20 octobre 2011

Carlos Salem, "Je reste roi d'Espagne"

Selon que vous connaissez déjà Carlos Salem ou que vous le découvrez, ce livre vous fera un effet différent. Si vous avez déjà lu Salem, la surprise sera moins grande, mais vous vous immergerez dans Je reste roi d'Espagne un peu comme si vous retrouviez un vieil ami, ou encore un monde parallèle, onirique et sous-jacent à notre monde réel.Si vous n'avez jamais lu cet auteur, finalement, je vous envie : ce roman est probablement l'introduction la plus excitante à l'univers baroque, picaresque, délirant et surtout terriblement attachant de Carlos Salem.


S'il y a un livre difficile à "pitcher", c'est bien celui-là. Il résiste à tous les résumés, à tous les raccourcis parce qu'il est foisonnant, à la fois noir et burlesque, plein de clins d'oeil et de réminiscences. Essayons quand même... C'est presque Noël à Madrid. Arregui, ancien flic, est devenu détective privé. Il n'a pas encore fait le deuil de Claudia, sa compagne assassinée, et il compense tant bien que mal à coup de séances de peep show et de relations virtuelles avec une certaine Olivia. Tout cela va cahin-caha jusqu'au jour où surgissent dans son bureau deux hommes qui vont bouleverser son train-train quotidien. Un dénommé Zuruela, dont la tête dit quelque chose à Arregui sans qu'il puisse vraiment l'identifier, flanqué de son homme de main garde du corps, un monumental noir qu'Arregui va bientôt nommer Terreur. Terreur incarne toutes nos peurs, et surtout toutes celles d'Arregui. Une masse de muscles, un concentré de violence... Que se passe-t-il ? Le roi d'Espagne a disparu, et il a à ses trousses une bande peu recommandable et bien décidée à l'éliminer, pour de mystérieuses raisons. Et voilà Arregui parti à la recherche du roi Juan (lui-même) à travers l'Espagne. Il faut dire que dans un passé pas si lointain, il lui a déjà sauvé la vie : il est donc le Messie incarné. Il ne va pas tarder à retrouver Juanito (eh oui, un peu de familiarité ne fait pas de mal) déguisé en vieux hippie, à la recherche d'un énigmatique petit garçon. Le retrouver, c'est une chose, le ramener à Madrid en un seul morceau, c'en est une autre.
Carlos Salem nous a habitués aux "road movies" déjantés. Là encore, il tient ses promesses. Notre héros s'en va arpenter la campagne espagnole, de village à clocher en village à clocher, fuir à toutes jambes, chercher une rivière sans nom, rencontrer un musicien en Rolls qui dirige son orchestre en plein désert, et bien d'autres personnages encore, parmi lesquels le moindre n'est pas la brebis Rosita, qui fait aujourd'hui l'objet d'un véritable culte de fans de l'autre côté des Pyrénées, dixit l'auteur lui-même. En passant, on retrouvera des personnages qu'on a déjà croisés dans un précédent roman. D'ailleurs Arregui lui-même nous vient de Nager sans se mouiller. On se familiarisera avec un rapport franchement bukowskien à l'alcool (ce n'est pas pour rien que Salem a ouvert à Madrid un bar baptisé le Bukowski), à une relation aux femmes mi-mystique, mi-macho, à la musique hispanique ou sud-américaine. On rencontrera même Paco Ignacio Taibo II, l'auteur mexicain créateur du personnage de Belascoaran, le détective borgne, et maître d’œuvre du Mexico noir paru chez Asphalte, et on ne résistera pas, tant cette lecture est jubilatoire, au plaisir d'esquisser quelques pas de tango, argentin bien sûr !
Je reste roi d'Espagne, de Carlos Salem, traduit de l'espagnol par Danielle Schramm - Actes Sud (Actes noirs)

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