17 juillet 2013

Hervé Sard, "Le Crépuscule des gueux" - La mort ne fait pas la différence

Le dingue a remis le couvert... Tel est le titre du premier chapitre. Comme si la pauvreté ne suffisait pas, la police débarque au Quai des Gueux, près de la ligne de RER. Le Quai des Gueux, un monde dans le monde et hors du monde à la fois, en banlieue. Une sorte de petit royaume, deux femmes, Boop et Môme, et puis Capo, Boc, Krishna. Et Luigi, mais pas pour longtemps. Parce que Luigi, quand les flics s'approchent, il s'éloigne. Vu qu'il a purgé une belle peine de prison pour meurtre, si on cherche un suspect, ce sera lui, assurément.

Môme, 45 ans, en fait 60. Et depuis l'accident, sa mémoire s'est fait la malle. Même elle ne sait plus trop ce qui lui est arrivé 20 ans auparavant. Capo, le chef, assure à la petite tribu une vie après tout pas si moche que ça. Mais il ne grossit plus, et il tousse de plus en plus... On ne meurt pas de faim, au Camp des Gueux. Bocuse, dit Boc, veille au grain. Krishna, lui, est le philosophe de la bande, si on peut dire. Boop, c'est tout l'envers de Môme, une femme sans tendresse, une vraie peste. Si les flics sont là, c'est qu'on vient de retrouver les cadavres, éparpillés façon puzzle, de trois jeunes filles qui se sont apparemment jetées sous le RER. Problème : il manque les têtes. Curieux pour un suicide... C'est ce que se dit le capitaine Blond, chargé de l'enquête, flanqué de son intrépide stagiaire Christelle. Et effectivement, ils ne sont pas au bout de leurs surprises...
Dans Le crépuscule des gueux, Hervé Sard donne la part belle à ses personnages. Il nous convie à la table d'un petit monde bien organisé, qui vit en marge de la société et suivant ses propres valeurs. Des personnages tantôt truculents, tantôt bouleversants, qui ont donné vie à une sorte d'utopie bien réelle, là, tout près des travailleurs du RER et des pavillons de banlieue. Son style et son vocabulaire gouailleur, avec des expressions venues d'un passé pas si lointain, donnent au roman l'atmosphère d'un récit populaire, voire d'un feuilleton radiophonique. C'est un texte qu'on a envie d'écouter, d'interpréter, de jouer. L'humour "à la Sard" est bien sûr au rendez-vous, inimitable, souvent à l'extrême limite du rire et des larmes. Petit à petit, Hervé Sard donne de la profondeur à ses héros, du vécu, de l'humanité. Et petit à petit, on s'attache à eux, on comprend leurs relations, pas si simples qu'il y paraît. Au final, on s'aperçoit que l'intrigue policière, bien présente, sert d'écrin à un authentique roman social, contemporain, un brin nostalgique, éminemment humaniste sans jamais sombrer dans la mièvrerie ni la naïveté. De quoi vous réconcilier avec l'humanité, si d'aventure vous étiez brouillé avec elle !

Hervé Sard, Le Crépuscule des gueux - Krakoën. A noter, le roman, initialement publié par Krakoën en 2011, ressortira en octobre 2013 aux éditions Après la lune.

1 commentaire:

  1. Touché par cette chronique bien sympathique. Bon été à toi !

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