19 novembre 2011

Barnaby… 15 ans de meurtres dans un jardin anglais

Barnaby, un feuilleton pour le 3° âge ? Damned ! Comment peut-on penser une chose pareille? Certes, les lieux bucoliques pourraient laisser penser que l’on pénètre un univers de tasses de thé et de scones. Le côté élégance british, gentlemen farmers et cottages de luxe donne à croire qu’on va avoir à faire à la gentry.
Alors qu’en réalité dès les premières images, on a droit à des corps décapités, à des crimes pervers, bref à toutes les horreurs que la bonne société anglaise prend soin de dissimuler derrière les murs en brique rouge de ses manoirs. Comble de l’ironie pour une série que certains qualifient de « plan plan », il n’est pas un épisode qui ne soit ponctué d’au moins deux à trois meurtres à la suite avant que ce cher inspecteur Barnaby mette le doigt sur le coupable.
Les cinq premiers épisodes ont été inspirés par les romans de Caroline Graham, à l’origine spécialisée dans l’écriture théâtrale et auteurs de plusieurs scénarios pour la radio, le théâtre et la télévision. Pour avoir trouvé par chance un Barnaby au rayon occasion de Gibert,  nous pouvons vous confirmer que son écriture est très proche du résultat télévisé, même si le couple Barnaby est beaucoup plus coquin que l’image que nous en donnent John Nettles et Jane Wymark. Le style et l’ambiance sont bien dans la tradition du polar britannique, avec une intrigue bien carrée, des personnages ambigus à facettes multiples, les inévitables fausses pistes pour gagner des pages, et le dénouement final explicatif dans la dernière scène.

Les intrigues, dont certaines ont été tricotées par le fameux Anthony Horowitz dont on parle beaucoup en ce moment avec les nouvelles aventures de Sherlock Holmes dont il est l’auteur (avec l’accord des héritiers s’il vous plaît), ne sont pas faites pour les somnolents des feuilletons à l’allemande du début d’après-midi. Quittez les lieux du crime 5 minutes, et lorsque vous reviendrez, vous n’y comprendrez plus rien. Le principe de ce feuilleton est construit sur un système pyramidal : chaque élément acquis provoque une conséquence qui elle-même va en déclencher une autre, et ainsi de suite jusqu’au dénouement final. En plus, contrairement à beaucoup de séries où le spectateur est complice du criminel, ici les mauvaises actions sont commises à visage caché et participent à la montée du suspense. Les histoires sont linéaires, pas de destins croisés. Barnaby ou son adjoint est présent pratiquement en permanence pendant l’enquête. En revanche, le système de l’inspecteur intelligent et de son adjoint stupide est ici de mise, sauf dans les derniers épisodes où Ben Jones, sous ses airs pince-sans-rire, cache des facultés de déduction pratiquement égales à celles de son mentor. D’ailleurs, l’évolution de ce second rôle est caractéristique. On commence avec Troy, un garçon gentillet, bourré de préjugés. Puis intervient Dan Scott, un Londonien muté à son grand dam à la campagne, certes plus intelligent et débrouillard que Troy, mais particulièrement antipathique et souvent en conflit avec Barnaby. Enfin; le plus compétent et le plus drôle est sûrement Ben Jones, qui associe un dévouement total à Barnaby et à sa famille à une passion pour son métier d’enquêteur. Mais ce qui fait le véritable charme des Barnaby depuis plus de 15 ans, ce sont les interprètes des seconds rôles qui bien que caricaturaux, sont dans la grande tradition des personnages à la Dickens. Dès le premier épisode, le jeune croquemort à la voiture de sport et sa mère, Castafiore perverse, donnent le ton à cette série qui ne s’est jamais laissée aller à des facilités comme certains feuilletons policiers simplistes.

Un feuilleton familial au sens propre
Barnaby, c’est une affaire de famille dans la mesure où les scénaristes insistent pour intégrer la vie privée du policier aux intrigues auxquelles il est confronté. Son épouse Joyce et sa fille Cully, apprentie comédienne, seront même parfois mises en danger au cours de certains épisodes. En plus, comme le feuilleton existe depuis une quinzaine d’années, on voit tout ce petit monde changer, prendre des rides et du poids… et même se marier ! Barnaby, c’est aussi une affaire de « gimmicks » et d’habitudes : la bouteille que l’inspecteur ouvre quand il rentre à la maison, les bières au comptoir avec son adjoint, les velléités culinaires de Mme Barnaby et  les rendez-vous au restaurant qui, immanquablement, tombent à l’eau. Même le jour du mariage de sa fille, Barnaby réussit à quitter la cérémonie pour aller dénouer une affaire.  L’adjoint et le légiste eux aussi finissent par faire partie de la famille et se retrouvent pour les grands événements. Tout ce petit monde se retrouve dans un des derniers épisodes, au cours duquel Barnaby annonce qu’il décide, enfin, de prendre sa retraite, laissant sa place à son cousin. Peut-être les spectateurs des dernières saisons n’ont-ils pas connu ce côté « réunion de famille » , mais Barnaby c’est aussi un feuilleton qui réussit à réunir plusieurs générations devant le petit écran pendant 1h30. En tout cas concernant le public français qui depuis le début du XXie siècle se retrouvait en famille le dimanche soir sur la 3 pour la « cérémonie » Barnaby, au grand dam des autres chaînes qui essayaient de caser des films pas toujours à la hauteur. Depuis la disparition de Barnaby, plusieurs tentatives ont été faites pour recréer ces soirées « british », avec beaucoup moins de succès. On se rappelle entre autres l’échec de l’inspecteur Gently, vite remplacé par… de vieux épisodes de Barnaby en attendant l’arrivé du Canadien Murdoch, qui a fait l’objet d’un article dans ce blog.

Un tremplin pour des générations d’acteurs
A commencer par John Nettles lui-même, membre de la Royal Shakespeare Company, qui connut un de ses premiers succès avec une série policière située à Jersey, Bergerac. Pour l’anecdote, l’acteur est d’ailleurs devenu une sorte de héros national dans l’île anglo-normande. Barnaby fut aussi le point de départ de grandes carrières pour plusieurs acteurs, dont le meilleur exemple est sans doute Daniel Day Lewis (voir le trombinoscope ci-dessus), qui apparaissait dès le début de la série. Pendant généralement 5 semaines de tournage, la crème des acteurs anglais « feuilletonistes » se retrouvait dans les régions du Buckinghamshire et de l’Oxfordshire, voir dans le  Berkshire et le Hertfordshire.

Distribution
Tom Barnaby :  John Nettles
John Barnaby : Neil Dudgeon
Sergent Ben Jones : Jason Hughes
Sergent Gail Stephens : Kirsty Dillon
Sergent Gavin Troy : Daniel Casey
Sergent Dan Scott : John Hopkins
Joyce Barnaby : Jane Wymark
Sarah Barnaby : Fiona Dolman
Docteur George Bullard Barry Jackson
Cully Barnaby : Laura Howard

Pilote (1997)
Meurtres à Badger’s Drift (The Killings at Badger’s Drift)

Première saison (1998)
Écrit dans le sang (Written in Blood)
Mort d’un pantin (Death of a Hollow Man)
Fidèle jusqu’à la mort (Faithful Unto Death)
Le Masque de la mort (Death in Disguise)

Deuxième saison (1999)
L’Ombre de la mort (Death’s Shadow)
Le Bois de l’étrangleur (Strangler’s Wood)
Le Terrain de la mort (Dead Man’s Eleven)
Et le sang coulera (Blood Will Out)

Troisième saison (1999-2000)
Mort d’un vagabond (Death of a Stranger)
Angoisse dans la nuit (Blue Herrings)
Le Jour du jugement (Judgement Day)
Le Mystère de la tombe (Beyond the Grave)

Quatrième saison (2000-2001)
Le Jardin de la mort (Garden of Death)
L’Ange destructeur (Destroying Angel)
Vendetta (Electric Vendetta)
Qui a tué Cock Robin ? (Who Killed Cock Robin?)
Sombre automne (Dark Autumn)
Le Fruit du péché (Tainted Fruit)

Cinquième saison (2002)
Un village très coté (Market for Murder)
Le Ver dans le fruit (A Worm in the Bud)
Les Sonneries de la mort (Ring Out Your Dead)
Meurtre dans un collège anglais (Murder on St Malley’s Day)

Sixième saison (2003)
Mort en eau trouble (A Talent for Life)
Le Parcours du combattant (Death and Dreams)
Une touche de sang (Painted in Blood)
La Maison de Satan (A Tale of Two Hamlets)
Les Oiseaux de proie (Birds of Prey)

Septième saison (2003-2004)
L’Homme du bois (The Green Man)
La Réunion des anciennes (Bad Tidings)
La Malédiction du tumulus (The Fisher King)
Le Prix du scandale (Sins of Commission)
La Légende du lac (The Maid in Splendour)
Les Femmes de paille (The Straw Woman)
Le Fantôme de Noël (Ghosts of Christmas Past)

Huitième saison (2004-2005)
Un cri dans la nuit (Things That Go Bump in the Night)
Les Régates de la vengeance (Dead in the Water)
Requiem pour une orchidée (Orchis Fatalis)
Pari mortel (Bantling Boy)
Double Vue (Second Sight)
Le Saut de la délivrance (Hidden Depths)
L’assassin est un fin gourmet (Sauce For The Goose)
Rhapsodie macabre (Midsomer Rhapsody)

Neuvième saison (2005-2006)
La Maison hantée (The House in the Woods)
Lettres mortelles (Dead Letters)
La Course à l’héritage (Vixen’s Run)
L’Assassin de l’ombre (Down Among the Dead Men)
Quatre enterrements et un mariage (Four Funerals and a Wedding)
Ces dames de la campagne (Country Matters)
La Mort en chantant (Death in Chorus)
Complément d’enquête (Last Year’s Model)

Dixième saison (2006-2007)
Danse avec la mort (Dance with the Dead)
L’Oncle d’Amérique (The Animal Within)
La Chasse au trésor (King’s Crystal)
Le Blues de l’assassin (The Axeman Cometh)
La Randonnée de la mort (Death and Dust)
Le Flash de la mort (Picture of Innocence)
Le Couperet de la justice (They Seek Him Here)
Le Télescope de la mort (Death in a Chocolate Box)

Onzième saison (2008)
Fusillé à l’aube (Shot at Dawn)
Les Noces de sang (Blood Wedding)
Macabres découvertes (Left for Dead)
L’assassin est servi (Midsomer Life)
Une alliance maléfique (The Magician’s Nephew)
Le Crépuscule des héros (Days of Misrule)
Le mystère du bois des moines (Talking to the dead)

Douzième saison (2009)
Meurtre sur le green (The Dogleg Murders)
Toiles assassines (The Black Book)
La guerre des espions (Secrets and Spies)
La mort au bout du chemin (The Glitch)
Crimes en grandeur nature (Small Mercies)
Le monte en l’air (The Creeper)
La somnambule (The Great and the Good)

Treizième saison (2010)
Meurtres sur mesure (The Made for Measure Murder)
L’épée de Guillaume (The Sword of Guillaume)
Du sang sur les éperons (Blood on the Saddle)
Les fantômes de March Magna (The Silent Land)
La musique en héritage (Master Class)
Mort par K.O. (The Noble Art)
La bataille des urnes (Not in My Back Yard)
Régime fatal (Fit For Murder)

Quatorzième saison (2011)
titre français inconnu (Death in the Slow Lane)
Sombre Secret (Dark Secrets)
titre français inconnu (Echoes of the Dead)
titre français inconnu (The Oblong Murders)
titre français inconnu (The Sleeper Under The Hill)
titre français inconnu (The Night of the Stag)
titre français inconnu (A Sacred Trust)
titre français inconnu (A Rare Bird)

La musique est signée Jim Parker. Le thème est joué avec un thérémine ancêtre russe du synthétiseur.

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