15 juin 2020

Ambrose Parry, "L'art de mourir" : l'ange de la mort



Ambrose Parry est le pseudonyme en forme d'hommage du couple que forment Chris Brookmyre, auteur de polars écossais, et son épouse anesthésiste Marisa Haetzman. Tous deux ont donné naissance à une série de polars médico-historiques dont le premier volume a paru au printemps 2019 (voir chronique ici). Bonne nouvelle pour les auteurs et les lecteurs : les droits de la série ont été achetés par la société de production de Benedict Cumberbatch, on peut donc espérer une série télé...

Dans L'Art de mourir, nous retrouvons Will Raven, l'ancien assistant du Dr Simpson, aujourd'hui jeune médecin diplômé. Il vient de terminer une année de voyages à travers l'Europe : ce soir-là, il prend congé de ses amis à Berlin. Ils sont agressés par une bande de malfrats, et Will ne se laisse pas faire... Le lendemain matin, c'est avec une conscience pas très nette qu'il fait son retour à Edimbourg, plus précisément au 52 Queen Street, cabinet et domicile du célèbre Dr Simpson. En effet, Will va reprendre sa place auprès du célèbre médecin, cette fois-ci muni d'un diplôme en bonne et due forme. La maison n'a pas beaucoup changé : il y règne un joyeux désordre et le Dr Simpson est toujours aussi débordé. Une nouveauté cependant : l'arrivée dans les lieux d'un certain Quinton, embauché pour mettre un semblant d'ordre dans le capharnaüm de la maison Simpson.

Et Sarah Fisher, qu'est-elle devenue ? Dans le premier volume, elle a partagé avec Will Raven, des aventures pour le moins mouvementées et triomphé avec lui des manigances d'un personnage peu recommandable. Elle est toujours là, Sarah, mais elle a pris du grade. Elle est passée du statut de femme "à tout faire", à celui de bras droit du médecin - en clair, il ne lui manque plus que le diplôme...  C'est qu'à Edimbourg comme à peu près partout ailleurs, les femmes médecins diplômées sont rarissimes, voire inexistantes... Si on est une femme, il faut traverser l'Atlantique si l'on espère se voir reconnaître officiellement des compétences médicales. Pour Sarah, la perspective est peu probable, d'autant qu'après la désertion de Will Raven, elle a accepté d'épouser le Dr Banks, médecin brillant à la santé précaire. Au grand désespoir de Will qui comptait bien renouer avec Sarah la relation ébauchée avant son départ pour le continent...

52 Queen Street, à Edimbourg, où le docteur Simpson fit ses premières expériences avec le chloroforme en 1847 (photo de Kim Traynor)
La maison Simpson est donc toujours aussi occupée, d'autant que Simpson fait l'objet d'une campagne de calomnies préoccupantes. Son monopole en tant que spécialiste du chloroforme, donc de l'anesthésie, ne fait pas plaisir à tout le monde, et on voudrait bien lui faire endosser la responsabilité du décès récent d'une femme. L'occasion pour Will et Sarah de reconstituer la formidable équipe qu'ils formaient dans le roman précédent. Le défi est double : savoir qui est à l'origine du complot ourdi contre le Docteur Simpson, et faire la lumière sur une série de crimes particulièrement horribles. Pendant ce temps-là, la cassette de la maison Simpson fuit de toutes parts - qui est coupable de ces vols à répétition ? Et le Dr Banks, atteint d'une maladie incurable, s'affaiblit de jour en jour...

Si la maison Simpson n'a guère changé, on peut en dire autant de la bonne ville d'Edimbourg, et surtout de la bande de malfrats à laquelle Will Raven avait eu affaire dans le premier roman. Le terrible Flint sévit toujours, avec à ses côtés ses deux assistants dévoués, le géant Gargantua et la hideuse Fouine, qui a le poignard facile. 

Les deux auteurs ont à leur disposition de solides fondations narratives, ainsi qu'une mine inépuisable de rebondissements : qu'on se rassure, ils vont s'en servir abondamment, pour le plus grand plaisir du lecteur qui se retrouve avec non seulement un polar historique documenté, mais aussi un roman d'action aux péripéties palpitantes. Et surtout, le savoir faire de Chris Brookmyre est parfaitement complété par la culture scientifique de sa co-autrice : le paysage qu'ils dépeignent du petit monde scientifique et médical de l'époque, entre concurrence déloyale, malhonnêteté et volonté de reconnaissance est particulièrement intéressant en cette période de crise sanitaire...  Comme dans le premier volume, L'art de mourir fait la part belle au sort des femmes, et défend avec vigueur une égalité qui ne nous est pas encore acquise, loin de là...

Ambrose Parry, L'art de mourir, traduit par Éric Betsch, éditions du Seuil

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