n'hésite pas à demander son avis au petit Belge lorsqu'il est confronté à une impasse. Prenant à parti les autres protagonistes qui contesteraient les capacités de Poirot pour leur faire valoir la justesse des déductions du détective qu'il met toujours à profit pour arrêter le vrai coupable.
Pour en revenir au roman, Agatha Christie fait montre d'une réelle culture littéraire dans ce premier jet en peignant les affres d'une bourgeoisie aristocratique, ou d'une aristocratie embourgeoisée, c'est selon, encline aux dettes endémiques et que l'héritage d'une tante souffreteuse qui tarde à quitter notre terre de lamentations, remettrait à flot. Évidemment, la tata est mariée à un drôle de barbu (15 !) qui n'a pas l'intention de se laisser flouer. Lequel va gagner et empocher le magot? C'est en fait là que se trouve la véritable énigme car s'il est besoin d'un coupable que l'on conduira enchaîné à l'échafaud, c'est principalement le gagnant du jackpot que l'on attend au tournant.
La mystérieuse affaire de Styles est construite de façon tout à fait académique: Présentation des protagonistes avec moult détails sur l'environnement et le train-train quotidien de ces braves gens dans les premiers chapitres. Un texte ponctué de dialogues et de descriptions cliniques sous la plume du narrateur qui n'est autre que Hastings lui même. Enfin arrive l'heure du crime, tard dans la nuit, dans une inévitable chambre close comme c'est la coutume dans ces belles demeures anglaises qui fleurent bon la cire d'abeille et la strychnine. Poirot et Hastings se mettent au boulot et vont mener l'enquête au petit trot. Bien sûr ils se lanceront tout d'abord sur plusieurs fausses pistes pour faire durer le plaisir avant de nous livrer le coupable sur un plateau, avec tasses de thé et sandwich au concombre, dans la fameuse scène finale dans laquelle sont réunis tous les personnages qui ont participé à l'enquête. Avec le coup de théâtre qui deviendra la marque de fabrique de la "queen of crime".
Ce premier roman paru en 1920 est entièrement structuré autour de rencontres avec les individus plus ou moins louches qui peuplent la scène de crime: la famille, les domestiques et les commerçants du village, tout le monde y passe. Bien sûr un bon nombre d'indices sont disséminés dans ces récits qui se recoupent ou s'invalident. certains sont effectivement primordiaux mais la plupart sont totalement futiles et uniquement destinés à induire en erreur le lecteur inexpérimenté que nous sommes. D'autant que cette chère Agatha a mis la barre haut dès sa première tentative. Il sera question de bougeoirs qui changent de place fortuitement et dans lesquels se trouve une des clefs de l'énigme. De barbes vraies ou fausses portées par des individus louches à l'allure patibulaire mais presque. Même chose avec le choix du poison. Pas question de verser une bonne dose de strychnine dans la tasse à café façon Cluedo. Non, ici il sera question de réactions chimiques complexes et de dépôts de cristaux mortels obtenus astucieusement et de façon tout à fait préméditée à partir de potions au demeurant inoffensives si l'on se conforme à la bonne posologie.
Pour conclure cette mise en bouche à l'art culinaire de tata Agatha, on ne peut que conseiller de lire ou relire ce petit livre (environ 220 pages) d'une saveur sans pareil qui vous mettra en appétit et vous donnera certainement envie de remettre le couvert au plus vite.
On trouve très facilement La mystérieuse affaire de Styles sous la forme de petits livres de poche économiques ou de compilations plus coûteuses. Allez donc jeter un œil sur les sites spécialisés dans la vente de livres et vous trouverez certainement votre bonheur.
Agatha ne fait ni une ni deux et prend la plume à ses heures perdues pour nous narrer l'histoire d'un crime inexpliqué commis dans le village de Styles Saint-Mary par une belle journée de juillet. Bien sûr il sera question de poison car c'est sa spécialité de par son travail en milieu hospitalier. En quelques lignes elle brosse avec le succès que l'on connaît les portraits des trois protagonistes principaux de son œuvre à venir. Il y a tout d'abord le fameux Hercule Poirot, un détective belge reconnaissable à sa moustache lissée et à son crâne en forme d'œuf. Sans oublier ses petites cellules grises qui ne demandent qu'à s'agiter. Agatha Christie se sert comme modèle de ces réfugiés belges, qu'elle côtoyait alors, pour façonner son personnage récurernt dans ses nombreux romans basés sur le schéma du crime à énigmes. Ensuite elle nous présente son capitaine Hastings, en quelque sorte le faire valoir de Poirot qui, contrairement au docteur Watson décrit comme le souffre-douleur de Sherlock, tiendra véritablement un rôle d'ami fidèle auprès d'Hercule qui le considèrera toujours avec bienveillance voire avec un petit côté paternel et protecteur. Hastings doit avoir avoir environ 30 ans de moins que Poirot (65 ans alors); ce dernier est décrit comme détective à la retraite dans ce premier roman fondateur. Chacun veillant sur l'autre, ils vont dénouer bien des mystères sans trop se fatiguer car ces deux lascars sont des calmes. Bien sûr Hastings est dépeint comme un aimable naïf complice des excès de son mentor, toujours prêt à prendre le volant pour voler au secours de la veuve et de l'orphelin, participant avec plus ou moins de succès mais toujours bonne humeur et flegme aux enquêtes du boss en permettant ainsi à l'auteur de nous balader sur de fausses pistes, la spécialité du cap'tain. Enfin apparait le dernier de la bande: l'inspecteur Japp de Scotland Yard, s'il vous plaît. Là aussi une comparaison avec les protagonistes de Conan Doyle s'impose. Les flics de Sherlock sont des ânes bâtés, stupides et prétentieux, incapables de voir plus loin que le bout de leur nez, refusant systématiquement l'aide que peut leur apporter le détective avisé. Alors que chez Agatha Christie, Japp est tout de suite sympathique et sait apprécier les talents de Poirot. On sent qu'il existe entre eux les prémices d'une sincère amitié basée sur l'admiration de l'élève envers le maître. Japp n'hésite pas à demander son avis au petit Belge lorsqu'il est confronté à une impasse. Prenant à parti les autres protagonistes qui contesteraient les capacités de Poirot pour leur faire valoir la justesse des déductions du détective qu'il met toujours à profit pour arrêter le vrai coupable.
Pour en revenir au roman, Agatha Christie fait montre d'une réelle culture littéraire dans ce premier jet en peignant les affres d'une bourgeoisie aristocratique, ou d'une aristocratie embourgeoisée, c'est selon, encline aux dettes endémiques et que l'héritage d'une tante souffreteuse qui tarde à quitter notre terre de lamentations, remettrait à flot. Évidemment, la tata est mariée à un drôle de barbu (15 !) qui n'a pas l'intention de se laisser flouer. Lequel va gagner et empocher le magot? C'est en fait là que se trouve la véritable énigme car s'il est besoin d'un coupable que l'on conduira enchaîné à l'échafaud, c'est principalement le gagnant du jackpot que l'on attend au tournant.
La mystérieuse affaire de Styles est construite de façon tout à fait académique: Présentation des protagonistes avec moult détails sur l'environnement et le train-train quotidien de ces braves gens dans les premiers chapitres. Un texte ponctué de dialogues et de descriptions cliniques sous la plume du narrateur qui n'est autre que Hastings lui même. Enfin arrive l'heure du crime, tard dans la nuit, dans une inévitable chambre close comme c'est la coutume dans ces belles demeures anglaises qui fleurent bon la cire d'abeille et la strychnine. Poirot et Hastings se mettent au boulot et vont mener l'enquête au petit trot. Bien sûr ils se lanceront tout d'abord sur plusieurs fausses pistes pour faire durer le plaisir avant de nous livrer le coupable sur un plateau, avec tasses de thé et sandwich au concombre, dans la fameuse scène finale dans laquelle sont réunis tous les personnages qui ont participé à l'enquête. Avec le coup de théâtre qui deviendra la marque de fabrique de la "queen of crime".
Ce premier roman paru en 1920 est entièrement structuré autour de rencontres avec les individus plus ou moins louches qui peuplent la scène de crime: la famille, les domestiques et les commerçants du village, tout le monde y passe. Bien sûr un bon nombre d'indices sont disséminés dans ces récits qui se recoupent ou s'invalident. certains sont effectivement primordiaux mais la plupart sont totalement futiles et uniquement destinés à induire en erreur le lecteur inexpérimenté que nous sommes. D'autant que cette chère Agatha a mis la barre haut dès sa première tentative. Il sera question de bougeoirs qui changent de place fortuitement et dans lesquels se trouve une des clefs de l'énigme. De barbes vraies ou fausses portées par des individus louches à l'allure patibulaire mais presque. Même chose avec le choix du poison. Pas question de verser une bonne dose de strychnine dans la tasse à café façon Cluedo. Non, ici il sera question de réactions chimiques complexes et de dépôts de cristaux mortels obtenus astucieusement et de façon tout à fait préméditée à partir de potions au demeurant inoffensives si l'on se conforme à la bonne posologie.
Pour conclure cette mise en bouche à l'art culinaire de tata Agatha, on ne peut que conseiller de lire ou relire ce petit livre (environ 220 pages) d'une saveur sans pareil qui vous mettra en appétit et vous donnera certainement envie de remettre le couvert au plus vite.
On trouve très facilement La mystérieuse affaire de Styles sous la forme de petits livres de poche économiques ou de compilations plus coûteuses. Allez donc jeter un œil sur les sites spécialisés dans la vente de livres et vous trouverez certainement votre bonheur.
Ed McBain et Ponson du Terrail, les compils des compères
Quel bonheur que les éditeurs aient la bonne idée de rassembler des oeuvres majeures d'auteurs de romans policiers classiques ou contemporains sous la forme de "compilations". Une visite au rayon polars de Gibert, et voilà deux nouveaux pensionnaires pour ma bibliothèque, deux "occases" qui en plus ne m'ont coûté qu'une dizaine d'euros chacune.
Tout d'abord, Ed McBain, 87e District volume 1 en collection Omnibus. Presque 1000 pages, papier bible et tout petits caractères, pour retrouver les premières histoires de la brigade de Carella, Meyer Meyer, Bert Kling et les autres.Sept romans réalistes qui feront découvrir à ceux qui ne la connaissent pas encore l'Amérique des années 50. Bien sûr, il vaut mieux commencer par le premier volume, puisqu'Ed McBain a pérennisé ses personnages tout au long de dizaines de romans pour les amener jusqu'aux années 90. Ca se lit comme le journal à la page des faits divers, et on y retrouve la vie d'un commissariat de quartier avec toutes ses anecdotes, ses figures hautes en couleurs, ses crimes et délits plus vrais que nature. On pleurera lorsqu'un des héros sera blessé... voire tué ! On rigolera lorsqu'ils glisseront sur des peaux de banane, et on participera à leurs déjeuners et dîners en famille, avec les petits soucis de la vie quotidienne.
Difficile de passer à côté d'un des fondateurs du roman policier en France, j'ai nommé Ponson du Terrail et son Rocambole qui a enflammé les lecteurs de la page feuilleton des quotidiens du dernier tiers du XIXe siècle. Là encore, papier bible un poil plus épais, 900 pages en collection "Bouquins" (Robert Laffont) pour découvrir 3 aventures de ce personnage énigmatique dont les exploits ravirons les amateurs d'une écriture classique et fleurie qui avait pour but de fidéliser les blanchisseuses et les petites mains d'un temps où le roman n'était pas encore accessible à tous. On y retrouve des méchants bien sûr, mais surtout des marquis, des comtes et des comtesses, des jeunes filles pauvres qui deviennent riches et vice versa, des ducs et des duchesses qui devaient certainement faire rêver les lecteurs d'un temps où la classe ouvrière était plutôt maltraitée.
Ed McBain - 87e district volume I - Préface de Jacques Baudou - Omnibus
Ponson du Terrail - Rocambole - Les exploits de Rocambole - Préface de Laurent Bazin - "Bouquins", Robert Laffont
Tout d'abord, Ed McBain, 87e District volume 1 en collection Omnibus. Presque 1000 pages, papier bible et tout petits caractères, pour retrouver les premières histoires de la brigade de Carella, Meyer Meyer, Bert Kling et les autres.Sept romans réalistes qui feront découvrir à ceux qui ne la connaissent pas encore l'Amérique des années 50. Bien sûr, il vaut mieux commencer par le premier volume, puisqu'Ed McBain a pérennisé ses personnages tout au long de dizaines de romans pour les amener jusqu'aux années 90. Ca se lit comme le journal à la page des faits divers, et on y retrouve la vie d'un commissariat de quartier avec toutes ses anecdotes, ses figures hautes en couleurs, ses crimes et délits plus vrais que nature. On pleurera lorsqu'un des héros sera blessé... voire tué ! On rigolera lorsqu'ils glisseront sur des peaux de banane, et on participera à leurs déjeuners et dîners en famille, avec les petits soucis de la vie quotidienne.
Difficile de passer à côté d'un des fondateurs du roman policier en France, j'ai nommé Ponson du Terrail et son Rocambole qui a enflammé les lecteurs de la page feuilleton des quotidiens du dernier tiers du XIXe siècle. Là encore, papier bible un poil plus épais, 900 pages en collection "Bouquins" (Robert Laffont) pour découvrir 3 aventures de ce personnage énigmatique dont les exploits ravirons les amateurs d'une écriture classique et fleurie qui avait pour but de fidéliser les blanchisseuses et les petites mains d'un temps où le roman n'était pas encore accessible à tous. On y retrouve des méchants bien sûr, mais surtout des marquis, des comtes et des comtesses, des jeunes filles pauvres qui deviennent riches et vice versa, des ducs et des duchesses qui devaient certainement faire rêver les lecteurs d'un temps où la classe ouvrière était plutôt maltraitée.
Ed McBain - 87e district volume I - Préface de Jacques Baudou - Omnibus
Ponson du Terrail - Rocambole - Les exploits de Rocambole - Préface de Laurent Bazin - "Bouquins", Robert Laffont
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