19 décembre 2011

Pascal Dessaint vous invite au Bal des frelons. Méfiez-vous...

Le bal des frelons n'est pas une Fable de la Fontaine. Et pourtant c'est une histoire de bêtes : des abeilles, un hérisson, un ours, une vache, des poules, des humains... Tout ce petit monde habite un village du Piémont pyrénéen, pas très loin de la frontière espagnole. Tout ce petit monde fricote, complote, délire. L'ancien gardien de prison est bien brave, mais quand sa femme lui claironne dans les oreilles qu'elle a sorti de la banque toutes les économies du ménage et qu'elle les cachées, là, l'ancien maton dérape.
Sa tendre épouse Martine s'en va se faire consoler chez le maire du village, le maire Michel (pardon, ça m'a échappé), qui, à son corps défendant, lui abandonne un peu de sa virilité... La secrétaire de mairie, tout à coup, se dit qu'elle aussi elle en profiterait bien. Ca sent son vaudeville ? Non, pas vraiment. Pour tout dire, ca sent plutôt l'horreur. Même les vaches se prennent du plomb dans l'aile, dans ce village... L'ours, lui, va bien. Il se contente de ficher une trouille bleue aux villageois, avec parfois des conséquences collatérales Quant à l'apiculteur, réfugié là après avoir abandonné sa compagne et son beau-fis, c'est bien le plus sympa de tous... Est-ce pour cela qu'il servira de bras à un destin des plus abominables ? J'arrête là, avant le pire! Car oui, il y a pire. Il y a la conjonction des destinées, le grain de sable dans l'engrenage, toute cette ruche devient folle, et il va y avoir des victimes, je vous le garantis
Pascal Dessaint est un hypocrite. Il nous emmène mine de rien au coeur de l'enfer, il nous arrache des rires d'un jaune franchement dégoûtant, il nous met face à la violence extrême, nous montre l'horreur de ces vies quotidiennes qui nous paraissent si communes, nous confronte à des êtres d'une banalité affolante, et pourtant capables de l'inimaginable. Les personnages sont incroyables - pour ma part, je décernerais volontiers ma palme à Baptiste, le fan de Status Quo : il fallait oser ! Tout cela avec une vicieuse faconde, une écriture qui pulse, et en utilisant en virtuose, c'est-à-dire sans ostentation, une construction à plusieurs voix qui laisse le lecteur un brin étourdi, mais heureux de l'être, même s''il a un peu honte d'avoir pris tant de plaisir à une telle entreprise de démolition.
Pascal Dessaint, Le bal des frelons, Rivages / Thriller

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